SCÈNE DE TOUS LES SOIKS
mardi de Pâques ! Savez-vous ce que j'ai fait tantôt?
D'Argentay. — Comment voulez- vous?
Coutras. — La noce ?
Thomson. — La noce? avant de monter ? ... Pas sérieux. Eh bien, puisque vous n'êtes pas à la devinette, je vais vous le dire : j'ai fait mon tes... ta... ment!
D'Argentay. — Gai ! bien gai !
Thomson. — Chaque année je monte à la Croix, et chaque année je le fais la veille...
Coutras. — Pourquoi un nouveau chaque fois ? Depuis cinq ans que tu cours, le même pourrait te resservir.
Thomson. — Oui, mais comme, avec le temps qui passe, j'ai toujours quelque chose à ajouter ou à retrancher, j'aime mieux en faire un neuf. C'est pas chic de ressemelei aes dernières volontés.
Coutras. — A ton aise.
Thomson. — Et puis, ce testament, c'est m on fétiche à moi. Blaguez si vous voulez,
mais je suis sûr que si je manquais de le faire j'empoignerais la tape.
D'Argentay. — Oui, oui ! convenu. Assez de testament comme ça ! Vous savez que je n'aime pas les ordres d'idées lugubres. C'est bon pour ceux qui font de la littérature ! Mais moi qui n'en ferai jamais, heureusement pour les lecteurs, ça m'embête ! Et cependant, moi, d'Argentay, oui, moi ! si j'avais voulu écrire, eh bien...
Coutras. — Eh bien ?
D'Argentay. — J'aurais raconté... des choses de livres... des... histoires inventées, enfin... tout comme un autre.
Coutras - — Mieux.
Vouvains. — Pourquoi pas?
Thomson. — Entendu, d'Argentay ! A quand votre prochain roman chez Buloz?
D'Argentay. — Fichez- nous la paix, avec ia Revue des Vieux Mondes ! Moi j'ai faim Allons-nous quelque part manger deux œufs?