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L’ANÉMIE

Qu’est-ce donc que cette maladie à la fois si fréquente et si terrible, qu’on a appelée la malaria des grandes villes?

C’est tout simplement une diminution des globules dans la composition du sang.

La moyenne normale des globules est de 127 sur 1,000. L’abaissement de ce nombre à 112 n’est pas incompatible avec l’état de santé, quoiqu’il soit souvent le point de départ de maladies graves ; mais à 80, la maladie se déclare franchement.

Les symptômes essentiels de l’anémie sont la décoloration de la peau et l’affaiblissement général.

Parmi les causes les plus fréquentes de l’anémie, nous citerons l’existence sédentaire, le manque d’activité physique, d’exercice au grand air, les excitations de la vie mondaine.

Puisqu’il est bien entendu que nous n’avons pas la prétention de faire de la science, mais bien de rendre

compréhensibles pour les moins instruits de nos lec-

leurs des principes que nul ne devrait ignorer, on nous permettra d’avoir recours, une fois de plus, à ces comparaisons un peu vulgaires que nous employons souvent, parce qu’elles rendent notre pensée plus saisissante.

Tout le monde sait que, pour faire une omelette, il faut non-seulement des œufs, mais encore du feu.

De même un fumeur ne s’aviserait jamais de poser son cigare allumé sur la table, dans l’espérance qu’il produirait seul cette fumée qui l’enivre.

Sans doute, dira-t-on, ce sont là des vérités qu’aurait pu signer M. de la Palisse, et il faudrait être insensé pour être d’un avis contraire.

Eh bien, ce qui semble si naturel, si évident, il arrive tous les jours qu’on l’oublie ou le dédaigne comme une absurdité , et cela, non pas dans des cas de peu d’importance , non pas pour des affaires de cuisine , de plaisir, mais quand il s’agit de la vie.

En effet , si vous ingérez dans votre estomac plus d’aliments que n’en demandent vos organes, ceux-ci refusent de les broyer, de les déchirer, de les réduire en bouillie, d’en faire du sang enfin. Vous respirez mal, vous êtes congestionné, somnolent, anéanti.

Autre comparaison.

Achèterez-vous un habit, si votre garde-robe est bien garnie? Non. Eh bien ! ce que vous faites par réflexion, vos membres le font en quelque sorte fatalement, obéissant en cela à des règles immuables; car, qu’arrive-

t-il si vous transgressez cette loi ? Vos organes , n’éprouvant aucun besoin , ne cherchent pas à assimiler les aliments que vous avez absorbés. Ces aliments arrivent dans vos viscères sans avoir été digérés et en sont laborieusement expulsés, sans que leur passage dans votre corps lui ait profité en quoi que ce soit.

Le mal ne serait pas grand si l’effet des aliments inutiles était purement négatif. Mais il est une loi générale qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que dans l’économie corporelle, aussi bien que dans l’économie sociale :

Tout ce qui n’est pas utile est nuisible.

Cela est palpable. Si vous chargez vos poches outre mesure, elles se rompent. Si vous chauffez trop une machine à vapeur, elle éclate. Votre estomac ne se brise pas, il est vrai, mais il peut devenir le siège d’une inflammation, — vos intestins aussi.

Tout le mal ne se borne pas là. L’atonie des organes a encore d’autres effets. Les meilleures machines, lorsquelles ne fonctionnent pas, se détériorent et s’usent beaucoup plus rapidement que celles dont on se sert modérément chaque jour.

Pensez-vous donc que la machine humaine, cette machine si merveilleuse et si parfaite, puisse échapper à cette loi ?

Vos muscles, n’agissant pas, n’ont pas besoin d’aliments; ne dépensant rien, ils n’ont rien à regagner.

Votre respiration, à son tour, devient moins active, car la respiration, nous l’avons dit, est eu raison directe de la circulation. Vos poumons s’atrophient, vos viscères s’engorgent, votre santé enfin se trouve gravement compromise.

Voulez-vous des exemples : jetez les yeux autour de vous parmi les personnes mêmes qui vous entourent.

Quelle différence n’y a-t-il pas dans la physionomie des femmes du monde selon qu’on les observe au commencement ou à la fin de f hiver ?

