LACUSTRES, ET GALLO-ROMAINS
Le travail de la rouille dévore iDcessamment le fer, Témiette et le dissout tout entier, taudis que le cuivre se couvre d'un oiyde plus résistant qui le préserve. De là cette disparition du fer presque partout où le bronze se rencontre encore. Entin, les celtes et autres outils en basalte, en jade ou en silex, coexistent, parmi les vestiges d'origine ro* maine, et même mérovingienne, avec les ustensiles de métal. Les dernières recherches entreprises récemment aux environs de Compiègne par les ordres de l'Empereur, qui a donné une si heureuse impulsion et apporté tant de matériaux à l'histoire des mœurs populaires aux époques gallo-romaines, ont exhumé pêle-mêle des monuments significatifs des trois prétendues périodes. Des émaux gaulois, de larges fragments de verre à vitres ont été trouvés avec des haches en silex, avec les framées des rois chevelus, les arabesques niellées des Scandinaves, les menus outils en bronze de la chirurgie barbare, et «les morions en fer forgé des légions consulaires. Le petit musée créé dans l'antique résidence des quatre dynasties, par l'impérial antiquaire, à proximité d'une cité inconnue qui s'est révélée par la découverte d*un temple, d'un palais thermal et d'un théâtre antiques, fournit déjà des leçons péremptoires de réserve prudente, en attendant qu'il apporte des arguments décisifs par leur nombre, pour affirmer et rectifier* Du reste, comme l'impul- , sion du souverain s'est étendue à toute la Gaule et qu'elle a même enflammé l'Italie et l'Allemagne, on
82 tA HAUTE sAVcair.
sera rederable aux récréations do plus ooctipé des prinœs, d'un ensemble de faits et par suite, d*un mouirement d'idées, qui transformeront Tétude de nos antiquités nationales.
Ce qu*il y a d'à peu près certain , par rapport à la Savoie, c'est que les habitations lacustres des lacs d'Antiecy, de Genève et du Bourget ont abrité, sinon les premiers possesseurs du pays, du moins la première race qui ait colonisé dans ces contrées. Que cette race se soit où non perpétuée à travers les invasions, reculant devant les vainqueurs, avec ses usages, avec ses armes de pierre, dévolues peut-être à certains emplois hiératiques par un culte ignoré, et qu'elle ait conjointement utilisé les silex, le bronze et le fer, c'est là un point difficile à éclaircir. Le mystère n'en est que plus intéressant; les recherches n'en sont que plus recbmmandables et curieuses : car les objets mis au jour peuvent aussi bien appartenir à une période anté-celtique remontant à des âges fabuleux, qu'à l'ère gallo-romaine, sur laquelle les écoles antérieures nous avaient transmis des renseignements si incomplets.
Ces tribus flottantes ont pour pendant des générations troglodytes, dont les grottes de la montagne de Veyrier, qui borde le lac d'Annecy, ont révélé le séjour. Mais ces gnomes des rochers, ainsi que' ceux de la Loire , sont de plus récente origine ; la coutume de disposer des habitations dans les ca* vitës, s'est continuée en nombre d'endroits jusqu'à
COLLÇCTIONS DIVERSES. 83
nos jours. On reconnaît encore, aux parois des mines souterraines de Veyrier , les trous creusés symétriquement pour recevoir les scellements des planchers.
Pour compléter ce cadre d'études, M. Revon a entrepris uij travail considérable et digne d'être aussi mentionné : Testampage sur carton de toutes les inscriptions romaines de la Savoie. Ces monuments revêtent déjà, au nombre d'une centaine, les murs du musée: il en est qui dépassent la longueur de deux mètres. Ce sont des fac-similé, où le grain, les cassures et les nuances de la pierre, exactement reproduits, concourent à Tillusion du tromperœil. M. Revon, à qui l'on doit ces richesses, les acquiert à ses frais, et ce trésor d'antiquités s'accrottrait plus vite, si ce généreux exemple était encouragé par l'État. En attendant, notre antiquaire vient de relever de Naples à Venise, pour son cher musée, une foule d'inscriptions romaines, grecques, étrusques et osques ; Tépigraphie des catacombes, le calendrier rustique de Naples, le tombeau des Scipions, etc.... Il aura la gloire d'avoir /onde seul et sans aide, une admirable collection.
Il aurait fallu des heures pour examiner les herbiers précieux de la zone des neiges, les mosaïques éclatantes formées par les lépidoptères, ces fleurs vivantes, qui luttent ici d'éclat et de diversité avec les fleurs enchaînées à une tige. Parmi les vertébrés nous passâmes assez indiflérents devant un rat à ventre blanc qui n'a d'autre mérite que d'être exclu-
vivement préposé à la dévastation des abattoirs de Genève et d'Annecy : on ne Ta jamais rencontré ailleurs. Le lièvre blanc, qui partage avec les hermines, assez communes aux alentours d'Annecy, le privilège d'avoir une robe d'été brune, et une fourrure blanche pour l'hiver, ne s'élève, qu'une moitié de l'année au rang des curiosités. L'époque où il change de toilette enseignait inutilement à feu Mathieu de la Drôme, le retour plus ou moins prochain du soleil ou des frimas. Le bouquetin, ce géant de la race des chèvres, nous étonna par ses dimensions formidables, par la rudesse anguleuse de ses formes, par je ne sais quelle violence hircine et satanée qui maintient, même sur sa télé morte, la fantastique ardeur de la vie. Magnifique béte, agile comme un chamois, avec la sombre physionomie du bouc. Tant ont fait les braconniers et les déboiseurs des forêts, que cet hôte mystérieux de leurs labyrinthes a presque disparu : mais, depuis que la race en est éteinte, onainterditdelechasser. On en parle toujours dans la montagne ; son sang, disent les Chamouniards, était une panacée souve^ raine contre la phthisie. Du temps qu'il errait entre l'argent des neiges et les saphirs du ciel, les aigles l'apercevaient des nues : pour l/e voir, il faut aujourd'hui descendre au muséum d'Annecy, ou à celui de Neuchâtel.
Par une journée de tempête, où les vents d'ouest tirent le rideau de leurs brouillards sur le spectacle des montagnes, les oiseaux de l'air , sur les ailes