PARTIE CARRÉE
Paul. — Chacun son système. Moi, je suis bien aussi pour le muselage, mais pour celui de la femme. Puisque tu me fais des confidences, je ne vois pas pourquoi je me priverais de t'en faire quelques-unes à mon tour. Je possède également, sache-le donc, un oiseau bleu.
Raymond. — Je la connais? Qui est-ce?
Paul. — Mon cher, c'est un principe.
Quand j'ai une maîtresse pas ordinaire...
Raymond. — Va te promener, tu es ridicule. Moi, je t'ai dit que ça m'était désagréable, mais toi ? Tu t'en moques ? Tu peux bien au moins me dire son nom ?
Paul. — Rien du tout. Je reprends... Je possède donc un oiseau bleu, mais mon oiseau est dressé, dressé par moi qui suis son maître ; mon oiseau vient me manger dans la main au commandement, il ne chante que quand je veux et le temps que je veux, je lui ai coupé les ailes et son vol n'en est que plus sage, en quelque sorte plus intime. Chaque
fois que je veux jouir de la compagnie de mon oiseau, je le fais sortir de sa cage, mais moi, personnellement, je n'y entre jamais. Cela m'oblige bien à une petite surveillance, qui a ses ennuis, mais je suis tranquille et c'est l'important.
Raymond. — Tu peux avoir raison. Cela dépend des femmes. Tous les systèmes? Bons et mauvais .. Tels moyens qui réussissent avec l'une... paf !...
Paul. — ... Echouent avec l'autre...
Raymond. — C'est positif. . .
Paul. — Mais pour en revenir à ma petite amie, je t'assure que si tu la connaissais, elle ne te déplairait pas. Et elle est souple, douce, prévenante, aux aguets de tout ce qui pourrait m'être agréable... Mes moindres désirs, la disposition d'esprit dans laquelle je me trouve, elle devine tout... elle est étonnante.
Raymond. — Moi je n'aime pas ce genre de femmes-là. Que veux-tu? Dis que c'est un goût bizarre, mais je ne déteste pas que la