‹ La Haute SavoieChapitre 138 sur 150 · MORALE ET POLITIQUE DE CABARETIER · texte numérisé non relu

MORALE ET POLITIQUE DE CABARETIER

Ce sont là des sujets sur lesquels dissertait mon ami Siméon Dornheim, s'interrompant pour signaler des couches marpeuses, d'un emploi fructueux dans la moyenne montagne, ainsi que des essais de drainage, dérivés de quelques fontaines, tandis que nous allions, cahotés, sur une route qui ne redevient un peu riante qu'en "descendant à Habère- Lullin, commune éparse dont le centre n'est marqué que par une église, isolée dans les champs entre le presbytère et la mairie. Ici commence une vallée supérieure, ouverte, spacieuse, avec des chalets et des troupeaux disséminés à travers les pâturages, qui rappelle, avec plus de grandeur, les versants culminants des Vosges. A droite et à gauche fuyaient, en s'évasant, des montagnes plus hautes. A Habère-Poche, singulier nom, des ruelles de deux ou trois pignons aboutissent à la route, par quelques-uns de ces degrés naturels qu'on appelle des graz.

Pendant qu'on donnait l'avoine à notre haridelle, des paysans nous dirent qu'on risquait d'avoir une carre (une averse); j'observai que leurs enfants, qu'ils appellent des bouèbes, tout en venant nous saluer avec des mines angéliques, juraient entre eux à chaque phrase, comme des mariniers de la Saône.

En dépit des pronostics fâcheux, la soirée promettait d'être belle : le vent retenait son haleine ; les nuages, condensés très-haut, présentaient le tissu transparent et doré d'une étoffe de soie, déchirée en

longues t'ranges, et le soleil perçait yaillamment au travers des mailles. •

Pour rendre du nert au cheval, je fis boire le cocher, qui, mis en belle humeur, essaya d'aborder la politique : or, pour les gens de la campagne, elle se résume dans une complainte sur les impôts. •« Les trois contributions réunies de votre département, objecta Siinéoti, ne s'élèvent pas à sept cent fnille francs, et là principale, la perception foncière, ii'excèclë pas ce qtié vous donniez au Piémont : les deux autres sôrit moindres. Si vous étiez restés Italiens, ce ferait bien autre chose! car, là -bas, depuis vôtre àhnexioti à la France, les itnpôts ont doublé. N*écoutei donc plus certaines pratiques, (Juèiqiieâ Anglais surtout qui, sur la rive du lac, ainsi qu'dti ctotoii de Chamonix , font, auprès des payëahs et des guides, une Valnë croisade d'insitiiiâttoris, Contre la France dont il^ t^eçdivent l'hospitalité I Ces touristes-là sont loin d'être là fleur de ce gi'arid ^ièuple, chez qui TédUcation comprend la réôei'Ve, la dêltcatesâe et là dignité....

— je rie dis pas tiôn, reprit le cocher; mais tenez, monsieur, vos agehts sont trop durs : il n'y pas moyen d'y tenir! Autrefois , j'avais une barque à Yvdire, et une pinte (un cabaret) où mes passagers venaient se rafraîchir. Bah ! il a fallu y renoncer.

— Pourquoi donc ?

— Et les règlements, et les commis, et les gendarmes? Ô les gendarmes! Vous me direz : « Dii tbmps t^U'oQ était Sarde , c'était la même chose. >

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