‹ La Haute SavoieChapitre 114 sur 150 · LAC DE MONTRIOND, ETC · texte numérisé non relu

LAC DE MONTRIOND, ETC

que dans ces froides latitudes, où la chaleur était suffocante, Técrevisse est inconnue, parce qu'elle ne pourrait J^rivre à ces hauteurs.

Pendant ces belles journées de courses à l'aventure, j'avais perdu la notion des saisons : on passait de la fraîcheur hivernale aux ardeurs de Tété ; les fruits rouges de nos printemps pleuvaient des arbres sur les colchiques de l'automne; dans les prairies b rillaient les fleurs de la saint-Pierre ; l'herbe était tendre, pas une feuille n'avait jauni I La nature garde sa jeunesse jusqu'au jour où les neiges la mettent au linceul.

Les plaideurs qui, depuis trois journées d'une clémence sicilienne, guettaient aux Gets le retour du notaire et du juge de paix, nous attardèrent en de si longs monitoires, que la nuit était tombée quand nous rentrâmes à Taninges, où, le surlendemain, je reçus une lettre de Siméon Dornheim, dont le contenu me causa un certain étonnement.

Lettre de Siméon Dornheim : — Amphion et le pays de Gavot. — Thonon et les sources de la Yersoix. — Évian et ses eaux minérales. Projets d'embellissements : avenir de la contrée. — Légende de l'er mite de Neuvecelle. — Le vieux pont dé la Dranse. - SouTenir des guerres religieuses. — Le Léman et ses rédacteurs. — Cures hygiéniques des montagnes. Ëpisode sentimental. — Siméon à la recherche d'une chaumière. ~ Parallèle entre les deux rives du lac.

Effet de cette épttre sur les dispositions de l'auteur, et comme quoi le dépit est mauvais conseiller. — Bons, et la tour de Langin. — L'Ermitage des Voirons et sa- légende. ~ L'idole et la Vierge-noire. — Histoire des Cous tordus. — Routes et chemins de fer. — Après la pluie.... paysage du bas Chablais. — Ruines de la Rochette. — Yvoire et la tourdUermance. — Rencontre inattendue : visite au manoir de Coudre. — Son parc féerique. — Une soirée au bord de la mer. — Expédition à la recherche de Dornheim. — Les deux châteaux et la chapelle des Allinges. — Peintures byzantines de l'oratoire de Saint- François de Sales. — Découverte de Siméon, méditant sur les ruines. — Réponse naïve d'un paysan, etc.

« AmphioD , 17 septembre.

« Quand vous verrez la jolie retraite où je vous attends au bord du lac de Genève, son nom qui éveille des idées mythologiques vous paraîtra moins ambitieux. Seulement^vous penserez, comme moi, que Tinstrument d'Âmphion n'a pas accompagné de ses accords la construction de Thonon, ni celle

d'Ëvian, deux villes séparées par une courte distance et qui ne doivent rien, je le regrette, à un fils de Jupiter.

« Elles se présentent, cependant, avec tant de grâce au voyageur embarqué sur les eaux du Léman, qu'en arrivant du Boverel, je n'ai pas eu le courage, après avoir passé devant Évian, de résister aux séductions de son chef-lieu, et je me suis fait descendre à Thonon. On y déjeune mal, on y est logé plus mal encore. Gîte peu attrayant pour un touriste fatigué. Je me suis hâté de parcourir la ville et de prendre une voiture pour rebrousser chemin jusqu' à Évian, où il faut constamment monter ou descendre, inconvénient pour moi, dans l'état où m'ont mis mes dernières aventures. Voilà pourquoi je suis venu chercher à Amphion, entre ces deux localités, un asile plus favo-* rable au repos.

< je vous dois l'explication de cette lassitude et de ma désertion l'autre semaine à la vallée de Gbamonix. Le pays où vous m'avez entraîné m'a inspiré une vive passion jusqu'au moment où, n'osant pas vous suivre, ni au Jardin de la Mer de Glace, ni au sommet du Buet, j'ai éprouvé combien l'aversion est proche de l'amour. Ce voyage m'aurait donc laissé la plus pénible impression, si j'avais quitté les Alpes sous le coup de cette défaite. Pourquoi le taire? Je m'éprenais à votre endroit d'un vilain sentiment qui ressenoiblait à l'envie ; ce n'est pas trop risquer que de se casser le cou pour

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