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PRÉFACE

DE

M. le Docteur MICHAUX

Ma pensée en écrivant ce court chapitre n’a point été de traiter en détail de la physiologie des divers mouvements de la gymnastique suédoise et des applications médicales qui en ont été faites avec grand succès. Un volume entier ne suffirait pas à cette description et bien peu de lecteurs auraient le courage et la patience de me suivre; je voudrais simplement me borner à énoncer quelques-unes des lois physiologiques fondamentales de la méthode de Ling telles qu’elles se sont révélées à mes réflexions au cours des leçons pratiques que, depuis un an et demi, l’extrême obligeance de M. le professeur Kumlien m’a permis de suivre en compagnie de quelques amis, docteurs et étudiants en médecine.

La gymnastique suédoise, médicalement parlant, me paraît réunir ces trois avantages ;

U De convenir à tous ;

2*^ De régler, par une progression très sage et très rationnelle, l’exercice de tous les muscles du corps;

3" D’exercer, d’une façon très méthodique, une

influence considérable sur les quatre grandes fonctions de l’organisme qui s’appellent la respiration, la circulation, la nutrition et l’innervation.

La condition fondamentale de toute bonne méthode d’exercice musculaire est de pouvoir s’appliquer à tous les membres de la grande famille humaine, de convenir à la femme aussi bien qu’à l’homme, d’être applicable aussi bien chez l’enfant et le vieillard que chez l’homme fait. Par la simplicité et la variété de ses moyens, la méthode de Ling réalise à merveille cette condition première sur laquelle nous n’insisterons pas davantage et qui la met presque seule en parallèle avec les jeux de plein air dont on a tant et si Justement vanté les bienfaits incontestables.

D’autres exercices, tels que la course, la natation, la boxe française, l’escrime, la gymnastique aux appareils, mettent en jeu, soit directement, soit indirectement, les nombreux muscles qui forment plus de la moitié du corps humain ; aucune méthode, à mon sens, ne fait travailler les muscles d’une façon aussi rationnelle et progressive que la méthode suédoise.

Tous ceux qui ont suivi ces exercices savent avec quelle vigilance on y recherche la perfection des attitudes; avec quelle insistance le professeur réclame l’hyperextension de la colonne vertébrale, — le renversement des épaules en arrière, — l’agrandissement de la cage thoracique, — la rétraction des muscles abdominaux ; avec quel soin jaloux il poursuit les têtes fléchies ou trop renversées, qui diminuent l’extension de la colonne cervicale , — les épaules tombantes, —

les dos voûtés , — les reins cambrés , — les abdomens trop saillants.

Aucune méthode n’exige autant de travail, autant d’efforts des muscles dorsaux et abdominaux, aucune ne se préoccupe au même degré de l’agrandissement de la poitrine, et je ne sais rien pour ma part de plus probant et de plus intéressant que le merveilleux développement de ces muscles du dos qui rayonnent de l’omoplate et du bassin sur toute la hauteur delà colonne vertébrale. — L’étude photographique de ces saillies mériterait à elle seule de nous arrêter longuement ; il suffit d’avoir pratiqué quelque temps les plus simples de ces mouvements pour se rendre compte de l’effort qu’ils nécessitent et du travail qu’ils réalisent.

Au lecteur qui douterait encore, nous conseillons de se coucher à plat sur un banc, les pieds fixés, les cuisses appuyées par leur face antérieure, le corps débordant le banc ; cette position prise, redressez le corps en haut et en arrière par la contraction des extenseurs de la colonne vertébrale ; exécutez le même mouvement les mains sur les hanches, les mains à la nuque, les bras étendus de chaque côté et au-dessus de la tête et vous aurez une idée de la puissance musculaire exigée, du travail produit et de la progression méthodique que la méthode suédoise imprime à chacun de ses mouvements.

D’autres points méritent encore d’être signalés au point de vue physiologique du travail musculaire ; je citerai parmi les plus importants: i° l’alternance tout à fait rationnelle des mouvements respiratoires du thorax et des membres supérieurs avec les mouvements des membres inférieurs qui rappellent aux extrémités le sang que la dilatation

de la poitrine a fait affluer dans les poumons et le cœur; 2° la succession méthodique des mouvements d’extension aux mouvements de flexion, — des mouvements de pronation aux mouvements de supination. — Ce précepte de faire toujours suivre la contraction d’un muscle d’une contraction égale en durée et en intensité du muscle antagoniste est incontestablement un des plus importants parmi ceux que la gymnastique suédoise impose à ses élèves.

Mais les muscles qui sont les organes actifs du mouvement n’agissent pas seulement sur les leviers osseux du corps humain pour produire des mouvements de locomotion partielle ou totale ; ils exercent en outre une action considérable sur les organes de la circulation, de la respiration, de la nutritrition et de l’innervation.

Quelques auteurs ont cherché à opposer la Gymnastique des organes à la Gymnastique des moMen réalité, dans l’organisme si parfait et si complexe de la machine humaine, tout se commande et tout se tient, les séparations n’existent que dans les livres pour les commodités de l’esprit et la simplification de l’étude.

