LES CLARISSES, SOUS CALVIN
nonnes, qu'elles mirent plus de douze heures à faire le trajet de Genève à Saint-Julien qui n'est guère plus long que deux lieues, « ...Toutes estoient de pied hors-rais quatre pauvres malades qui estoient sur un charriot.... Les anciennes, qui avoient demeuré plus de soixante ans en religion, sans avoir jamais rien vu du monde, ne pouvoient porter la force de Tair, et, quand elles voyoient quelque bestail es champs, cuidoient des vaches que fussent ours, et des brebis lanues (laineuses) que fussent loups ravissants.... » ^
Ces colombes ainsi pourchassées vinrent donc s'abattre au toit du baron de Viry, cousin de la mère vicaire de la communauté. « Le bon baron print les clefs du chasteau et les lui donna, disant : — Madame ma cousine, vous estes de céans autant que moy; je vous abandonne la maison et tout mon bien, et je veuls que personne n'y entre que par votre congié. Le chasteau est bien fourny d'artillerie et nous ferons bonne garde.... Il fit sortir tous les gens et allèrent loger en la ville, et lui mesme dormoit bien peu, sus du foing, dans une grange. »
C'est à la Perrière que, de la part du duc, une députation vient chercher les clarisses, pour les conduire en procession guerrière et religieuse jusqu'à Annecy, où nous les retrouverons.
Saint-Julien, où cinq ans auparavant avait été signée une convention entre le duc et la République, sous la médiation de dix cantons suisses, Saint- Julien vit la conclusion de la paix de 1603 ; on mon-
tre encore la fenêtre ctevant laquelle parut le président de la Rochette, en criant au peuple assemblé : « Louez Dieu, mes amis; vous avez la paix! » Ce petit bourg où les Autrichiens furent une dernière fois battus, à la fin de février 1814, était naguère un lieu chétif qui, exposé d'âge en âge aux invasions, n'avait pu se développer. La France qui lui apporte enfin des conditions durables de sécurité et de progrès, le transforme et en fait une ville. Des constructions élégantes et monumentales marquent déjà le centre futur de la cité; un palais communal s'élève en face d'une sous-préfecture en style fleuri; le nouvel hôpital est assis dans une prairie à quelques pas, et bientôt, une église digne du chef-lieu suppléera à l'exiguïté d'une modeste
chapelle, insuffisante pour une population qui s'accroît.
Eh deçà de Saint-Julien, on visite encore les
ruines de Ternier et le châtaignier trapu, tronçonné et trois fois séculaire qui complète ce monument en retraçant un souvenir sinistre. Le !•' juin 1589, Charles-Emmanuel reprit ce château, que les Genevois avaient conservé depuis la conquête du bailliage par ceux de Berne, et parce qu'au lieu de se rendre, « le commandant souffrit le canon^ Son Altesse fit pendre soixante soldats. » On leur avait promis la vie sauve, circonstance qui rend plus odieux ce triste loyer de leur valeur; treize d'entre eux furent branchés à ce châtaignier, vieux témoin de ces discordes. Du reste, de pari et d'autre, on déployait