‹ La Haute SavoieChapitre 106 sur 150 · TRAITS DE MOEURS ET D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

TRAITS DE MOEURS ET D'HISTOIRE

en âge. Or, ces religieux étaient gens de naissance pour la plupart. Assouplies par cette éducation, les populations'de la vallée se sont trempé le caractère dans leurs luttes légales contre le despotisme des seigneurs ecclésiastiques. Ces tribus agricoles, de souche bourguignonne, étaient imbues d'un esprit d'ii)dépendance si invincible, qu'elles arrachèrent des droits de propriété et de franchises fort étendus. Leur justice siégeait à côté de celle du chapitre ; la commune s*administrait et se gardait ellemême; elle avait ses ouvrages de défense, en face de Tabbaye, étreinte par une république de pasteurs. Du reste, ces deux pouvoirs, la féodalité et la commune, étaient liés par des obligations réciproques, par des devoirs mutuels, et, depuis le quinzième siècle surtout, des accords^nombreux, des contestations fréquemment arbitrées, jusqu'à la fin de l'ancien régime, expliquent comment il s'est dénoué au bord de la Dranse sans violentes réactions, ce qui a contribué à préserver les moni^r ments de l'abbaye. Elle fut acquise en l'an IV, dans un but probablement conservateur, par des gens du pays qui Tont cédée il y a trente ans, au chanoine Barnabe Sallavuard et à son frère, dont les héritiers possèdent aujourd'hui le cloître, ainsi qu'une portion des bâtiments abbatiaux. Ce nom de Sallavuard apparaît souvent dans les archives de la localité, ainsi que ceux de la plupart des familles qui figurent encore aux terriers cadastraux du Vald'Abondance. A la perpétuité des mêmes souches,

répond la stabilité des usages et des mœurs. Dès Tannée 1673, un Claude Sallavuard, ruiné par un incendie, recevait du couvent une souscription ou offrande: les descendants sauvent aujourd'hui du marteau l'héritage de leurs pères spirituels, et je ne sais si je m'abuse, en préférant à des noblesses douteuses, ces notabilités bourgeoises, consacrées par des titres dont elles ne s'occupent guère, et qui perpétuent, où ont vécu leurs aïeux, les traditions du passé. C'est au foyer de ces propriétaires, que j'eus la bonne fortune de recevoir l'hospitalité à l'abbaye d'Abondance.

J'y trouvai un intérieur qui, par les habitudes seulement, car les esprits ne sont pas restés en arrière, me remettait en mémoire les plus anciens souvenirs d'une enfance écoulée parmi de grands parents, qui avaient dépensé les deux tiers de leur carrière avant la Révolution, dont ils n'avaient pas subi rinfluence. Plus jeunes d'un demi-siècle, les habitants d'Abondance, colonie séquestrée hors de notre centre d'action, ont conservé le bon langage d'autrefois, comme ces réfugiés protestants que la révocation de l'Édit de Nantes a internés dans un bourg de l'Allemagne. Nulle part, la conversation ne rappelle davantage le ton des anciens livres, et ne fait mieux comprendre à quel point, chez nous, la langue a varié sous l'influence des écoles, de la mode, du régime parlementaire, du mouvement scientifique et des journaux. La direction des études n'a pu introduire ici de nouveaux éléments;

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