APRÈS LA PLUIE
parfums réveillés de la mousse et des bois, avec les cris des oiseaux, le carillon des génisses et les chansons des pfttres; tel était l'aspect de cette contrée arcadienne, qui m'accueillait trempée et riante, comme Tenfance au milieu des larmes. Les hôtes éparpillés des fermes vous saluent au passage, figures épanouies , voix cordiales ; et les enfants aux yeux étonnés tirent des révérences. L'animation vous environne ; la solitude apparaît dans les clairières. Sur les eaux du lac, entrevue* à ma gauche, des bateaux à vapeur estompant de leurs fumées l'atmosphère, me rappelaient que le monde n'était pas loin : à droite, des pics inaccessibles révélaient la proximité du désert.
De ce côté , au delà de Lully, mon attention fiit attirée par un bruit d'eau qui expliquait le tic-tac d'un moulin et, au-dessus des arbres, je vis apparaître, au lieu d'une usine, un énorme pan de mur crénelé, chargé de lierre. Sous ces futaies clairsemées se cache une colline, qui porte une ruine féodale considérable et d'un admirable effet. Je descendis de voiture pour la visiter.
Cet ancien fief d'une maison alliée jadis aux seigneurs des Allinges, maison dont le nom figure dans plusieurs légendes populaires, n'est pas très-connu; cependant, les débris du château de la Rochette, mutilés par le temps avec un art dont le secret n'est qu'à lui, efiacent les monuments du même genre, si multipliés en Savoie. Il reste, outre une vaste enceinte qui embrasse
434 LA SAUTE SATOIE.
le contoiir du plateau^ outre des soupirmix et des poternes, béaats sous les murs, quelques pignons fort anciens, les murailles nœres, garnies des corbeaux-saillants, qui ont porté des galeries, et trois tours inégalement tronçonnées, dont l'une est assurément du treizième siècle. De Tkitérieur, où Ton pépètre par une brèche, on reconnaît les scelle* ments qui séparaient les étages, les manteam superposés des cheminées , encastrés dane des parois épais^ : on suit sans peine, du treizième au seizième siècie^ la trace des constructions successiTes. La sonorité du sol» oà ne végètent que des bardanes, des oxalées bleufttres et des ronces, dénote que Ton foule, sous un amas de décombres, les chambres voûtées et devenues souterraines, d'un étage inférieur.
Entrevu de la route, avee son donjon robuste et ses funèbres tentures de lierre^ que le vent soulève, et sa haute façade largement dentelée comme les parapets du vieux pont de Vérone, la Rochette, avec sa ceinture d'esm bleue et son écharpe d'écume, attachée au flanc par ime roue <k moulin en guise d*agrafe, se dresse majestueux et morne, audessus des petits toits sous lesquels on voit tourner des mécaniques, et se trémousser des manœuvres enfarinés. Oppositions frappantes du passé féodal qui n'est plus^ et de la vie active ; tableau romanesque et pastoral, encadré dans les arbres.
Le souffle léger du joran avait dissipé les brouillards; le soleil brillait derrière nous. Je voyais à ma
LA ROCHETTEy TVOIKE, HERMANCE, ETC. 435
gauche la graode Conche du lac échancrer le revers de la pointe d'Y voire, qui a pour éperon un donjon trapu, sur un piédestal battu par la vague : ancien nid de forbans, dit-on, qui a doté ce rivage heureux d'une légende de corsaire , développée en roman, par M. James Fazy, le Gooper de Jeha/n cCTmirê au bras de fer. Je me souvenais même, livré à une somnolence transie, d'avoir va je ne sais où, la jambière trop étriquée, ou le brassard postiche de cet écumeur d'eau douce , qui était manchot. Gourant par la pensée le long du Petit-Lact tandis qu'en sens opposé j'étais voiture en Ghablais, j'évoquais, sous k tour romaine d'H^mance, doux nom et gloire édipsée, Béatrix de Faueigny, qui tint sa cour dans cette cité fortifiée par ses pères, bâtie en I02S $oms la reine Hermengarde, annexée depuis à l'apanage des Dauphins^ et qui devrait nous appartenir....
