CHÂTEL ET SON HÔTESSE
qu'est une hôtellerie, dans Ces retraites où un étran^ ger est un si rare événement. Les maîtres eu logis sont des pasteurs vivaat des produits 4e leurs troupeaux : des écuries, des granges, tout l'^ttiFfifti d^une exploitation rustique laissent à l^aubei^e Fass pect des autres chaumières, étalées à la fila et^ur un smA rang, à mi «côte d'us versant de prairies. Toœb^ à rjmproviste dans un pareil .gtte, où Ton n'a^nd |>ersonne, c'est y causer un ambarras bien supérieur au profit^u'on y ajpporte. Il tfy avait rien, nous étiws pressés^ la ménagère ^s'ejXjclamAit ej n'avançait guère ; et tandis qiji'elle se ^.émoussiit, bausmlant un marmot, servant ji bobre au^ pâtras, metts^ les .uns eç eaipp^ne et les autres à la rai-r son, }e la talonnaii ^ impatiem^ment, lO^ je me fis rabrouer d'importance^ ayec une i*u4essi? x|tfuû fcmd de gai^ Curibqnd^ ne just^fiaU çu'à .demi.
Notre repas servi , et avec une prçpptKude inr connue <ians les pays que j'fivais l^ayersés^ rbôlesse trouvait cent p^élexte^ pour rentrer daAs la salle et jeter xjuelques naots d^ belle humeur où l'^prijt ne)m§^quait pas, et elle me lorgnait ^^ la d^obé^ tout ren s'adressant aux autres. Mais jç garçiais,un visage très-baurru.. A la fin, elje se campa deya^aj moi et me jetant une œijUade amicale; «J'aime beaucoup ce monsieur, ^'écria-t-elle ; p^rce qu'il ^est aussi vif gue moi! Nous sommes dy mép^ s^^'....9
C'était une vigoureuse brune, éclatante sops ie hâle, 1^ malice aux levures, le .cœur à fl^u^ depe^iu, et très-femg)^ ,^ec de^ iUlui:es yi^il^s. jU/aJl^^VÛ
donner la main, et trinquer avec toute la maisonnée. L'infime rétribution de ces repas improvisés n'est réellement qu'une condescendance de cette hospitalité patriarcale, et si l'on s'abstenait de remercier ces hôtes, on les frustrerait de leur meilleur bénéfice.
Situé à près de quatre mille pieds de hauteur, Châtel a toute l'originalité d'un village alpestre. Ses chaumières longues et basses, avec des grands toits proéminents d'où pleuvent des fleurs pariétaires, mariées à des rameaux grimpants qui partent des fenêtres, sont d'une construction ancienne pour la plupart. Ces populations pastorales, arriérées d'un siècle, et de costume et de mœurs, n'émigrent point ; elles vivent de leurs cultures au milieu d'une contrée qui semble appartenir à tous; car on n'y voit ni bornages, ni haies ni clôtures : les troupeaux vont errant en liberté. Du matin au soir on entend chanter les bergers et sonner le carillon des vaches ; les chevriers, des sommets lointains, jettent dans ce concert quelques notes aiguës que le vent apporte, et ces tribus séparées du siècle, rappelant les familles sémitiques aux âges de la Bible, passent ainsi de longs jours, dans une solitude acceptée en commun. Partout sont éparpillés, sur le terrain même qui les utilise , les bâtiments d'exploitation, fruitières et magasins h fourrages : dans les plus hauts, on fait des fromages de chèvre et du beurre employé pour les blessures. On serait dispensé de se nourrir des jeunes chevreaux.
ESQUISSE d'un vieux BOURG. — ANECDOTE. 389
si la médecine plus intelligente, augmentant la consommation du lait de chèvre, bien autrement tonique, balsamique et fortifiant que dans les plaines où ses vertus sont annihilées, envoyait les malades boire ce suc vital dans la montagne, au lieu de les confier à des biques alimentées dans les villes, d'herbages vireux et de feuilles de chou.
Il faut se hâter de venir contempler, sous cet aspect patriarcal, ces contrées qui n'ont rien à envier aux sauvageries les plus renommées des petits cantons ; car bientôt, peut-être, elles seront transformées. A l'Essert, où Ton descend par des pelouses enrichies de la flore alpestre, en continuant à remonter la Dranse, on a découvert des sources sulfureuses qui produisent des cures inespérées; puis une source ferrugineuse, abondante et d*une vertu démontrée; enfin, à un kilomètre, une fontaine alcaline et savonneuse. Déjà, pour exploiter ces trésors, un habitant du Ghâtel bâtit, au fond du vallon, un vaste établissement, qui tôt ou tard fera fortune ; car il suffira de doter d'un embranchement d'une lieue la roule vicinale, pour amener les malades jusqu'à l'Essert. CesChâtelois sont entreprenants, patriotes et courageux. Relégués sur la frontière, à l'extrémité la plus cachée de la France, seuls, au moment de l'annexion, ils ont eu à combattre pour elle.
Us étaient allés, selon leur usage, à la foire de Ghampéry en Valais , pour faire des acquisitions , lorsque l'animosité des Suisses leur
fit UD mauvais parti. Mais loia de battre en retraite, les gens de Ghâtel, leur maire en tête, luttèrent vaillamment, et, restés maîtres du champ, ils se replièrent en bon ordre sur leur territoire, où on n'osa les poursuivre. Le lendemain ils revinrent en force, résolus et pacifiques^ réclamer leur chef qui avait été fait prisonnier et s'acquitter religieusement des dettes que, la veille, ils avaient pu contracter à l'auberge et chez les marchands. Après quoi ils s'en retournèrent, impassibles et respectés.
A peu de distance de l'Ëssert, mes compagnons voulurent s'arrêter dans un chalet très-ancien, mais d'un bel aspect, enfoui sous des hêtres, des aliziers et des cytises, au milieu d'un enclos de haies qui rappelle les herbages normands. C'est la retraite d'un homme qui, après avoir navigué sur toutes les mers du globe et résidé dans les deux Indes, est venu terminer là, sous le toit pastoral, sa verte vieillesse.... il y a près db quarante ans. U a importé l'usage du thé dans la vallée, et il nous offrit du café préparé à la manière orientale. Son salon à boiseries brunes et cirées, rehaussées de moulures chantournées sous Louis XV; ses dressoirs, leurs antiques vaisselles; les fauteuils sculptés recouverts en tapisserie ou en cuir gauffré, encadrent ce patriarche, vert encore, dans un fond de tableau qui ne surprendrait nullement Miéris ou Van Ostade. En errant à travers ces terres vierges, on voyage dans un pays jeune, et dans un siècle éteint.
Le retour par la prairie, le long d'un sentier que