PARTIE CARRÉE 1 7 I
Raymond. — Blague, mon bon, si tu la connaissais., mais tu ne la connaîtras pas de sitôt,
Paul. — Au moins, son nom ?
Raymond. — Rien du tout.
Paul. — Vraiment, tu neveux pas. Je vais être obligé de faire un long voyage pour me consoler.
Raymond. — Commence tes malles... Je ne te retiens pas.
Paul. — Tu m'amuses avec tes mystères... C'est inouï ce que tu m'amuses !
Raymond. — Tant mieux pour toi.. . mais, c'est un principe : quand j'ai une maîtresse pas ordinaire...
Paul. — Celle qu'on a n'est jamais ordinaire.
Raymond. — Je ne la montre pas, même à mes... surtout âmes amis.
Paul. — Tu n'es pas sûr de ton ange ?
Raymond. — Je n'ai pas à te dire mes raisons... Je m'abstiens d'exhiber, voilà tout.
Paul. — Homme prudent, comme tu dois être trompé !
Raymond, grave. — Franchement, je ne le crois pas.
Paul. — Tu attends qu'elle te le dise ?
Raymond. — Je ne le crois pas, et tu vas comprendre pourquoi : Je fais tout ce qu'elle veut.
Paul. — Tout ?
Raymond. — Tout.
Paul. — Continue.
Raymond. — Je lui passe tous ses caprices, toutes ses fantaisies, je ferme les yeux.
Paul. — Et tu crois qu'elle n'ouvre pas trop les siens.
Raymond. — Elle? allons donc ! Seulement, dame ! je suis très esclave. Oh ! je ne te cacherai pas que je suis loin d'être le maître. Elle me tient en laisse absolument. Qu'est-ce que cela me fait après tout ? Le jour où j'en aurai assez, je casserai la ficelle. L'important, c'est d'être tranquille.