MONTROTTIER ET SON SEIGNEUR
au premier étage, et s'abattait sur la galerie portée par la façade de Taile occidentale du château.... La base de la tour, évasée de manière à faire ricocher sur les assaillants les projectiles qu'on lançait par Touverture des mâchicoulis, renferme un cachot où la lumière ne peut arriver. Au premier étage se trouve une chambre où, dit-on, fut emprisonnée une jeune fille qui n'avait pas cru devoir obéir à tous les ordres de son seigneur. Cette pauvre victime a compté ses jours de captivité par des raies horizontales gravées sur le mur. La chambre du deuxième étage est d'un singulier aspect. Dans ses parois, revêtues d§ grès, on voit une forge et une série de placards; une charmante petite niche, accentuée par un arc à talon se relevant au centre et décoré de meneaux tribolés, délicatement ciselés, complète la décoration de la salle. Cette partie de la tour est appelée chambre de V Alchimiste. »
Au bas d'une bâtisse adossée au donjon et qui ne semble pas fort ancienne, je remarquai une petite porte ogivale qui me parut être delà fin du treizième siècle. On peut la rattacher aux substructions inconnues du castel, dont l'origine se perd dans la nuit des âges. Nos châtellenies sont en général les rejetons des castrum romains ; elles disparaissent rarement tout entières, et elles ont existé de tout temps. Dès le quatorzième siècle, la maison de Menthon avait succédé aux sires de Pontverre, dans la seigneurie de Monirottier. Confisqué par la révolution, sur les marquis d'Yenne, ce domaine a
passé, du général Dufour, le chef de la guerre du Sunderbund, à la famille de Rochette, qui le rhabille aujourd'hui de son barnois de chevalerie.
J'ai gardé le souvenir d'une salle basse, avec une vaste cheminée, un plafond à compartiments du quinzième siècle, et surtout, d'une assez large tour décapitée, où l'on monte par un escalier dont le moyeu, évidé en colimaçon, produit, quand on le voit d'en haut, l'efifet d'un boa monstrueux, lentement déroulé en large spirale. De la plate-forme, l'ouvrier qui nous servait de guide, désigna les points principaux d'un paysage tourmenté, dont les vagues, échelonnées en sens inverse de celles de l'océan, s'éloignent en grandissant jusqu'au Semnoz, au Parmelan et à la Tournette.»
Tandis que notre tailleur»de pierres avait le bras étendu, avec un geste digne d'Adoniram, pour nous expliquer le plan des travaux projetés, je remarquai sa main, dont l'usage du marteau n'avait pas durci l'épiderme; j'écoutai plus attentivement le timbre d'une voix, grossie avec effort au diapazon d'un style dont la rudesse laconique sentait le pastiche et, lisant sur les traits de ce compagnon l'intime et narquois divertissement d'un rôle bien joué: « Si j'étais à votre place, lui dis-je, eh bien, je compléterais une entreprise qui fait honneur à votre goût, en rendant à cette tour son élévation primitive. »
M. de Rochette rougit et répondit en souriant : « Mon inteniJon est de la hausser de trois mètres. »