LE PITON DU SALÈVE
leurs pans aigus marquent le long couloir du Grésivaudan.
C'est sous cet aspect que nous entrevîmes, pour la première fois ensemble, le joli lac d'Annecy.
Les Béotiens du voyage. — Arrivée à Annecy. — Comme quo la Savoie i^'est pas en Saisse, ai le Genevois en Italie. — Anecdotes et préjugés.
— Blason humoristique de nos provinces. — Visite au Muséuid : réflexions sur les populations lacustres, et les dernières découvertes gallo-romaines. — La faune des Alpes. — Flâneries. — Les Dominicains.— Esquisse des vieux quartiers.'— L'ancien Palais et ses hanches.
— Proâls d'autrefois. — Monsieur le joge^mage Symond, d'i^rès Jeanr Jacques. — Les aires et le menu commerce du temps jadis. — Berceau de la première Académie française. — GhronoI<^ des comtes de Qenevois. — Exploration du château d'Annecy, etc«
Annecy et seg envÎFona répondent aux espérances que fait naître Taspect lointain du pays ; mais le site entrevu du Salève, dans un entassement bizarre et confus, se décompose, quand on Taborde de près, en un labyrinthe d'une harmonieuse ordonnance. Il faut du temps pour le parcourir ; il faut, pour se complaire à sa diversité, aimer la nature pour ellemême. Par malheur, le nombre est grand de ces dilettanti du voyage, qui vont aux contrées célèbres en été, comme ils se rendent i ropéra-boufle en hiver, dans l'unique but de guetter, au milieu des chefs-d'œuvre, xmutde poitrim lancé à pleins pou-
mons par un virtuose. Ces gobe-mouches de Tart et de la création, courent droit au Mont-Blanc, pour assouvir la grossière sensation de Tébahissement et, dès qu'ils ont saisi , au milieu du chœur des Alpes, la note aiguë et blanche qu'elles font retentir jusqu'au ciel, ils se hâtent de revenir, tout glorieux de leur exploit, c Ce n'est point là un péché, ainsi que disait un spirituel directeur à une dame qui se confessait d'avoir juré; mais c'est la marque d'une mauvaise éducation. »
Celle de mon ami Siniéon Dornheim n'était guère plus avancée ; il faisait avec la docilité de l'insouciance l'apprentissage du métier de touriste. Seulement, il n'était pas sottement curieux ; il acceptait un plaisir, sans l'avoir émoussé d'avance par une avidité de surprises qui prépare des déceptions et, loin de dévorer le roman ou de vouloir sauter à la péripétie , il le lisait page à page , en s'intéressant aux détails. Les circonstances favorisèrent cette méthode ; car le mauvais temps nous cantonna plusieurs jours à Annecy, qui ne s'annonce point avec pompe, mais gagne à l'analyse, comme les cam*pagnes qui l'encadrent.
Nous y entrâmes au milieu du jour, par une pluie diluvienne qui bornait la vue à quelques pas. La foudre grondait ; de fréquents éclairs lançaient des coups de fouet lumineux sur les rustiques mai* sons du long faubourg de Bœuf, noircies par la trombe déchaînée : quelques bétes errantes, des charrettes abandonnées, de rares passants, tapis