ANECDOTES ET PRÉJUGÉS
Fidèle écho de l'esprit du pays, notre hôte en traduisait les impatientes susceptibilités. Mais je ne crois guère plus aux susceptibilités sans cause * qu'aux maladies imaginaires. L'un et l'autre symp* tome constatent un état de souffrance prolongé. Tour à tour étrangers à la France dont on les avait séparés, à l'Italie qui leur prenait, avec le tribut de 'TimpAti ses plus Taillants soldats^ en laissant à l'abandon les forces intellectuelles de la province ; réduits à s'agiter dans le vide ou à sa confondre dans le mouvement artiste et littéraire de Genève, capitale jalousée, les habitants de la Savoie ont eu à subir le poids d'un long et injuste oubli. L^rs traditions les rattachaient à la France qui ne les connaissait guère ; la fidélité de leur culte pour cette patrie de leurs souvenirs et de leurs vœux, était loin de plaire aux possesseurs de leur territoire. Si l'on se rappelle que, cinq ans avant de reprendre leur premier rang aux frontières de Funité française, ces exilés de notre gloire se l'assimilaient de cœur, au point d'illuminer leurs chau-* mières jusque dans les moindres villages pour nos victoires de Grimée, et de courir répéter de chalets en chalets : « Nom sommes entrés à Sébastopol I » on sera trop ému de cet élan qui devançait les traités, pour ne pas se sentir solidaire des blessures qui ont irrité l'amour-propre des Savoyards. En tout état de cause, ce n'est point à nous de les leur reprocher.
Appliquons-y plut6t| et d'une main amie, qmlque
baume héroïque dont la raison fournira Télément. Chacune de nos provinces a son orgueil [d'origine et son caractère propre qui vont se heurter aux prétentions contraires des pays rivaux : de là ces quolibets, vieux pomme la monarchie, poignées de sel gaulois, qu*en riant, on.jette à son voisin. Ces joutes d'épigrammes s'arrêtent à la frontière ; elles retracent le souvenir des nationalités primitives, et . c'est pourquoi la Savoie a reçu son lot parmi ces commérages de famille. Doit-elle , se considérant comme en butte à une disgrâce d'exception, se croire plus atteinte ou plus déprisée que les Alsaciens dont la lourdeur et l'accent ont prêté à rire, que les Provençaux ou les Marseillais, objets des plus grotesques histoires et des plus intarissables ; que les Manceaux, à qui Racine attribuait les faux témoins par centaines; que « certain renard gascon, d'autres disent normand, » sous Temblème duquel le honlà Fontaine a jeté sur deux provinces une accusation de ruse ou de duplicité ? L'humeur cauteleuse et processive des pauvres Normands, est un préjugé gothique assez rude et qu'ils subissent gaiement. La race héroïque et spirituelle des Champenois se refuse-t-elle à compléter le chiffre d'un troupeau de moutons ? Un Bordelais vous dira d'un hâbleur que c'est un vrai gascon et, d'un bout à l'autre du royaume, c'est injurier un homme que de l'appeler Auveranat. L'argot populaire enchérissant, a même créé pour cet usage le mot Auverpin. Eh bien, l'enfant de la Guyenne, du Puy-de-Dôme, du Cantal,