‹ La Haute SavoieChapitre 108 sur 150 · SUR LES NOMS DE LIEUX · texte numérisé non relu

SUR LES NOMS DE LIEUX

Quelqu'un ayant fait observer qu'il conviendrait de partir de bonne heure, si Ton voulait remonter jusqu'à l'Essert, je supposai que nous devions retourner sur nos pas, ayant déjeuné le matin même, dans un village de ce nom. « C'est un autre Essert, répondit mon hôte. Avez-vous remarqué, du reste, combien de localités, chez nous, portent le même nom î Sans parler des trois Dranses, n'avons-nous pas deux rivières de la Sallanche, deux villages de Sixt, Faverges et les Paver ges, deux châteaux de Monthoux, trois Contamines, deux passages de Tête-Noire, deux Forclaz, trois monts de la Joux, plusieurs hameaux des Fonds ou des Fonts ; sept ou huit, des Villars; la ville, et la Corne de Nyop.,.. à quoi il faut ajouter quantité de lieux-dits, qui varient de prononciation ou de forme écrite : la Puyaz et la Poya, les Montets et les Montées, la Barme et la Balme, les Tines, les Thynes et les Tignes ; Passier et Passy, le Prazon et le Prarion, les Frites et les Prêtes, Vernaz et Vernay .... C'est la cause de bien des méprises pour ceux qui ont écrit sur nos contrées I

— Sans doute, dit M. Tavernier; mais ces désignations similaires fournissent un renseignement sur la vie recluse et isolée des anciens habitants du pays. Comme on n'applique des noms aux localités que poiu* les distinguer entre elles, il résulte de ces emplois multiples, que chaque vallon vivait à part, sans communication fréquente avec les autres. Les variations orthographiques du même mot démon-

trent la diversité des patois et, par suite, la juzta position de plusieurs races différentes d'origine. Le grand nombre des points désignés par un titre en quelque sorte descriptif et moderne, indique aussi que beaucoup de sites escarpés, où Ton a frayé des chemins, n'ont été explorés que très-tard ; autre preuve qu'autrefois les relations étaient rares entre les hameaux séparés par de hautes chaînes. Certaines montagnes adossées à deux ou trois vallées, et qui dans chacune d'elles ont reçu un nom différent, fournissent à cet égard un argument plus décisif encore. Et voilà pourquoi nous avons gardé les mœurs de nos pères. Le pays est tellement neuf encore, qu'il reste, sur la frontière valaisanne du haut Ghablais, des forêts presque vierges, où les hêtres tombent morts de vieillesse, sans être exploités....

^Yous savez à quel point les chamois sont craintifs et sauvages? s'écria un de nos chasseurs. £h bien, ils habitent, au-dessus d'AbondaDce et de Châtel, des sommets tellement déserts, qu'ils n'y furent jamais inquiétés. Aussi descendent-ils sans défiance à la fin de l'automne, dans la vallée, au bourg de Gharmy et jusqu'au Pas-d'Abondance, où on les voit se mêler aux troupeaux de nos chevriersl Au-dessus du Grand-Bornand , à Chamonix, ou dans les vallées supérieures du pays |Bernois, vous ne verriez rien de semblable. »

Sur trois mille touristes des Alpes, on n'en citerait peut-être pas deux qui aient visité l'abbaye

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