A cette dernière époque, les traits fatigués, le visage amaigri, dénotent la souffrance; le teint s’est bistré, la peau a perdu son éclat et sa fraîcheur ; à f incarnat naturel que rien n’imite, encore moins ne remplace, on a substitué je ne sais quelle peinturlurade malsaine dont l’emploi répété aggrave encore le mal qu’il voudrait guérir ou dissimuler. Cette femme, qui, à la fin de l’automne , à son retour de la campagne où elle s’est livrée à des exercices salutaires, où elle a respiré l’air pur des bois et calmé ses nerfs par la vue des grands spectacles de la nature, était resplendissante de fraîcheur et de santé, aujourd’hui peut à peine mouvoir ses membres fatigués; le moindre effort l’irrite, la moindre fatigue l’accable.

Vapeurs de jolie femme! Manies! dit-on. Non, répondrons-nous, faiblesses et souffrances, suites naturelles de sa manière de vivre. Il est arrivé à cette femme ce qui devait nécessairement lui arriver. Elle a.

suivant une expression vulgaire, mais vraie, plus d’eau que de sang. Une mort lente et certaine serait le résultat infaillible de cette existence toute faite de fièvre et de surexcitations morbides, si la saison- d’été ne ramenait périodiquement la campagne et les exercices.

Est-ce à dire pour cela que tout danger soit écarté?

Personne n’admettra que deux mois de vie au grand air, deux mois d’excursions dans les champs ou sur les galets de la Manche puissent contre-balancer longtemps une vie d’incurie de toute une année. Non, cela ne peut être tout au plus qu’un palliatif.

La gymnastique raisonnée, c’est-à-dire appliquée à chacun selon son sexe, son âge, son tempérament, sa force, sa condition sociale, ses besoins, est le seul remède à cette funeste maladie qui s’appelle l’anémie.

Funeste, en vérité, cette maladie qui fait plus de victimes que la peste ou le choléra. Funeste et d’autant plus funeste que rien n’annonce d'abord sa présence. Ce n’est que lorsqu’elle a déjà depuis longtemps pris domicile chez vous, qu’elle commence à être soupçonnée. On s’étonne alors et on s’inquiète de l’accablement qui suit le moindre effort et la marche la moins prolongée. La préoccupation naît des palpitations brusques et violentes que cause la moindre fatigue, la moindre émotion, le moindre bruit inattendu. Plus tard, surviennent les troubles digestifs et tout le cortège des accidents nerveux à formes si multiples.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, sont également sujets à ce mal, qui devrait répandre la terreur ; mais les femmes surtout y sont exposées. Les unes, pauvres et intéressantes victimes, enchaînées par les lois de la nécessité, passent leur vie assises, agitant seulement une aiguille; les autres, soumises à l’inaction parce qu’elles se croiraient déshonorées si leurs mains délicates touchaient à un travail quelconque, ne sortent que vers le soir lorsque le soleil est déjà couché, pour faire une promenade nonchalante à la chaude et malsaine clarté du gaz, et dans l’atmosphère confinée, viciée par la triple combustion des lumières, des poitrines haletantes et des respirations cutanées des innombrables habitants des grandes cités.

Nous pourrions dire la même chose de vous, hommes

de cabinet, gens de lettres, peintres, négociants, ban-

quiers, avocats, etc. « Etre longtemps assis, courbé sur un bureau, a dit un médecin célèbre, souvent la tête en feu et les pieds glacés, se lever, se rasseoir, quitter sa punie, la reprendre, la ronger, tantôt s’épanouir et tantôt contracter brusquement les traits de son visage, s’animer, se calmer, s’arrêter de nouveau automatiquement ; telle est, en général, la situation d’un homme qui médite et veut exprimer sa pensée. »

iMais, nous répondrez-vous, nous faisons de l’exercice, nous nous promenons le soir, nous jouons au billard! Croyez-vous donc que cette somme de mouvements-

soit suffisante pour entretenir votre santé ? Pensez-vous qu’elle puisse suffire pour vous préserver des infirmités prématurées?

Non, mille fois non.

