MIETTES DE L HISTOIRE
Il existe là certaiBes questions d^origine qu'il n'est pas sans opportunité d'élucider en consultant Thistoire ; car elles se rattachent à des faits actuels.
Aesté obstinément catholique, et habité par la même race que les pays de la Dranse, le bas Valais, jusqu'au delà de Saint-Maurice, a été détaché de la Savoie en 1375. A cette époque, le comte- Rouge, Amédée VI, ayant pris mal à propos le parti de révêque de Sion, dans une lutte du prélat contre les communes, se fit battre sous les murs de cette ville et fut envahi à son* tour jusqu'à Évian. Le Ghablais lui fut rendu, mais les ducs échouèrent à recouvrer le bas Valais, cette ancienne portion de la Savoie. Depuis lors» la république valaisanne n'a cessé de convoiter le Ghablais {caput lad) y qu'elle a envahi successivement en 1476, en 149], en 1^6 et, pour la dernière fois, en 1536, dans des conditions qui révèlent toute la portée politique des querelles religieuses. En effet, tandis que pour lutter avec plus de vigueur contre le duc de Savoie, Genève se réfugiait dans la Réforme et appelait les luthériens de Berne qui infligeaient au pays vaudois un joug de fer, à l'autre bout du lac, le pays de Gàvot, les montagnards du Ghablais jusqu'à Ghfltel, Abondance et Morzine, pour se soustraire à la Réforme et rester catholiques, se donnaient à la république valaisanne. Toutefois, ils avaient réservé cette clause que, si jamais Dieu rendait à leur duc ses anciens états, les Valaisans seraient tenus de lui restituer le pays de Gavot, sauf indemnité.
C'est ce qui eut lieu trente-trois ans après, sous Emmanuel-Philibert .
Les questions de nationalité semblent ici subordonnées aux intérêts religieux, mais ce n'est qu'une apparence : elles sont inséparables, solidaires, et de nos jours aussi bien qu'autrefois. Les Suisses ont eu à le reconnaître assez récemment, à propos de Saint-Gingolph même, dont la situation souleva en 185B, des susceptibilités qu'il aurait été plus adroit à eux de laisser assoupies.
Sur Tinitiative du con^il fédéral, on entama des démarches pour détacher ce village à demi valaisan du diocèse d'Annecy, et l'incorporer à celui de Sion. Elles n'aboutirent pas ; mais, deux ans après, lors de l'annexion de la Savoie à la France, quand la Suisse s'efforça d'étendre sa frontière valaisanne jusqu'à l'embouchure de la Dranse, le clergé de cette portion du Chablais, inquiet d'un tel précédent, et redoutait de se voir un jour détaché du diocèse illustré par saint François de Sales, réveilla le sentiment de la nationalité savoisienne et, favorisant avec énergie les idées françaises, conservatrices de l'unité diocésaine, contribua efficacement à mettre obstacle, par un vote presque unanime, aux prétentions de la diète. C'est un fait peu connu, mais très-significatif.
Détacher, pour l'abandonner à la Suisse, en dépit des causes naturelles qui séparent les deux peuples, une portion si intimement soudée à la Savoie, si évidemnoent appelée à l'unité française,