ARRIVÉE A ANNECY
SOUS les auvents ou collés contre les portes, meublaient sans l'animer y cette rue d'autrefois, menacée de disparaître et qui débouche à angle droit dans une voie spacieuse, d'un aspect moderne et tirée au cordeau, à chaque extrémité de laquelle on devinait la campagne. A l'angle du carrefour, j'eus le temps de lire « n^ Royale » et je fus simultanément ébloui et assourdi par un éclair accompagné d'un coup de foudre, déchirant et bref comme une détonation d'artillerie. Presqu'aussitôt , la diligence s'arrêta; un spectre trempé ouvrit la portière, et nous ne fîmes, du marchepied jusqu'au bureau, en emjambant le trottoir, que deux pas, le premier à pied sec; au second nous arrivions vernissés de pluie. Comme nous débarquions, c'est le mot propre, on dit autour de nous que l'eau montait jus* qu'aux marches de Saint-Pierre, ce qui nous iBt penser à Jean-Jacques Rousseau, et que le tonnerre était tombé sur la Visitation, ce qui nous rappela saint François de Sales.
Quand l'averse épuisée nous permit d'avancer le buste dans la rue, où déjà se hasardaient quelques passants, sautillant tels que des pingouins sur les rares îlots ^u pavé, nous jetâmes un coup d'œil sur cette voie principale de la cité, qui finit à peu de distance aux deux bouts de la perspective : nous connaissions déjà trois des quatre extrémités d'Annecy. D'épaisses nuées masquaient les montagnes ; on aurait pu se croire transporté dans un modeste bourg de la Brie. La courte distance qui sépare les
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messageries, de] Vhâta dô Genève ^ n'offrit à notre curiosité qu'une façade assez somptueuse en style abâtardi de la Renaissance. Quatre bustes des Sai-» son» égayent ce logis qsi vise à une certaine ma* jesté, et s'avance en saillie, porté sur des piliers vigoureux. G*est l'ancien hôtel de Sales, cédé par les héritiers du nom à la banque de Savoie. « EnflUi dit Siméon, nous entrons dans la ville !... »
Là^essus, nous débouchons à la tâte d'un pont jeté sur un étroit canal; la rue expire sous des quinconces de platanes, nous ne voyons plus que des arbres et une prairie : Thôtel , où nous de-* vancent les bagages, se manifeste comme une oasis dans uhe solitude. Devant nous se dessinait parmi les branches, et lies pieds dans Teau, le bâtiment isolé et tout récemment rhabillé de la salle de spectacle. En abattant le mur de fond, on doterait la scène d'un magnifique décor sur le lac et ses montagnes.
Derrière ce petit monument s'élevait, beaucoup plus en arrière, au milieu d'un espace nu, une lourde bâtisse badigeonnée en gris, qui participe de la caserne et du couvent. Elle sert tout ensemble de Muséum, de Palais de Justice, de Préfecture, de Bibliothèque publique et de Mairie. Nous étions bien réellement au beau quartier de la ville ; car les seuls platanes du Pâquier, splendide futaie, nous séparaient des bords du lac, où viendra s'établir la ville de demain, dont l'assiette est marquée déjà par des édifices publics en construction, au milieu