BLASON DES PROVINCES
n'en seront pas moins âers, et avec raison, de leur patrie ; car les provinces les plus maltraitées sont précisément les plus considérables dans l'estime générale, comme dans les souvenirs de l'histoire. A ce titre, il le faut avouer, notre Savoie n'a rien à envier à personne : elle résume toutes les malices accumulées dans les plaineis contre la race laborieuse, franche, rude et aère des montagnes. Je me souviens d'avoir lu, il y a quelque vipgt ans, signée d'un nom famé, cette petite phrase : < Un de ces jeunes Savoyards escortés d'un ours et d'une cornemuse, que VAumrgne ou la Franche-Comté envoient chercher fortune à Paris.... »
Depuis lors, cette géographie de sentiment a été consacrée par l'Institut ; elle y est entrée avec son auteur, empaillé comme la marmotte, unique du muséum d'Annecy.
Cette innocente momie (la marmotte) eut l'honneur de déterminer l'emploi de notre après-midi. A l'occasion des raretés zoologiques de la^contrée9 on avait passé de la marmotte au bouquetin : je n'en savais guère plus long à son sujet que le dictionnaire de iWdémié et Siméon n'en avait jamais ouï parler. On nous apprit que la ville avait rassemblé, dans une collection complète, les produits de la faune, de la flore et de la minéralogie des Alpes de Savoie, et l'examen de ce musée nous parut offrir, pour une journée de pluie, un passetemps instructif. Quelques pas nous séparaient de la préfecture, dont nous fîmes le tour pour jeter
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un coup d'œil sur le bout du lae, et pour entrevoir un joli jardin public dont on dessinait les contoi^s sur la rive, au pied de la statue de BerthoUet le chimiste. Nous saluâmes en passant ce compatriote que la Savoie a donné à la France, et que la France a présenté glorieusement à l'Europe savante.
La pensée judicieuse qui a dicté la destination spéciale de ce muséum a ét4 réalisée avec discerne* ment ; Annecy donne un exemple que devraient suivre la plupart de nos chefs-lieux. Grouper les productions du çol, les antiquités qu'il recèle et les résultats des industries particulières à chaque localité, c'est offrir de précieux matériaux aux divers genres d'études; et contribuer à l'éducation populaire. La ville possède une manufacture considérable de toiles et de cotonnades imprimées, créée par un industriel éminent, tL Lauffer, un des esprits progressif» et bienfaisants du pays. L'établissement qu'il a fondé» dws le quartier neuf, entre .^int-Pierre et la Visitation, utilise et fait vivre deux mille deux cents ouvriers à Annecy et deux mille à Pont. On tisse là, par jour, vingt-cinq mille mètres d'étoffes, et cette fabrique, si secourable à la population ouvrière, donne à Annœy, toHte proportion gardée, l'importance commerciale de Mulhouse au milieu de l'industrieuse Alsace. On peut suivre, parmi les échantillons chronologiquement disposés, de ces étoffes de fantaisie, les phases de la mode et comparer, au point de vue de l'omem^tation, le goût annécien avec le goàt plus