Lorsque tout à coup, le fracas d'm équipage qui nous dépassait, me fit détourner la tète et m'enleva à cet rêverie. J'^itrevis, dans une calèche découverte, un homme que je ne regardai point et une jeune dame que je n'eus pas le temps de regarder. Elle se détourna pourtant, avec la brusque rapidité d'un éclaii ; son compagnon l'imita, vingt pas plus loin, quand il eut 'pris le temps d'affûter son lorgnon. Et leur calèche s'arrêta.
Dès que je fus arrivé au bordage : « Que faitesvous là? me dit la dame avec vivacité; je pense bien que vous allez chez nous ! U est trois heures,
VOUS avez encore une lieue jusqu'à Coudre; tâchez d'arriver avant minuit 1 »
J'étais si effaré de cette apparition et d'entendre une voix connue, que >'hésitai un moment. « -Voilà ce que c'est que de mener grand train ; on ne reconnaît plus personnel Dépéchez-vous de monter avec nousl ajouta-t-elle, pendant que je serrais la main du mari, par-dessus le bastingage.
— Mais.... c'est que j'allais à Thonon.
— Pour quoi faire? ce n'est pas jour de marché.
— Et jusqu'à Amphion , rejoindre un ami qui m'attend.
— Il doit être guéri; on l'enverra chercher. Dépêchez! Votre coursier va prendre le mors aux dents !...>
Le fait est que mon cheval était..,, pensif y et contrit comme un pénitent de la Mecque. Ceux de M. Bartholoni piaffaient d'impatience. Le transbordage effectué, « Paut-il être amoureux du bric-à-brac, s'écria ma jeune hôtesse, pour avoir déniché cette machine-là I Non : mais de grâce, regardez-la uo peu.... Ne craignez rien pour vos bagages ^ Benoît est incapable d'une ftigue; il saura modérer son cheval. Votre fourgon prendra la file,... et cela fera le meilleur effet! »
La calèche emporta au galop trois éclats de rire« C'était ma seconde infidélité de la journée à ce pauvre Dornheim ; mais Caton n'aurait pas eu le courage de me la reprocher.
Un chemin de traverse nous ramena sur la route de
VISITE AU BfANOIR DE COUDRE. 437
Genève, où s'embranche une avenue qui descend vers le lac, dont le rivage, danS cette anse arrondie, est presqu'aussi aplani que les grèves de Trouville: seulement, au lieu de sable, c'est un lit de gazon. La campagne se continue, sans murailles ni fossés, par de larges allées de parcs aux futaies géantes, sous lesquelles on entrevoit des taillis. Puis le chemin ayant décrit une courbe, la maison, d'un profil assez grave, apparaît à vingt pas, presque de niveau avec le lac, et encadrée dans une triple bordure de fleurs.
Tel est le premier aspect du manoir de Coudre, ancienne résidence des seigneurs d'AUinges, érigée en marquisat en 1655. Les marquis d'AUinges- Coudré, qui avaient agrandi et modifié ce castel, dont Torigine remonte aux premiers âges féodaux, le cédèrent, vers la fin de l'autre siècle, à Alfiéri qui vint l'habiter avec la comtesse d'Albany, veuve du dernier des Stuarts. C'est dans ce lieu, si bien fait pour la jeunesse et la paix, qu'il attisa ses haines contre la France et qu'il abrita ses amours fanées. Après avoir rajeuni le domaine par une inintelligente restauration, le marquis Alfiéri de Sostégno l'a vendu, avec les terres considérables qui en dépendent , au propriétaire actuel , député de la Haute-Savoie. Cette villa célèbre, que les étrangers ne manquent pas de visiter, est restée italienne par l'aspect du site qui rappelle les rivages de Salerne ; elle est devenue française par la grâce et l'esprit, ainsi que par les sentiments de ses maîtres : elle
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n'a gardé des anciens jours que son donjon, ses ogives, et les amicaies tra<titions de l'hospitalité.
