‹ La Haute SavoieChapitre 101 sur 150 · ORIGINE DES GETS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES GETS

(luisaient le nom latin des défilés (fréta); aux Gets, village étalé au sommet d'un col qui relie le Paucigny au Chablais, la question d'origine prenait une importance historique.

On raconte en effet qu'au quatorzième siècle, des Juifs de Florence, accusés durant une peste, d'avoir empoisonné les puits, et contraints à s'exiler de la Toscane, obtinrent de Béatrix de Paucigny, à la condition d'accepter le baptême, ce territoire où ils fondèrent un village qui a retenu leur nom : lés Juifs; en vieux patois, les Gets. Ce pas, à onze cent soixante et deux mètres de hauteur, environné de coteaux arrondis revêtus de sapins, rappelle les sites du Jura où, d'ailleurs, les industrieux habitants du bourg émigrent en grand nombre; surtout à Morez, au pied des Rousses. Les premiers colons des Gets ont planté à l'entrée du village un chêne que l'on remarque encore ; car il est unique, cet arbre ne se reproduisant plus à ce degré d'altitude.

Ils ont perdu le type juif; mais leur visage est très-accentué ; l'instinct les porte à la vie errante, trait des races sémitiques et, fait plus caractéristique en Savoie qu'ailleurs, l'esprit mercantile leur donne la vocation d'être brocanteurs, de spéculer sur des échanges et d'acheter des mobiliers pour les revendre en détail. On les rencontre en Suisse, en Piémont et dans la Comté, promenant, en guise de tente, le campement de leur charrette. Ce village , avec ses rustiques fontaines, ses lavoirs et

ses grands toits disséminés, offre Tc^speçt toi:uoprs un peu bibliqvie des bourgades de la montagne; m2|is l'ampleur des cabarets le rattache aux mœurs de la Savoie.

A peine avions-nous franchi le ^euil du plus app^^nt, batellerie qui n'eçt que le complément d'upe buvette, que (léjà les gens y affluaipnt, attirés par mes compagnons le notaire et le juge de paix ; chacun ayaut un procès à suivre, ou un différend à régler. Nous aurions pu, jusqu'au spir, tenir un lit de justice. Ajournés à un terme plus opportun, ces gens recommençaient imperturbables l'exposé de leur affaire ; repoussés de rephef, ils le reprenaient incid^ipiuent avec une placidité endormie, niais infatigable* Ils se seraient crus condamnés, si l'on n'eût trinqué • s^yec tous et , quand enfin on fut k peu près délivré, ils reparurent un à un sur le chemin, jusqu'au delà du village, où les plus obstinés avaient couru nous devancer très-loip, pour parler les derniers. A cette obsession loquace, filan^ dreuse, invincible, répond, cjiez ceux qui en ^nt l'objet, we patience dont nous n'avons aucune idée, Que de m«|l U faut se donner, pour les empêcher de se rufnetr en frais de procédure t C'était cbose édifiante au surplus, que d'écouter ce notaire et ce, juge, pbjçts d'une familière confiance, précisant la concorda évangélique à ces maniaques enfantins jj si épris de se faire plumer.

Au delà des Gets, où la route, tracée avec une fantaisie piémontaise, multiplie les longueurs, mon-

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