‹ La Haute SavoieChapitre 16 sur 150 · LE CHATEAU DE MONTROTTIER · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MONTROTTIER

mes librement à travers ces ruines provisoires, clierchant à qui parler, au milieudes maçons inattentifs à notre présence. Craignant d'être indiscrets, nous avancions, partagés entre les timidités de la bienséance et la curiosité, supposant que le propriétaire de ce manoir, M. de Rochette, dirigeait en personne des travaux si considérables. Mais, non : le maître était absent; car nul ne vint à nous et ne s'avisa de nous arrêter. Quelques ouvriers taillaient des pierres, et nous leur demandâmes la permission d'entrer dans le château. «Allez, répondit Tun d'eux, partout où vous voudrez. »

J'entrevoyais bien une porte; mais elle était élevée à vingt pieds du sol et communiquait, du corps de logis à. la tour, au moyen d'une poutre ou deux, aboutissant à une des fenêtres. « Grand merci I répondis-je ; mais par où peut-on arriver la haut ?

— Il y a une échelle dans la maison, dit sans se déranger le tailleur de pierres qui seul avait pris la parole ; on monte, et l'on revient à la tour en sautant sur les chevrons du premier étage. Voulezvous qu'on vous conduise? »

L'ouvrier posant son marteau, se redressa et je vis un jeune gars de haute taille, bien découplé et d'une fort belle mine. Quand le chemin est difficile ou périlleux, la politesse du guide consiste à devancer les visiteurs : notre ouvi*ier, avec la double adresse du maçon et du montagnard, en^la l'échelle, arpenta les chevron espacés sur le vide, tout en

nous montrant des plafonds à caissons du seizième siècle; puis, après nous avoir brièvement expliqué le projet de la restauration, il ressortit par une croisée et, filant sur les solives accouplées en pont-levis audessus de la cour, il fit ouvrir le donjon par un homme qui nous avait suivis. Tout en s'acheminant, il nous lorgnait à la dérobée, non sans malice, pour voir comment on s'en tirerait; ce que devinant, je me comportai avec assurance et Siméon emboîta le pas s'en sourciller.

Le premier objet qui attira mon attention, ce fut la serrure à verrou et la formidable clef du donjon. Toute cette serrurerie, d'un mécanisme ancien et d'une exécution singulière, était du quatorzième siècle ; morceau rare et précieux, millésime parlant de celte curieuse tour. J'en fis l'observation : «Vous croyez ?» dit notre guide, qui sans émettre aucune opinion, se borna modestement à diriger nos pas, et à nous écouter sans paraître nous entendre.

Pour donner une idée de la maîtresse tour, on ne peut mieux faire que de copier la description précise qu'en a tracée, dans un volume consacré à Annecy et ses environSy M. Jules Philippe, un des plus aimables écrivains de la Savoie et des plus utiles à consulter. « Le donjon est entouré d'une large ceinture de mâchicoulis et surmonté d'une couronne de créneaux. Ce dernier refuge des assiégés ne communiquait avec le reste des construcr lions qu'au, mo^en d'un pont-levis qui se relevait comme un bouclier contre une porte étroite, percée

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