‹ La Haute SavoieChapitre 139 sur 150 · MÉLANCOLIE DE SIMÉON. — BOËGE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE DE SIMÉON. — BOËGE

Mal^, quand les agents eiltràient, l6 soir quand les carabiniers faisaient fermer la porte et rider la cantine, on leur offrait à boire ; Ils s'asseyaierit, et oh passait là nuit avec eux. Aujourd'hui, vous n'avez qu'à essayer ! OffreÉ seulement un verre de vin à un employé, il Vous couchera suf Son procèsverbal; à uti gendarme^ il vous eihpoighera ! Aussi, 1(3 commerce ne va plus....

— Et les méHàges ont de quoi manger. » Le naïf exposé d'un pareil grief rendit un peu d'enti'ain à Siméon, que tout l'amenait, aii souvenir a'Atnphion, et probablemiènt des heuredSes pf oihenades qui avaient t)récédé ition rétoUr. Il continuait, pour ine déguiser sa tristesse, du pour la coiûbattrè, à né t)arler de ces liëux-là qu'à un poirit de vue économique dix agricole; lûâiâ dne tnanie si nouvelle me dohnait d'autant moins le changé sur l'objet véritable de ses pensées, qu'il coiïtihuâit à n'y ftdre aUciine allusion. tU avaiëilt Voyagé plusieurs jours ensemble, elle et lui : où li'oublie si mahifesteiîient que ceux dont on se souvient beaucoup trop....

En approchant de Boëge, vallée irt*égullëre , enveloppée d'un opulent rideau de pl'és-bfclis , encadrés de festons de sapine, qtie des chalets épârs viennent animer, je lui déi^iguai la cfoupe des Voiroris qui, vers Tocciderlt , nous ^épaMit du territoire de Genève. « Voilà, dis-je, le cdurohneinent du voyage I De cette cilne, vous jfevet'lez toute notre Savoie; vous planerez s\lt là iëi-rë prd-

mise.... ou regrettée, du Chablai^, jusqu'au pays de Gavot!... »

Ses yeux brillèrent d'impatience et, comme je m'y attendais, il voulut monter sur-le-champ. Nous ne restâmes donc à Boëgé, très-joli bourg, avec de riantes villas et un hôtel de bonne apparence, que le temps nécessaire pour jeter un coup d'œil sur une église en style ogival toute neuve, d'une silhouette assez curieusement profilée et oui serait, plus pure, si l'on n'avait cloué aux nervures des voûtes certaines rosaces, inspirées du temps où l'acanthe se naturalisait en chicorées. Vu l'urgence de l'heure et l'état inquiétant du ciel, renonçant à déguster les truites renommées de la Ménoge, striées de paillons d'or et d'argent, ainsi que les poulardes de Boëge, aussi vantées que celles de la Bresse et qui, dit M. Dessaix, inondent la bouche de délices, je m'enquis d'un guide assez jeune, assez robuste, pour enlever, en moins d'une heure, l'ascension de cette montagne isolée, dont la cime atteint à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer.

Puis, après un éloquent appel au courage de Siméon Dornheim, nous partîmes tous trois de front, avec un air si déterminé, que les passants en riaient sur leur porte, tandis que les chiens scandalisés aboyaient, ameutés à notre poursuite. Le succès de la campagne pouvait dépendre de l'emploi d'un quart d'heure, et les souvenirs du Buet me donnaient des ailes.

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