De même que dans tout mouvement un peu important, un muscle n’agit jamais seul, sa contraction nécessitant la mise en œuvre d’une quantité d’autres muscles destinés à fixer les points d’attache sur lesquels il s’implante, ainsi l’action musculaire ne produit pas seulement le mouvement, elle s’accompagne de production de chaleur, elle active la circulation du sang, elle nécessite l’inteivention de la volonté et la mise en jeu de l’innervation. — Indépendamment de cette action indirecte qui.

pour passer inaperçue, n’en est pas moins très réelle et très importante, les méthodes gymnastiques se sont préoccupées depuis longtemps de faciliter directement le fonctionnement des organes de la respiration et de la circulation, de la nutrition et de l’innervation.

En raison du soin particulier qu’elle apporte à cette action, la méthode suédoise de Ling mérite une mention'toute spéciale et nous demandons la permission d’envisager un instant l’influence qu’elle exerce sur chacune de ces quatre grandes fonctions.

Pour bien comprendre l’influence de la gymnastique suédoise sur la respiration, il est de toute nécessité de bien se pénétrer de cette idée que toute expansion active du thorax amène, en vertu du vide qui existe dans la plèvre, l’expansion correspondante du poumon. L’inspiration active déterminée par la contraction du diaphragme et des muscles dits inspirateurs, détermine ainsi du même coup l’appel de l’air par la trachée et l’afflux du sang qui va se régénérer au contact de l’oxygène contenu dans les aréoles du poumon,

La course, les jeuxdepleinair, exercent sur la respiration une influence énorme; dans la gymnastique suédoise, les exercices dits respiratoires occupent aussi une place importante. J’ai vu, en quelques mois, sous mes yeux, la poitrine de plusieurs jeunes gens se dilater de plusieurs centimètres ; des recherches plus précises ont été faites depuis longtemps en Suède, et la spirométrie a démontré victorieusement les effets remarquables de la méthode de Ling sur la fonction respiratoire.

A côté d’elle, la circulation centrale n’est pas

moins heureusementfacilitée par l’agrandissement delà poitrine. Appelé par le vide thoracique, le sang afflue au cœur par les gros vaisseaux veineux, sang noir destiné à être aussitôt revivifié, sang rouge prêt à aller porter dans les tissus l’oxygène et la vie.

La méthode de Ling n’agit pas seulement par ses exercices respiratoires sur la circulation centrale^ sur le cœur et les gros vaisseaux intrathoraciques; elle régularise également la circulation périphérique par les contractions alternatives qu’elle demande successivement auxmuscles abdominaux, aux muscles des membres inférieurs, aux muscles des membres supérieurs. Quand on suit régulièrement, comme il m’a été donné de le faire, la progression des méthodes suédoises, on est tout étonné de l’intensité d’effort musculaire obtenu sans surcharge de la circulation centrale, grâce au balancement rationnellement établi entre la circulation centrale et la circulation périphérique. '

Pour qui connaît les lois de la circulation artérielle et de la circulation veineuse, la richesse vasculaire et surtout veineuse des masses musculaires de la cuisse, de la jambe et du pied, cette alternance de mouvements neutralisant les effets de l’appel thoracique du sang constitue un des plus beaux avantages de la méthode de Ling.

Comme toute méthode d’exercice, la méthode de Ling agit sur la nutrition ; elle active les combustions, les actes d’assimilation et de désassimilation qui constituent l’essence même de la fonction nutritive. Je ne crois pas que la contraction méthodique des muscles abdominaux souvent

sollicitée par les exercices suédois, soit sans influence sur la nutrition, sur la circulation des matières ingérées dans le tube digestif. Je vais plus loin et je ne suis pas éloigné de penser que la neurasthénie serait peut-être moins fréquente avec son cortège de ptoses viscérales, chute du foie, rein flottant, dilatation gastrique et intestinale, si nos intellectuels et nos grandes jeunes filles de ville se livraient méthodiquement, dès leur enfance, aux exercices de la gymnastique suédoise, s’ilsdéveloppaient, par des efforts réguliers et progressifs, la contraction de cette sangle des muscles abdominaux sur laquelle le professeur Glénard, de Lyon, a si justement attiré l’attention.

La maladie est évidemment complexe en sa nature, mais une sage éducation physique, jointe à l’hygiène, à l’hydrothérapie et à une puissante direction psychique et morale, aiderait incontestablement beaucoup à prévenir ou à améliorer les malheureuses victimesde cette affection si fréquente de nos jours.

Pour ce qui est de l’influence de laméthode suédoise sur la volonté et sur les fonctions cérébrales, je la crois des plus heureuses par la multiplicité des exercices qu’elle impose, par leur simplicité, par la régularisation de toutes les fonctions de l’économie.

Nous avons jusqu’ici envisagé la méthode suédoise de gymnastique au seul point de vue de la physiologie normale ; il y aurait beaucoup à dire sur le rôle médical du gymnaste suédois. Une multitude d’affections sont justiciables des pratiques de massage et d’exercices que les élèves des Instituts de gymnastique apprennent en Suède.

J e me bornerai à en citer un seul exemple ; celui des bons effets obtenus par cette méthode dans le traitement des scolioses, et je me fais un devoir et un plaisir de remercier le professeur Kumlien des très beaux résultats qu’il a obtenus chez plusieurs jeunes malades que je lui ai confiées. J’ai pu comparer chez plusieurs d’entre elles les résultats obtenus manuellement et par l’exercice, à ceux que nous avaient donnés d’autres méthodes et je n’hésite pas à reconnaître la supériorité de ce redressement rationnel, si sagement gradué, si bien dirigé.

D*" Paul Michaux,

Chirurgien de l'hôpital Lariboisière.

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