Rien n'est plus singulier que les jardins, et sur* tout, que le parc de Coudre où, pour me reposer de tant de fatigues, j'errais en babillant avec mes hôtes, dans un demi-jour crépusculaire qu'y maintiennent, aveclafraîcheurépaisse des forêts, les plus belles futaies du pays*
Ce bois, planté par un ancien marquis d'AUioges, qui en a tracé les allées et les carrefours sur le plan des rues et des places de Turin , ce bois où l'on a groupé les essences les plus diverses, est pour ainsi dire, à deux étages : sous ses futaies de trembles,, de chênes, d'aulnes, de tilleuls, de bouleaux, de sorbiers, de sycomores, de merisiers et de frênes, élancées dans les airs à des hauteurs prodigieuses, s'étend, sombre et mystérieux, un taillis serré d'ar* bres verts, composé d'ifs, de houx, d'alaternes et surtout de buis, qui ont atteint de trente à quarante pieds de hauteur. De leurs cimes noirâtres, retombent en cascades des lianes flottantes, de lierre, de raisin-d'ours et de vigne- viei^e qui, escaladant parfois les charpentes des colosses de la région supérieure, retombent, jusque dans les allées, se mêler, sous leurs voûtes, à la mousse et aux per^ vencbes qui rampent sur l'obscurité du sol.
L'acre senteur de ce bois-sacré, encens des solitudes, les rares épluies du soleil, qui jette çà et là une étoile d'or-vert sur ce feuillage olivâtre et lustré ; les orchidées appendues aux rameaux cooune
EXPÉDITION À LA RBCHERCHE DE DORNHEIM. 430
des kmpes éteintes, les oiseaux nocturnes réveillés tout le jour dans ces ténèbres, les écureuils qui cir* culent sans bruit sur les rameaux, tout contribue à accroître la fantastique impression de ce bocage élyséen , où Ton s'attend à rencontrer des ombres errantes , vaguement silhouettées par les reflets de la lune.
Nous revînmes nous asseoir devant la maison, au bord du lac, sous des orajf^rs, au milieu des résédas, des héliotrc^s et des roses qui enivraient de leurs parfums le vent apaisé par les rayons de l'occident. Mon hôte me faisait valoir le pays qu'il représente, et ses habitants dont il eist aimé : il applaudissait à mes enthousiasmes, que la pi^ quante gaieté de la châtelaine aspergeait de quel^ ques gouttes d'eau fraîche. Des têtes blondes jouaient autour de nous; Toreille d'un gros épa>gneul assis, offk^aitàma main une contenance, et comme, devant cette baie circulaire, ouverte de la pointe d' Yvoire à celle de Ripaille, l'immense étendue du lac se prolonge à l'infini dans les vapeurs du soir, cette laborieuse journée de dix-huit heures, dont j'avais vu l'aurore au revers des montagnes, où j'avais essuyé la tempête sur les Alpes, et l'isolement partout, pour moi finissait en fitmille, sous un ciel ausonieii, au bord de la mer....
Dès l'aube, on eut la bonté de me faire Conduire jusqu'à Amphion, où je n'arrivai pas assez tôt pour rencontrer Siméon Domheim au logis. Il était allé,
disait Tun, chez son notaire d'Évian : — chez son notaire de Tbonon, soutenait l'autre.... Des gens emmitouflés buvaient devant rétablissement de petits verres d'eau, sous de très-grands arbres. Je cherchai des yeux vainement l'objet présumable des compatissantes préoccupations de mon ami, et je remontai en voiture pour me replier sur Thonon, assez surpris que mon ami Domheim fût déjà flanqué de deux notaires.
Il venait de quitter la ville et, pour utiliser la matinée, je me fis indiquer le chemin de la montagne historique des Allinges. Je le suivis sans m'arrêter jusqu'à la fontaine de la Yersoix, source avec deux petits bassins, protégés par un groupe d'arbres ; le tout situé en contrebas de la route. Une table dessert en ce lieu une buvette, où l'on me démontra qu'il fallait se rafraîchir, attendu qu'en remontant aux Allinges, pendant sa mission du Ghablais, pour y passer là nuit en sûreté sous les créneaux confiés au marquis d'Hermance, saint François de Sales n'oubliait jamais de se désaltérer à la source de la Yersoix.
Cette montagne des Allinges qui, vue des bords du laCy produit au milieu de ces plantureuses campagnes, l'efiFet d'un belvédère de jardin enveloppé d'un labyrinthe de verdure, avec un minaret à la pointe, est en réalité une petite chatne assez longue , découpée en festons au-dessous des pentes boisées de TArmone, et des croupes élevées qui encaissent les gorges de Bellevaux et du Biot. Ces dernières
chAteaux et chapelle des allinges. 441
sont elles-mêmes séparées du massif des Allinges isolé dans une plaine montueuse, par les vallons d'Orcier, de Braillant et de Pessy.