En agissant ainsi, vous ne remplissez qu’imparfaitement les premiers de vos devoirs : ceux que vous devez à vous-mêmes. Certes nous ne venons pas vous demander de changer complètement vos habitudes. Nous savons faire la part des exigences de la vie moderne. Ce que nous vous demandons instamment, dans l’intérêt de votre santé et de votre bonheur icibas, c’est une heure tous les deux jours, une heure prise sur le temps que vous passez dans l’atmosphère malsaine du cercle, ou du théâtre, ou de l’estaminet, une heure pendant laquelle vous vous livrerez à des e.xercices réparateurs; nous vous demandons moins encore, une demi-heure, une demi-heure trois fois par semaine. Est-ce trop ?

Les effets de ce régime vous surprendront. Votre teint pâle fera place à l’incarnat de la santé. Vos troubles stomacaux cesseront comme par enchantement. La circulation se fera d’une manière active et régulière ; les traits du visage ne seront plus flasques ou boursouflés, mais fermes et accusés, l’œil limpide et bien ouvert; votre respiration sera plus aisée, plus profonde; votre poitrine s’élargira, et bientôt, si â l’exercice vous joignez quelques bonnes frictions à l’eau froide et au besoin quelques douches bien appliquées.

vous n’aurez plus rien de commun avec le spectre anémique qui se mourait dans vos bureaux.

Nous parlons bien entendu des hommes mal portants, et nous ne craignons pas d’affirmer qu'à Paris, dans les professions que nous venons d’indiquer, ces hommes sont en majorité.

Pour ces hommes, nous le répétons, la gymnastique c’est le salut ; c’est le salut, parce que c’est le mouvement imprimé à tous les membres, à toutes les parties du corps, l’activité communiquée à toutes ses fonctions et par conséquent aux phénomènes divers dont notre sang est le siège : la dépense, la combustion augmentées, les recettes, c’est-à-dire l’assimilation prodigieusement activée.

Avec un exercice méthodique, plus de crainte de malaises ni de maladies. Aucun des hôtes de votre corps n’y résidera sans payer son écot. Les aliments laisseront à vos organes la somme de matières nutritives dont ceux-ci ont besoin. Ni plus ni moins.

Plus d’anémie par conséquent ; car l’anémie n’étant que le résultat d’une assimilation imparfaite, l’anémie disparaîtra si vous en supprimez la cause. Plus de phthisie, plus d’asthme, plus de catarrhe ; car le rétrécissement de la cage thoracique, et par suite le mauvais fonctionnement des poumons provenant d’une respiration insuffisante, les maladies de poitrine ne peuvent atteindre ceux qui respirent librement et suffisamment.

Écoutez ce que disait à ce sujet l’émiaeiit et regretté docteur Marchai de Galvi :

« Il est une remarquehygiénique que jeveux consigner » ici, parce qu’elle a rapport aux perfectionnements de » l’espèce et que la conséquence pratique qui en découle )) peut avoir une part notable à ce grand résultat. La )) vie sociale, qui va réduisant de plus en plus l’emploi » des forces physiques de l’homme, tend aussi à le » rendre de plus en plus abdominal. Un des principaux » objets de l’hygiéniste doit être de combattre cette » tendance déplorable et de multiplier dans l’espèce » le type thoracique ou montagnard. C’est à quoi ten- » dent merveilleusement tous les exercices qui ont pour » but d’agrandir le champ de la respiration. Il résulte » de cet agrandissement et du | maximum d’hématose » qui en est la suite nécessaire, une activité, une » énergie nouvelle de toutes les fonctions. Plus de res- « piration, plus de charbon brûlé, plus de chaleur, » plus de transpiration, plus d’activité dans la décom- » position ; moins de vieux matériaux dans l’économie, » plus de jeunesse et plus de force partout. Les habitants » des villes en général, les femmes surtout, j’entends » dire : les femmes du monde, ne respirent pas et ne » transpirent pas assez. Aussi, que de maladies de la » peau, que de douleurs névralgiques, musculaires, ar- » ticulaires, sont le partage de ces personnes tristement » privilégiées, qui vivent dans l’oubli le plus impérieux » de leur être physique, imprégnées sous une couche » de fard, des matériaux vicieux auxquels leur noncha- )> lance ferme toute issue! »

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