AUDITIONS DES TÉMOINS
point, puisque dans^les lettres- patentes Où Louis de Savoie est créé prince de Piémont, son père « ie réserve une autorité pleine et entière, entendant expressément garder jusqu'à sa mort toute F administration de ses États - î L'acte constitutif des chevaliers de Saint-Maurice, cité par Guichenon, assimile Tordre à un conseil privé ou sénat^ qui ne peut se recruter que parmi d'éminents personnages, réunis sous un doyen; aréopage auquel devront recourir dans les circonstances difficiles, les successeurs du duc.
Tout est donc prévoyance et gravité, dans cette institution imaginée parle Salomon du siècle, et l'on doit comprendre que cette petite cour de sept sages, où se rendaient les plus grands seigneurs de l'Europe, les ambassadeurs et les gouverneurs de province, où les pratiques religieuses n'emportaient aucun vœu monastique, devait participer à la fois de la vie de château et de la claustration cénobitique.
Pour apprécier l'existence que menait Amédée VIII avec ses six compagnons, opposons maintenant à un Pogge, à un Monstrelet, des témoins désintéressés et respectables; en remarquant toutefois que les inculpations de leurs adversaires se bornent à un seul chef : le vin et la bombance, — sans porter aucune atteinte aux mœurs de ce cénacle : — fait notable, et anormal ; car l'habitude d'une vie oisive et intempérante eût amené d'autres désordres.
Olivier de la Marche, qui cependant tenait à la cour de Bourgogne, contredit Monstrelet en ces termes : « Gestuy Félix vesquit avec Prancoys et
Bourgougnonsy et si sagement se gouverna, que son pais de Savoye estoit le plus riche et le plus seûr de ses voisins. » Raphaël Volaterra dit qu'Amédée « fut fait pontife à cause de la renommée de ses moriùfimtions. » Jean Gobelin, secrétaire du duc, affirme qu'il menait à Ripaille une vie très-austère y Onufre Panvini, moine Augustin, « que sa vie était angélique ; » le père Daniel, examinant la valeur des médisances à ce sujet, ajoute :• Ilest certain qu'on y vivait avec beaucoup d'innocence et sans aucun scandale. »
Quand les Pères du concile de Bâle voulurent opposer à Eugène IV un pape de race gallicane, qu'ils avaient un grand intérêt politique à faire agréer des puissances, il est évident que le choix du sujet fut gravement médité et qu'il ne dut s'arrêter que sur un candidat sans reproches. On se livra, en effet, à des enquêtes, d'où il ressortit qu'Amédée « avait toujours été fort régulier dans sa conduite, assidu aux offices et exact à réciter le bréviaire quoique prince laïque. »
Mais, ce conclave étendit plus loin ses investigations. 11 envoya aux informations, sur les lieux mêmes, un des grands personnages de ce temps, Jlneas-Sylvius Piccolomini, écrivain célèbre, esprit élevé, qui devint lui-même un des papes éminents de l'Église, sous le nom de Pie IL Sylvius était, à l'époque de l'élection d'Amédée VIII, secrétaire du concile de Bâle, et on lui adjoignit un des Pères. Voilà, suivant nous, une autorité décisive.
Or, iEneas- Sylvius s'exprime ainsi : c II y en eut