AMPHION, THONON, ETC
d'Amphion a les pieds dansTeau. Je pourrais pécher la truite et les ferrats des fenêtres du salon. Le golfe a quatre lieues de largeur, et Ton découvre à l'autre rive les versants du Jorat, le coteau de Lausanne, les lignes du Jura, où l!œil se perd. Quelle retraite pour se remettre de ^agitation des villes, ou de la fatigue des excursions alpestres !
« Cette résidence a pour prétexte une source d'eau ferrugineuse acidulée, analysée en 1772 par Tingry, et où Ton vient boire la santé, et recouvrer des forces que Ton ne dépense guère ici. Ces eaux attirent chaque matin, de Thonon et d'Évian, des caravanes de malades qui ont la mine de s'en trouver à merveille. Leur visite anime pendant quelques heures les jardins du petit établissement d'Amphion, d'où Ton rayonne avec facilité, grâce à un service d'omnibus, sur Thonon et sur Éviau. Je suis fortement tenté, pour y abréger votre séjour et me donner les airs d'un voyageur, de vous dire quelques mots à propos de ces deux cités. Je suis si désœuvré et les soirées sont si longues I
t Thonon, où les guerres de religion n'ont rien laissé debout, où les citoyens appauvris par les malheurs publics n'ont pu embellir leurs demeures, où le régime de l'étranger n'a élevé aucun de ces monuments que font ailleurs les communes et les princes, Thonon est admirablement situé, au bord d'une assez haute plate-forme qui domine le lac.
« Je n'y ai trouvé que deux édifices dignes d'une mention : l'un est l'ancien couvent des Minimes, qui
sert aujourd'hui d'hôpital civil ; son clottre, de la fin du règne de Louis XIII , offre dans une omemen-' tation recherchée, des souvenirs de la Aenaissance» avec la lourdeur d'une époque où la pureté des lignes n'était plus de saison. L'autre monument de Thonon, c*est son église paroissiale, mais à Tinté^ rieur seulement, car la foçade a été crépie, et barbouillée de deux fresques telles, que le peuple de Paris ne souffrirait pas, sans faire une émeute, qu'on en montrât de semblables aux regards scandalisés des passants. Entrez dans cette vaste ^lise de village ; vous tombez stupéfait au milieu d'un boudoir, du temps où les chicorées s'entremêlaient de lis, de palmiers, de marguerites et de roses. — Vous m'avez fait copier tant de notes, que je cède à la tentation de singer mon maître, en essayant à mon tour de crayonner sur le vif. Voyez plutôt! La nef est un treillage de guirlandes, où voltigent, parmi les fruits et les fleurs, en guise d'oisillons, des cupidonneaux sculptés que l'on est obligé de prendre pour des chérubins. Ces reliefs, d'un blanc d'albâtre, sur un fond très-faiblement teinté de bleu, réjouissent la vue ; c'est une décoration de salle de bal, mais elle est charmante. Une chapelle, adroite, est ornée d'un joli tableau signé B. Claris; dans celle du baptistère, vous verrez une statue bancale, trapue et étrangement accoutrée, du bien* heureux duc Amédée IX, qui naqifit en 1435 au château de Thooon. — On a relevé pour vous une kyrielle de dates.