Ce lieu est couvert de ruines féodales, débris de deux châteaux contigus, qui furent la clef duChablais, et qu'ont illustrés les guerres des barons de Paucigny, puis des dauphins de Viennois avec les comtes de Savoie et ceux de Genève. De ces luttes, que Guillaume Paradin a retracées en 1552 dans sa Chronique de Savoie^ les plus sanglants épisodes remontent à 1332, époque où Edouard de Savoie défit le dauphin Guignes. D'épais taillis ont poussé sur les plates-formes , à travers les deux enceintes, et jusque dans l'épaisseur de leurs murailles , dont l'origine remonte au roi de Bourgogne Rodolphe II, qui fit d'AUinges un bourg crénelé, et de son manoir une forteresse, dont il ne reste plus guère que la chapelle. Le plus ancien des deux castels, portés sur des contreforts, à pic d'un côté, et de l'autre revêtus de châtaigneraies, a gardé quelques vestiges des chemins de ronde, et plusieurs pans de mur à petites pierres carrées disposées sur le plat, ou placées obliquenient en chaîne de maille, qui dénotent une époque fort ancienne. L'autre manoir, plus vaste, qui domine le précédent, et dont les restes, entremêlés de donjons tronçonnés, absorbent un périmètre étendu, a été détruit vers 1711, par le duc Victor-Amédée II, premier roi de Sardaigne:
Depuis cette époque, la chapelle des Allinges, où fut célébrée par saint François de Sales la première
44i LA HAUTE SAVOIE.
messe qui ait mauguré ses travaux de missionnaire en Ghablais, était restée enfouie sous les décombres, lorsqu'on 1836, on restaura pour le rendre au culte, l'oratoire du saint. Réparation de solidité, dictée par un sentiment pieux, mais accomplie avec une regrettable ignorance. Contre la tour dédoublée qu'accostait jadis un pignon, on a plaqué un informe clocher « coiffé, dit Gaudy-le-Fort, d'un bonnet de coton. » Un rhabillage de maçon, enduit au dehors comme à l'intérieur, d'un crépissage épais, a effacé le style de l'édifice, à une {eaéXre près, de l'arrière-chœur, qui trahit, par son étroit plein-cintre, la fin du onzième siècle. Deux travées de la voûte, qui se termine en cul-de-four derrière l'autel, appartiennent à la même époque. Sur ce petit hémicycle, on a respecté des peintures mu^ raies de cette période romane, où l'on distingue encore, autour du divin trône, des anges ^veloppés de longues ailes repliées, des chérubins à corps d'oiseaux et les sept Vertus personnifiées, dans des médaillons au-dessous desquels leurs noms sont tracés en capitales onciales. Rares en tout lieu, les fresques d'une période si reculée, rendent une va<leur archéologique à cet oratoire primitif, qui est assurément le plus ancien monument religieux de la Savoie. Une restauration intelligente, en déga^ géant son architecture enfouie, rehausserait l'inté^ rôt de cette belle station des AUinges, où affinent déjà les pèlerins, attirés surtout par une relique du saint évéque : son lai^ chapeau rabattu, en feutre
DÉCOUTERTE DE SIMÉON .... 443
brun assez graissiery que Ton a oonservé sous une vitrine, à gauche de Tautel. Au pied des AUinges, où rampent des genêts et des chênes rabougris, la campagne, sablonneuse au nord-est, est trouée de combes en amphithéâtres, à demi étoffées d'une toison de broussailles qui rappellent les landes armoricaines. Si quelques pics fouettés de neige et les Dents d'Oche ne marquaient au loin l'embouchure des vallées de la Dranse, on se croirait au faite d'un manoir breton, avec une baie de TOoéan à ses pieds.
