‹ La Haute SavoieChapitre 32 sur 150 · FAUNE DES ALPES · texte numérisé non relu

FAUNE DES ALPES

desquels le matin a jeté son azur, le soir son vermillon, le soleil ses épluies d'or, et la nuit ses nuances estompées, les oiseaux, ces palettes diaprées, apparaissent, même dans un cabinet où l'ornithologie les a fiiés, comme un échantillon des splendeurs des journées lumineuses.

Les sujets de la faune irisée des Alpes sont là au grand complet. On se délecte, en les contemplant, à évoquer les buissons où on les a vus voltiger, les pâturages qu'ils animaient de leurs chants, les bocages sous Tombre desquels on a pu les surprendre, et les profondeurs bleues où Ton a suivi du regard les aigles décrivant leurs courbes immenses. Ces gypaètes, que le lointain des airs assimile à des hirondelles, déploient ici sous le plafond, neuf à dix pieds d'envergure.... Cette série de la collection est la plus intéressante ; car, outre le charme de leurs nuances, qui éclatent jusque dans la pénombre d'un après-midi pluvieux, ces volatiles, par leur structure, retracent leur genre de vie, tant la nature a approprié leurs organes à leur destinée. Témoin ce bouvreuil à bec croisé, dont les pointes curvilignes se superposent, afin que l'oiselet, condamné à vivre de noyaux et des fruits durs de la pomme de pin, puisse arracher les semences des cônes, et les couper comme avec des ciseaux. Le tétras auerhan, ce patagon des coqs de bruyère qui, malgré sa pesanteur, (car il est, jusqu'au cou, rengorgé d'un ventre épais) doit se cramponner et se retenir en dépit des vents, aux arêtes vives des rochers, a les pattes

ferrées de squames pointues solidement rivées audessous des ergots : son œil noir, flocon de velours,

plus foncé que le jais brillante qui l'encadre» n'est détaché du plumage frisé et menu de la tête, que par un demi-cercle de vermillon simulant une paupière.

A côté du héron-crabier et de ses congénères, on aime k voir de près les grèbes, ces nageurs coqifêts du lac de Genève, que tant de fois on a suivis sur ses eaux bleues, d'où se détache leur robe chatoyante et satinée. Ces oiseaux d'un blanc lustré avec des stries de points bruns, qui fournissent une fourrure d'une richesse extrême, ont un long bec de bécasse et sont coiffés de deux aigrettes en forme de cornes; leur face épanouie se dresse au-dessus d'une large fraise ou collerette, qui revêt leur long col d'une gabrielle brune , épaisse et dentelée. D'autres volatiles, les touristes de ces belles contrées, viennent de très-loin, voyageant pour leurs ^ affaires, comme la spatule, qui délaissant l'Atlantique pour l'exploitation' des ferra^ du Léman, porte avec un cynisme risible, en guise de bec, une sorte de faux nez, long et large manche d'une (Millier à pot. D'autres courent le mon^ pour leur plaisir, on le dirait du moins à l'élégance aristocratique de leur allure et à la fantaisie de leurs excursions. Tandis que les cormorans ou les mouettes émigrent à l'automne, des rivages de la mer, pour se donner des vacances gastronomiques en se repaissant de poisson d'eau douce, les ibis d'Egypte,

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espèce évidemment littéraire, puisqu'on trouve à Thèbes, et aux portes du Caire les momies de leurs ancêtres dans des linceuls de papyrus couverts d'hiéroglyphes, les ibis, habitants d'un pays qui se rappelle à peine le nom de la France, et qui ignore jusqu'au nom des Alpes, désertent à la fin du printemps le Nil et ses sables brûlés, pour voir des neiges, des ombrages, et se mirer dans l'onde fraîche des lacs de la Savoie. Ils s'y rencontrent avec les flamants de l'Arabie et les roUiers africains. Le curieux musée d'Annecy raconte ces aventures; il vous présente au complet les plus rares acteurs du monde zoologique alpestre, si bien nus en scène par Tschudi, dans un ouvrage que le digne pasteur 0* Bourrit a récemment vulgarisé parmi nous, âans une admirable traduction.

La bibliothèque de la ville, peu considérable encore, mais déjà intéressante par les manuscrits, les autographes, et qui s'accroît rapidement, doit bientôt être isolée de ces collections. Elle fut mise à notre disposition , avec cette générosité hospitalière qui adopte pour sa règle le désir d'être utile ou servîable, et^qui la préfère aux prohibitives rigueurs des règlements inflexibles.

Quand nous quittâmes la préfecture, le temps s'é** tait amendé : la longueur des jours d'été permet au soleil d'épuiser les nuages et d'envoyer vers le soir quelques consolations aux voyageurs. Nous profitâflies de ce répit pour errer, un peu au h«»ard» en laïaus 4irigeant vers des tours massives

que nOHs avions entrevues perchées sur des rocs, et qui relient la ville aux derniers gradins de la montagne. Cette première excursion nous fit comprendre que la portion la plus considérable d'Annecy est agglomérée entre la rue Royale, entrée des quartiers neufs, et ce château fort qui a groupé les plus anciens au pied de ses murailles.

Après avoir jeté un coup d'œil dans l'église de Saint-Maurice, autrefois la chapelle des dominicains, bâtie par le cardinal dç Brogny, et dont la large nef, qui répond à des croisées ogivales trèsévasées, a les nervures de ses voûtes coupées à michemin et retombant sur des piédouches, ainsi que des clefs-pendantes, sculptées aux écussons des différentes confréries des métiers, après avoir laissé à notre gauche une chapelle transformée en magasin, qui fut bâtie au dix-septième siècle pour recevoir les reliques de saint François et de Mme de Chantai, nous nous plongeâmes, comme on pénètre dans une caverne, parmi les ténèbres de la longue rue Grenette, dont les maisons mal alignées, trèshautes, étroites, et souvent surplombantes, cachent leurs petites portes curieusement historiées, sous des arcades trapues. Ces maisons ont plusieurs corps en profondeur et Ton entrevoit, en passant , les plus singulières perspectives, rayéea de zones d'ombre et de lumière, par la succession des cours et des bâtisses. Nombre de ces allées aboutissent à d'autres ruelles, humides et profondes comme le lit encaissé du Fier. On s'y peut aventurer sans de*

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