DONJONS ET CHAUMIÈRES
de Genève, seigneurs suzerains qui avaient relevé de Tempire et dont les fiefs étaient de petits États. Un vieux quatrain, resté traditionnel et recueilli par Guichenon, perpétue encore la mémoire des étoiles de ce nobiliaire :
« Temier, Viry et Gompey
Sein les meillous mezons dou Genevey;
Sallanuvaz et Menthon
Ne lou cédein pas d'en botton. »
Arcine, Savigny , Chaumont, gardent de trois côtés le pied du mont Vuache. De ces trois sentinelles perdues, Chaumont est la plus haut perchée. Son castel protégea une petite ville, réduite plus tard à une bourgade chef-lieu d'un mandement, et que des murailles entouraient. François P' démantela Chaumont, où les duc de Nemours entretinrent un châtelain : mais la forteresse fut relevée ; car elle était en bon état en 1590 et le bourg servit d'étape en 1629, à Tun des corps d'armée qui allaient avec Louis XIII forcer le Pas de Suze. C'est alors probablement que fut ruiné le château, où les Bernois n'avaient pu entrer à la fin du seizième siècle. Il n'en reste aujourd'hui, au sommet d'un mont rocailleux, que des lambeaux indiquant une vaste enceinte, et trois pans mutilés d'un donjon qui commandait la route de Genève à Frangy.
Des environs de Chaumont, comme de Sallenove et des hauteurs de Chavanod, nous découvrions vers le nord, des groupes de montagnes cintrées ou surbaissées qui attiraient notre attention, et Ton
nous nommait invariablement le Salève, que nous ne reconnaissions jamais. Ces massifs sous-alpestres sont curieux à observer sous leurs différents profils ; ils changent de culture selon leur exposition et Ton passe, autour d'eux, des sombres aspects du nord, aux valeurs plus ardentes du sud ou du couchant. Le Grand Salève qui, du bassin du lac, dresse une si haute muraille de rochers à pic, vient s'effondrer à Test en pâturages inclinés, qui s'abaissent à la modestie d'une côte prolongée. C'est surtout lorsqu'on se glisse par derrière, jusqu'à la pierre druidique de Reignier, veuve des forêts qui masquaient jadis la vue de FArve, et même jusqu'à Boringe, un des plus célèbres parmi les châteaux historiques de la Savoie, c'est là, dis-je, que ces déguisements du Salève deviennent surprenants, en vous donnant à mesurer la largeur de ses racines.
Boringe, qui défendait autrefois la rive de TArve, était, de ce côté, la clef du Faucigny. Cette clef, Aymon P', comte de Genève, l'avait forgée au onzième siècle : elle servit à forcer plus d'une fois le passage. Longtemps ce château, qu un pont de pierre, dont on reconnaît les vestiges, mettait en communication avec la rivière, servit à réprimer les bandits qui désolaient la contrée au quatorzième siècle. Plus tard, en 1591, les Genevois, coalisés avec des troupes françaises sous le commandement du capitaine de Harlay de Sancy, prirent et saccagèrent Boringe qui, rétabli par les ducs de Savoie, fut rendu plus tard aux descendants des comtes de