L’HYDROTHÉRAPIE
Les pratiques de l’hydrothérapie sont aujourd’hui tellement entrées dans nos mœurs, elles sont si universellement recommandées et employées surtout avec tant de succès contre l’anémie, que nous croyons dans l’intérêt et pour l’instruction des personnes qui nous lisent, devoir indiquer sommairement les différents modes d’emploi des douches , les conditions dans lesquelles elles doivent être prises, les précautions à observer pour éviter tout accident, et enfin les connaissances nécessaires pour pouvoir guider soi-même le doucheur ou la doucheuse qui n’aurait pas toute l’expérience et toute rhabileté voulues.
Et d’abord qu’est-ce que la Douche ?
De l’eau à un certain degré de froid, projetée soit perpendiculairement, soit horizontalement, soit ascensionnellement sur le corps. C’est une série d’affusions vigoureuses, presque violentes, arrosant , immergeant, aspergeant l’épiderme en tous sens. C’est donc le sang mis dans un état de circulation momentanément anormal, refoulé d’abord de la surface au centre , et renvoyé ensuite a^œc une impétuosité nouvelle vers la
périphérie du corps; ce sont les nerfs ébranlés, électrisés, réveillés de leur torpeur par le choc du jet et la sensation du froid ; ce sont les pores de la surface cutanée se contractant et s’épanouissant , respirant à larges bouffées, se débarrassant de tout ce qu’ils renferment d’insalubre, s’appropriant à flots, on peut le dire ici, toute une vitalité nouvelle. C’est, en un mol, toute l’économie excitée à réaliser un effort qui élève sa puissance et à ramener vigoureusement aux lois de la vie normale les actes assimilateurs, secréteurs et excréteurs.
Voilà ce que c’est que la douche!...
Pour que la douche produise l’effet désiré , il faut qu’elle soit à la fois une action et une réaction.
Nous nous expliquons.
Celui qui la prend doit, autant que possible, être en état de transpiration , non pas la transpiration artificielle du bain de vapeur ou celle déterminée par quelque autre calorique extérieur, mais bien cette excellente sueur qu’amène à la surface de la peau l’effort progressif d’un exercice sagement compris et ordonné.
L’escrime, la boxe, l’équitation, ou tel autre travail corporel que ce soit, tout cela est bon ; mais ce qui nous paraît préférable à tout, c’est la gymnastique même ; car, avec elle, tous les organes sont soumis à un égal degré d’excitation, tous les tissus sont épanouis et prêts à recevoir l’impression saisissante d’un contraire : le froid opposé au chaud.
Il faut que la sensation soit terrifiante pour qu’elle
exerce des conséquences satisfaisantes (1); il faut que tout le clavier du mécanisme humain donne signe de vie en un tressaillement suprême. Ceci fait, le rôle de faction cesse et celui de la réaction commence.
Avoir subitement reçu sur le corps une grande quantité d’eau froide pendant une minute ou deux , c’est évidemment, dès que la surprise a disparu , s’exposer au refroidissement.
Aussitôt se présente la friction sèche qu’il ne faut pas confondre avec la friction par le gant ou la serviette imbibée d’eau froide.
La friction sèche, qu’on le sache bien , ne doit point être simplement l’acte de dessiccation de f épiderme mouillé ; elle doit avant , et par-dessus tout , être un réactif immédiat et brutal comme l’actif même dont elle vient tempérer f énergie excessive.
Donc, il ne faut point, par douille tterie, se soustraire aux coups secs et rapides dont le garçon de service doit Ifapper le dos du douché.
Il ne faut point, avare de ses minutes, se dérober au frottement long et âpre qui doit rendre au corps sa chaleur, et sa circulation normale au sang. Il faut au contraire stimuler le doucheur ou la doucheuse lorsqu’ils manquent de conviction... et d’énergie.
Il ne faut point, sous le prétexte pusillanime d’un
(1) Il est donc essentiel d’employer de l’eau vraiment froide, de préféi'ence de l’eau de source ou de puits dont la température ne descende pas au-dessous de 7 degrés et ne s’élève pas au-dessus de 12. La bonne moyenne est 9 à 10 degrés.
chatouillement désagréable, retirer son pied des mains du garçon et des aspérités du linge.
Les extrémités inférieures doivent rapidement au contraire être réchauffées ; exigez même que celui qui vous frictionne vous fouette un peu la plante des pieds. L’essentiel est de ramener la chaleur à la peau et d’exciter la circulation , surtout vers les parties inférieures.
Après la friction, aidez rapidement le travail de la nature, soit en vous livrant à quelques mouvements énergiques , soit en faisant une promenade de vingt à trente minutes ; mais à aucun prix , ne montez en voiture pour rentrer chez vous.
Pendant la douche, ne soyez point immobile. Servezvous de vos mains pour flageller le reste du corps, frottez-vous les bras et les jambes, surtout la poitrine. Sautez, gambadez, vous n’en ferez que mieux.
Quand vous vous présentez devant la pluie, c’est généralement par elle qu’on commence, ne vous placez pas progressivement sous ses rayons, mais tout d’une pièce. Le crescendo du saisissement est un raffinement désagréable ; armez-vous donc de courage, et la lance à forte pression viendra ensuite vous consoler et assurer votre réaction.
La douche est un reconstituant merveilleux, un modificateur sans pareil ; mais, ainsi que de toute bonne chose, il n’en faut user qu’avec discernement et modération. Le traitement hydrothérapique doit varier selon
les tempéraments. On ne saurait mieux faire avant de l’entreprendre, que de consulter son médecin habituel et de lui demander une ordonnance, absolument comme celle qu’il donnerait pour le pharmacien. A l’expérience et à l’intelligence du doucheur à faire le reste.