Gomme je traversais, pour essayer de revenir à Thonon par un autre chemin, les halliers qui cou-» vrent cet amas de ruines, m'accrochant aux buissons, ou filant sur une tranche de mur afin de gagner quelque plate-forme, je vis tout à coup devant moi un homme, un touriste probablement, qui, assis au revers d'une rocbe^ dans la plus pensive attitude, contemplait sous le ciel bleu ces vastes champs inondés de soleil. Il fallait passer contre lui, sur un étroit couloir escarpé : de peur d'accident^ je toussai pour l'avertir, car il bordait le vide. Alors il se détourna, «t je reconnus Siméon Dornheim.
L'imprévu de cette rencontre rendit plus joyeuse encore une réunion si désirée : il m-aocueillit avec une joie émue, comme un frère dont on est séparé depuis dix ans.
Je m'étonnai moins de l'avoir trouvé là^ que de l'y avoir trouvé seul. En redescendant des Alilnges^
l'expansion de la première heure, où Ton se communique tant de vives impressions tenues en réserve, me permit, comme il exprimait son enthousiasme pour cet Eldorado du Chablais, d'observer qu'il avait su s'y créer des relations agréables.... Cette remarque fit passer sur son front un nuage. «C'est vrail répondit-il d'une voix plus grave; mais une dépêche a rappelé M. B*** : sa sœur a dû le suivre. Ces aimables voisins sont partis avant le jour ; depuis ce matin je suis seul.... Enfin, grâce à Dieu, vous voilà I »
Depuis, il ne revint pas sur ce sujet; il ne me parla plus de cette jeune fille rêveuse, qui avait paru l'intéresser. Les jours suivants, il s'enferma souvent, pour écrire, disait-il, et plus d'une fois il me parut préoccupé....
Du reste, Sîméon n'était plus le voyageur novice, en qui j^éveillais naguère des sensations si nouvelles. Son esprit pratiqmj et qui aime à se rendre compte, avait retendu ses ressorts ; il avait passé ses nuits à lire, ses journées à courir, à questionner : maître de son terrain, il me faisait à son tour la démonstration du pays, sur lequel il prenait des notes, sans toutefois me les communiquer. « C'est le diamant de la Savoie I s'écriait-il parfois avec transport ; une contrée absolument neuve, où tout est à faire.... »
D'où procédait enluice besoin d'activité sans objet?
Au pied des AUinges, je lui donnai pour exercice la tâche de ramasser avec moi, sous une châ-
RÉPONSE NAÏVE d'UN PAYSAN. 445
taigoeraie, une provision de cèpes, le plus savoureux des champignons comestibles, fort apprécié de ceux qui ont parcouru le Périgord , la Provence et les landes de Gascogne. Cette variété, que Ton ne rencontre jamais au nord, plus haut que la forêt de Villers-Cotterets, et qui manque à l'Alsace et à la Normandie, semble uniquement limitée dans son éclosion, par les degrés de latitude et non par ceux de la température; car j'ai cueilli de trèsbeaux cèpes à plus de mille mètres, à côté des neiges, presque au pied du glacier des Bossons.
Après être retombés sur un joli petit village, tourné du côté des montagnes, et qui se nomme, je crois, Mâcheron, nous laissâmes une route ombragée, remplie de faneuses et de paysans qui pécoltaient les vergers de l'avenue, pour contourner le pied des Allinges, que Siméon tenait à explorer, je ne sais pourquoi. Çà et là, des cours d'eau bondissant dans l'herbe interceptaient le passage; si bien que nous réussîmes à nous égarer tout près de Tancien bourg des rois de Bourgogne, en vue du lac et des deux routes, que nous découvrions sous les futaies, jusqu'à Thonon.
Dornheim me persuadait que ces sortes d'écoles peuvent avoir leur utilité et, pour me le prouver, il avisa un cultivateur qu'il questionna sur les curiosités du pays ; façon honnête et déguisée de s'enquérir d'une issue. Il ne laissa pas, à la vérité, que de l'interroger sur la nature du sol productif qui, dans le pays de Gavot, atteint jusqu'à trois mètres
de profonileur, et «or divers sujets, inhérents aux propriété» agricoles. Mais, pour m'ôtre agréable, il revenait aux traits de mœurs, de traditicos ou d'usages, ce qui Tiaduisit à s'informer, d'un ton confidentiel et engageant si, dans le bourg, il d'y avait pas des légendes ?
