SOUVENIRS HISTORIQUES
commerce, trahit une bourgeoisie ancienne, dédaigneuse de suivre la mode et de chamarrer ses comptoirs pour achalander les pratiques. Les portions de la ville qui racontent sa légende féodale et municipale, ne permettraient pas à un étranger de se méprendre sur certains signes de race qui décèlent, jusque dans les moindres bourgs, les capitales déclassées. Vous côtoyez avec surprise de belles maisons à pilastres, dans le style de la Renaissance ; de vastes hôtels à demi ruinés qui furent des palais, des logis de marque avec pignon sur rue, et de respectables édifices du quinzième siècle, courbés par les ans sur les piliers de leurs voûtes ogivales. La place de THÔtel-de- Ville bordée de maisons séculaires, alignées sur des festons d'arcades en. tierspoint, fait deviner une commune dotée d'anciens privilèges. Les Franchises de Kumilly remontent en effet à Amé II , comte de Genevois et à Tannée 1291. Dès la fin du dixième siècle, les ancêtres d'Ame II avaient entouré de fossés et de murailles Rumilly, que leur avaient inféodé les princes évoques de Geûève : aussi la noblesse du pays se plutelle de bonne heure à habiter cette place forte, riante, bien située, où l'on adoptait sans déroger la vie bourgeoise, grâce à la faculté de se gouverner soi-même et de participer, comme membre du graïid et du petit conseil, à l'administration du pays. Amédée Vill, premier duc de Savoie, qui acquit de Marguerite de Joinville, veuve du dernier comte de Genevois, le mandement de
Rumilly en 1411, reconnut et confirma ses franchises.
A la fin du règne de Louis XI, qui convoqua en 1478, les états généraux de la Savoie à Rumilly, sous la minorité du duc Philibert I*', le château de cette ville, qui appartenait aux chevaliers de Rhodes, servit de prison au fils de Mahomet II, au prince Zizim, frère de Bajazet, à qui il avait disputé l'empire. Zizim, que les chroniques du pays appellent le prince Cem, excita la curiosité des barons du voisinage, qui affluèrent à Rumilly pour la satisfaire. Le duc de Savoie ne manqua pas de visiter le fils du conquérant de Constantinople, qui passa du donjon de Rumilly à la tour de Bourganeuf.
Sous Louis XIII, en 1630, cette population s'illustra par son héroïque fidélité à Charles-Emmanuel. Du Hallier ayant fait sommer Rumilly de se rendre, en annonçant que Chambéry n'avait pas résisté : « Et quand même 1 » répondirent les habitants. Ils se laissèrent foudroyer par l'artillerie royale et ils furent démantelés. La ville avait été, pour la punir de sa valeur, condamnée au pillage et à l'incendie ; mais avant d'y porter la flamme, le commandant fit dire aux demoiselles de Pésieu de Salagnies, parentes du maréchal du Hallier, qu'elles trouveraient un asile au camp français. Toutes trois refusèrent d'abandonner leurs compatriotes et signifièrent l'intention de mourir avec eux. L'une d'elles, religieuse bernardine, se mit à la