Dans les cas de congestion sanguine, d’inflammation ou de lésions organiques , ce brusque afflux de sang à l’intérieur peut n’être pas sans danger ; il est donc prudent de ne rien tenter sans avoir pris l’avis du docteur.
La douche en pluie verticale ne convient pas aux personnes sujettes aux maux de tête , aux migraines, aux étourdissements, aux hallucinations, aux vertiges. La gerbe liquide tombant perpendiculairement sur le crâne avec la pression que comporte une bonne installation hydrothérapique pourrait augmenter leur mal. On devra leur donner de préférence la douche en pluie horizontale et le cercle, et finir par le jet percutant sur les extrémités inférieures.
Les gens nerveux sont quelquefois vivement surexcités par la douche; en ce cas on emploiera avec avantage l’enveloppement dans un drap mouillé, ou la douche en lance à très faible pression brisée par la palette ou par l’index du doucheur et prolongée pen dant deux à trois minutes; la température de l’eau devra être portée à 15 ou 16 degrés.
Appliquée de cette façon, l’eau froide par la sédation et la tonicité qu’elle exerce sur l’organisme , dissipe promptement les névroses et triomphe non moins promptement de la chorée et de l’hystérie.
Dans la paralysie essentielle ou progressive, dans l’ataxie locomotrice, la paraplégie, le tremblement ou paralysie a^tante, dans les affections spasmodiques, dans toute maladie enfin indiquant une compression ou un ramollissement des centres nerveux, la douche en pluie verticale appliquée simultanément avec le jet brisé produira le meilleur effet. La douche en pluie doit naturellement envelopper tout le corps : le jet brisé par le doigt du doucheur, doit parcourir toute la longueur des gouttières vertébrales depuis le cervelet jusqu’au coccys, et à la fin de l’opération, être donné, en plein, sur les jambes et la plante des pieds. La durée de l’opération ne doit pas excéder une minute.
Si l’action tonico-sédative du froid est prouvée par des observations nombreuses, qu’on ne saurait mettre en doute , son action tonico-résolutive ne l’est pas moins.
L’eau froide projetée avec force sur le corps excite les vaisseaux à résorber les liquides qui les congestionnent; elle produit des effets surprenants dans les engorgements lymphatiques , mais à la condition expresse que la réaction soit promptement assurée et augmentée à l’aide de frictions énergiques.
Dans l’anémie ou appauvrissement du sang, dans le rhumatisme, la sciatique, les maladies chroniques de l’estomac ou des intestins, le catarrhe chronique des bronches ou de la vessie, dans le diabète, la gravelle, l’expérience nous a prouvé que la pluie (durée 30 à 40 secondes) suivie de la douche en jet à forte pression
sur les muscles dorsaux, les reins et les jambes, est celle qui donne le meilleur résultat.
Pour que la douche produise tout l’efFet qu’on en peut espérer, il faut autant que possible, nous l’avons dit, que le corps soit en transpiration ou tout au moins en moiteur. On fera cependant bien , lorsque la course ou les exercices gymnastiques auront été très violents, d’observer un intervalle de 3 à 4 minutes entre les derniers exercices et la douche, afin de laisser aux mouvements du cœur le temps de reprendre une allure calme et régulière.
Les personnes sujettes aux congestions du foie et à la constipation devront user de la gymnastique avec modération et après la douche en pluie générale, demander au doucheur qu’il leur administre pendant une demiminute environ le jet en pluie horizontale sur la région du foie et le bas ventre.
Contre la spermathorrée, la douche ascendante avec une pression très modérée (l’eau venant baigner le périnée sans l’exciter) sera employé avec succès (durée de la douche 1 à 3 minutes).
Dans l’atonie de la vessie ou des organes génésiaques, on augmentera la pression de la douche ascendante, ' dont la durée devra être très courte.
La douche, on vient de le voir, selon qu’elle est bien ou mal appliquée peut faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal: c’est une arme à deux tranchants ; quant à la friction avec le linge mouillé ou avec une éponge
légèrement imbibée d’eau froide, elle est d’une parfaite innocuité et convient à tous ; les personnes d’une constitution lymphatique s’en trouvei'ont surtout à merveille.
En augmentant la cohésion des tissus, sans produire une réaction bien intense , cette simple lotion , suivie d’une friction sèche et pratiquée chaque matin en sortant du lit, fortifie considérablement; et toutes les mères soucieuses de la santé de leurs enfants devraient, depuis le jour de leur naissance, les soumettre quotidiennement à cette opération hygiénique.
Les personnes qui commencent le traitement hydrothérapique ne doivent pas s’effrayer si, pendant les premiers jours , elles éprouvent une certaine surexcitatation, voire même un peu d’insomfiie. Le plus souvent aussi elles auront des courbatures.
Ce phénomène a-t-il vraiment besoin d’être expliqué?
Il est évident que des membres et des nerfs habitués à une apathie atrophiante demeurent singulièrement surpris devant ce diable qui vient les secouer dans leur inaction et leur ordonner de vivre. Jusqu’alors, les malheureux n’avaient que végété.
Dans la gymnastique, la fibre musculaire est tour à tour dilatée et contractée en tous sens, la fibre tendineuse allongée et distendue violemment. Dans la douche, tous les fluides sont, avec la rapidité de l’éclair, refoulés vers le centre pour revenir aussitôt, avec une véritable impétuosité, à la périphérie.
Le système nerveux serait ébranlé à moins !