La paysan intwloqué nous regarda Tua tprès l'autret et nous vit sourire comme poux Tinviter i parler. « Oui, répita finement Siméon ; vous savez bien 7 des légendes.*». » Â quoi rho<nme répondit d'un air scandalisé : < Boo, bon l II y ea avait une ces* temps passés ; o^s la police Ta fait partir*.». >
Cette naïveté nous mit dans une hilarité telle, que j'en profitai pour faire à mon compagnon l'aveu de aia déconfiture au commet du Boet. Il en lut si désolé, que je le complimentai de boa cœur du suecès qui avait courooné ses vaillaaies entreprises. Les jours suivants, nous partageâmes nos ineffal)les flâneries entre Amphion et Goodré, rendant^ loivanl les eipression» de Malherbe ^
« En si longs ébats, les heures consumées, Que les soleils nous étaient courts! »
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Les Lusignans du CUahlais-, leurs légwdes et leurs sept châteaux. — Lai du chevalier Corsant. — Féteme et les Chats partanti. — Combat fantastique au castel de Maxilly. — Comme quoi Mme de Blona^ fat ressuscitée. — Scène d'adjudication révolutionnaire. — Meillerie et 9ain&J>reux. — Pourquoi le lac de Geiève est d'un blea si pur. — Saint Gingolph et sa situation diocésaine- — Usage singulier. — Anecdote. •~ solidarité religieuse des nationalités. — Témo^nages historiques : fait peu connu relatif à Tannexion. — Les trésors d'I^vian, et la légende du noyer.
Amédée VIU et les Ecmites-cbevaUers di& SÂpailte. — Histoire et tradir tions. — Faire ripaille : recherches nouvelles sur l'origine de cette loeution, et ce que l'on doit en penser. — Félix V «t Tordre de Saint- Maurice, devant le concile de Bàle. — Dernière excursion aux montagnes. — La vallée de Bellevaux : caractères, traits de moeurs, souvenirs et cpstumes. — Les nouvelles routes et les boiê-borrés* — Questions économiques et agricoles. — Mélancolie de Siméon. — Boëge et son église. — Nous montons aux Toiroo». *- Situation de cette montagne. — L'Hôtel-Chalet et THôtel-pension. — Fontainebleau dans les nuages. — Le secret de Siméon Domheim.... ^ Vue générale des Alpes : dernier aspect de la^ Savoie..
Il esly au pays au Cbablais, un som mêlé à tous les récits guemers, coiDmô Test cbez aous celui des HontmoFeuci, aux traditions légendaires autaat que nos Lusignan, et inscrit à diaque page des terriers du GaTot, ni phis m moins que le marquis de Garabas dans les dénombrements du Chat -bêtté. Ce
Doniy éclatant dans l'histoire, poétique dans les contes de la veillée, et charitable sous le chaume, avait en maint endroit frappé mon oreille, lorsqu'un matin, parcourant avec Siméon, la chaussée qui borde le lac, j'aperçus sur ma droite, près de Lugrin, à six cents mètres au-dessus de la route, une tour pesante à long toit rabattu, qui termine un bâtiment entrevu dans les arbres. Ce lieu se nomme Maxilly.
Quelques instants auparavant, je m'étais enquis, près de Grande-Rive, du propriétaire d'une chapelle abandonnée, puis, d'un préau assez vaste, puis d'un manoir isolé sur la berge : la veille, à Saint-Paul sur la montagne, j'avais côtoyé une châtellenie rustique et visité dans l'église les sépultures d'une dynastie seigneuriale. Un seul nom représente tant d'apanages, et quand, après avoir contemplé de la rive le créneau de Maxilly, accroché au flanc du coteau, je m'enquis des maîtres, on désigna pour la vingtième fois au moins, les barons dç Blonay.... L'histoire de celte maison, qui possède encore une portion notable du pays de Gavot, serait un résumé des chroniques de la Savoie.
« Ses domaines, me dit Siméon, s'étendaient autrefois jusqu'au pays Vaudois. Au-dessous de Saint- Paul et de Maxilly, nous allons rencontrer Tour- Ronde, où jadis un donjon porta lé nom de Blonay* A Évian, vous avez passé devant un manoir de Blonay ; sur l'autre rive du lac, un château qui, dès le