LA TOUR DE LANGIN ET SON SEIGNEUR
m'avait comté, avec le dédain d'une raison supérieure, la légende d'un Anié de Langin auquel on attribue l'origine de cette pieuse fondation. C'est ce qui m'avait inspiré la fantaisie d'en visiter les restes.
Les païens, me ftit-il dit, avaient juché là une idole, qui rendait des oracles, qui jetait des sorts aux chrétiens et que les évêques de Genève abattirent avant le douzième siècle. Mais, le démon n'abandpQpa point la montagne : il se changea en sanglier et obligea les passants, sous peine d'être massacrés, à s'allier par un pacte avec lui. Chasseur intrépide, le seigneur Amé d^ Langin , surpris dans les bois par le monstre, qui dévora son valet et le laissa demi-mort dans le fourré, fit vœu, s'il échappait, d'ériger en ce lieu une chapelle à la Vierge. Il tint parole, et l'évèque ayant exorcisé la montagne, Amé s'y fit ermite : il termina ses jours à côté de l'oratoire qu'il avait fondé.
Les idoles des hauts-lieux résistèrent longtemps au chr.istianisme, sur quelques montagnes où la théogonie romaine avait succédé aux religions inconnues des Gaulois. Des collines, autour des Voirons, portent encore le nom de Jupiter ou des fées, et bien que Genève, dès la fin du second siècle, ait eu un évoque, il est probable que huit cents ans plus tard, les citoyens déclassés de l'Olympe, honorés jusqu'à saint Bernard au mont Jou (Jovis), groupaient encore à la cime des Voirons, d'où leurs statues contemplaient la cathé-
drale de Genève, les habitants à demi sauvages des forêts.
C'est en remontant celles qui garnissent jusqu'à la base ce premier chaînon des Alpes, qu'accompagné d'une âllette de douze à quatorze ans, guide leste comme un cabri, je commençai, en rebrousrsant le lit pierreux d'un torrent à sec, couvert d'un berceau de feuillée, l'ascension d'un ermitage que l'histoire et la légende ont rendu célèbre, et qui a compté parmi ses solitaires l'évéque Auguste de Sales, son historien.
Malgré laroideur de la pente, mon petit cicérone, avec ses jambes de héron, que dégageait une jupe écourtée où l'enfant avait grandi, allait devant moi en sautillant de roche en roche ni plus ni moins qu'un oiseau; se retournant de temps à autre pour gazouiller quelques mots et se railler de mes efforts pour la suivre. Après les chênes, survinrent les hêtres et les civiers, puis les ^pins et les tapis de mousse; puis, les plateaux aux pâturages drainés de ruisseaux; enfin, au bout de deux heures, j'atteignis une arête, sur la tranche de laquelle s'élèvent un pan de mur percé de fenêtres surbaissées et un clocher noir d'une forme trapue. Les monuments ruinés avant Tâge ont un plus triste aspect que ceux dont les siècles seuls ont fait justice : celui-ci est du dix-septième. On l'avait relevé à la suite des dévastations bernoises; un incendie Ta consumé en 1769. Sa situation perchée sur les plaines du Léman, sa couleur sombre, led taillis