LA VÉRITÉ SUR RIPAILLE ET FÉLIX V
un qui eut plus de voix que tous les autres ; c'est le très-excellent Amédée, duc de Savoie, doyen des chevaliers de Saint-Maurice de Ripaille. Les treize électeurs considérant qu'il était dans le célibat, et quHl vivait en religieux y le jugèrent digne de gouverner V Église. » Le rapport d'iEneas-Sylvius et de son collègue aux membres du concile, est plus concluant encore : un éloge solennel des vertus et de la piété du duc, énonce, en termes formels : c Qu'il ne portait (ï habits que ceux qui étaient nécessaires pour se garantir du froide et qu'il ne mangeait que ce quHl fallait pour ne pas mourir de faim,.,. »
Lorsqu'une députation du concile vint poser, à . Ripaille, la tiare sur le front du duc de Savoie, Amédée, rapporte le Père Monod, résista et versa un torrent de laripes ; il plaida même avec chaleur la cause de son concurrent, l'antipape Eugène. Mais il dut se rendre aux intérêts politiques et religieux qu'on fit valoir, et c'est alors seulement^ qu'après avoir maintenu et assuré par des Statuts, la discipline de l'ordre de Saint-Maurice, il émancipa ses fils et abdiqua la couronne ducale; preuve surabondante qu'il l'avait jusque-là gardée.
Dix ans après, quand ayant renoncé à la tiare pour rendre la paix à l'Église, il revint à Ripaille, où de l'aveu de tous, « il vécut exemplairement avec ses chevaliers^ » Amédée fut créé par Nicolas V, son rival et son vainqueur, cardinal du titre de Sainte-> Sabine et investi, par la confiance pontificale, de l'administration des diocèses de Lausanne et de
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Genève. Il avait cessé de vivre, lorsque son contemporain et son jnge, le pape Pie JI rendit un dernier témoignage *àla renommée de ses vertus. »
Est-il bien nécessaire, à présent, d'expliquer comment, grâce à la beauté du site et à la tranquille existence qu'Amédée avait organisée, l'expression faire ripaille, qui du temps de Moréri signiGait seulement, « jouir des plaisirs innocents de la campagne, » a pu, sous l'influence de bruits diffamatoires, recueillis par deux écrivains aux gages de maîtres hostiles, prendre peu à peu une acception malveillante, acceptée par Richelet, une peste, et enregistrée docilement dans le Dictionnaire de V Académie?
Les passions du siècle passé, ainsi qu'une strophe de Voltaire, ont feit le reste, et consacré étourdiment une calomnie, au temps où, sous prétexte de combattre les superstitions catholiques, ce poète et son école immolaient leur patrie orthodoxe à l'Angleterre, à la Prusse, à la Russie schismatiques ; au temps où, après avoir déshonoré Jeanne Darc, ils applaudissaient au partage de la Pologne.
On n'entrevoit pas sans tristesse le moment où il faudra s'arracher aux séductions de. ces contrées. Sur les derniers jours, l'aspect du lac Léman, qui bientôt devait nous emporter loin de la Savoie, repliait notre pensée vers le souvenir des montagnes, que nous aurions voulu revoir.
Notre hdte et ami, le châtelain de Coudre devait aller au Biot ; il offrit de se détourner de son che-