LA SAVOIE W*BST PAS EW SUISSE
desquels slnstaHe noblement la nouvelle préfec^ ture.Son architecture est vive, avec des lignes moins arides, une omemenfation délicate et généreusement assimilée au CŒPps même- de Tédiflce, que couronnent des toitures élégamment profilées. Siméon fut assez frappé du bon aspect de l'œuvre, pour s'enquérir du nom de l'artiste, qui est Lyon* nais, nous dit-on, et se nomme M. Gharvet.
Voilà tout ce qu'il nous fut permis d'entrevoir entre deux ondées, durant ces premières heures, qui nous donnèrent, en guise de consolation, un déjeu^ ner appétissant et bien servi. En passant devant la poste, Siméon avait pris les lettres qui l'y attendaient. L*une d'elles, datée de Lille en Flandre, ré» pondant à l'annonce d'une excursion en Savoie jusqu'au Mont-Blanc, le félicitait d'être en Italie et s'étonnait qu'il allât en Suisse,.., Dornheim me fit part de ces hérésies géographiques, en présence de notre hôte qui poussa un profond soupir, et nous en demandâmes l'explication.
« Ces méprises-là, répondit-il, sont si fréquentes qu'on y devrait être accoutumé ; mais si l'on peut se consoler d'être pris pour des Suisses ou pour des Italiens par des Allemands, des Piémontais ou des Genevois, l'erreur est plus choquante quand elle provient de nos compatriotes. Nous sommes méconnus! N'est-il pas cruel pour des enfants d'un si beau pays d'être comme privés d'une patrie I »
Je m'efforçai de le consoler de manière à redoubler sa mauvaise humeur, tout en l'édifiant sur nos
sympathies. « On pourrait supposer que j'exagère, continua-t-il ; mais parcourez, à Genève, à, Lausanne, à Paris, les aïbums de gravures qui réunissent les vjies de la Suisse : vous y rencontrerez nos sites les plus renommés, Chamonix, Thônes, Sallanches, Evian même et Meillerie et, sur chaque estampe : « La Suisse pittoresqvs, la Suisse illustrée.,,. ^ . toujours la Suisse ! Les livres écrits par les Suisses^ ^^ ^* par les Allemands, par quelques Français aussi,
donnent à nos voisins toute la chaîne et les vallées du Mont-Blanc ! Mentionne-t-on la Savoie ; c'est pour la déprécier ou pour y jeter du ridicule ! C'est le pays des ramoneurs.... nous voilà responsables de tous les Auvergnats du monde et pourtant, cette industrie est si mal recrutée chez nous, que dernièrement, Bonneville manquant absolument de ramoneurs fut obligé d'en faire venir de l'Ardèche et du Dauphiné. Mais, quand on nous confond avec les Piémontais pour nous faire Italien^, alors, monsieur, nous devenons des fumistes ! U y a aussi les marmottes, qui nous font beaucoup de tort. Croiriezvous, qu'un voyageur de passage, qui devait partir au petit jour, s'est informé si les magasins de marmottes s'ouvraient dès le matin, afin d'en apporter une à ses enfants 1
— Qu'avez-vous répondu? s'écria Siméon en riant aux éclats.
— Lavérité,monsieur; j'ai certifié qu'il ne trouverait à Annecy qu'une marmotte, et empaillée encore, au musée de la ville, qui se l'est procurée avec peine.