EXCURSIONS HISTORIQUES
Genève, représentés par le marquis de Lullin. Notre fief n'échappa point aux torches des Bernois ; mais, dès cette époque, la maison de Bôringe s*é!ait construit près de Vétraz, au bord[ de la Menoge, une noble habitation qu'elle conserva jusqu'à l'époque où la Révolution française confisqua les biens des Boringe et des Lullin, ces derniers rejetons de la dynastie souveraine des comtes de Genève.
Dans cet arrondissement de Saint- Julien, si riant et si bien cultivé, où la vie rustique est joyeusement éparse, il n'est guère de hameau qui n'ait eu rang de bourgade, et l'on traverse plus d'un bourg qui fut une cité. Tout ce pays a été hérissé de manoirs qui attirèrent sous leur aile des habitants dont ils ont causé la perte. Mais les guerres de religion, qui ont duré cinquante ans et fait de Genève le fléau de la province qui portait son nom, ont enlevé à la contrée son aspect féodal ; la nature, si plantureuse dans ce coin privilégié, eut bien des cicatrices à couvrir. Viry était, avant ces invasions, un bourg considérable, avec des foires et des marchés où l'on se rendait de bien loin. Autour de Viry rayonnait une constellation de créneaux et de tourelles : Ogny décapité est devenu une ferme ; Château du Vuacheestréduit àun tronçon ; de Sainte-Catherine, qui joua un grand rôle et que Jean de Tournes a décrit, il ne reste qu'un souvenir, et les dépositions de Rafin et de Renazé son valet, dans le procès du maréchal de Biron, décapité sous Henri IV. Rafiri, tour à tour agent et accusateur de Biron, soutint :
« Que le gouverneur de Sainte-Catherine a voit élé adverti du jour auquel le Roy devoit reconnoître la place avec Biron, afin qu'il tînt des fauconneaux braqués pour tirer sur le prince facile à distinguer de sa suite, parce que Biron, habillé d'une certaine couleur, marcheroit devant lui. » Renazé, précisant ce récit, ajoute que : « Le gouverneur de Sainte-Catherine devoit cacher dans certain endroit du fossé qu'on lui marqua, sept ou neuf bons arquebusiers afin que, quand le Roy, qu'on leur avoit désigné, viendroit à passer, ils fissent feu sur lui. »
Ces dépositions contradictoires, et par làsuspectes, mirent dans un relief exagéré, la trahison trop réelle du duc, qui s'était vendu au duc de Savoie.
Les seigneurs de Viry, dont le château s'élève encore à peu de dislance de l'ancien castrum ruiné qui portait leur nom dès le treizième siècle, et qui gît en lambeaux sur le sol comme un vieux parchemin rongé, possédaient aussi, tout auprès, le vaste manoir de la Perrière, qui n'est plus qu'une métairie.
C'est là, que le dernier jour d'août 1535, le baron Michel de Viry reçut « en grande dévotion et larmes * les religieuses de Sainte -Claire de Genève, que l'hérésie avait contraintes d'abandonner leur couvent pour s'enfuir à Annecy. Le récit de ce voyage tracé par une d'elles, la révérende Jeanne de Jussie, est un document aussi curieux que naïf sur les événements et les malheurs du temps. Tels étaient l'état des chemins et la faiblesse de ces pauvres