‹ La Haute SavoieChapitre 35 sur 150 · LES COMTES DE GENEVOIS · texte numérisé non relu

LES COMTES DE GENEVOIS

deux suzerains, le second desquels vendit son apanage en 1401, à Amédée YIII d'abord comte, puis premier duc de Savoie, celui qui habita Ripaille et fut quelques années pape sous le nom de Félix Y. Le contrat d'acquisition, moyennant quarante mille écus d'or, fut passé à Paris, le 5 août, dans l'hôtel de Nesle.

— Alors, la liste des comtes de Genevois devrait finir là . Cependant. ...

— Patience ! Le fief demeura distinct, et fut revendiqué par l'empereur Sigismond. Il y eut litige; Amédée débouté fut obligé de subir l'inféodation de rEm*t)ire et d'en relever comme comte de Genevois. Peu d'années après, il donna ce comté en apanage à un de ses fils. Yingt-sept ans après, en 1460, le dub Louis le céda de même à James de Savoie. Enfin en 1514, le duc Charles III en investit son frère Philippe, en y ajoutant les barognies de fieaufort et de Faucigny. Les descendants de ce Philippe de Savoie l'ont possédé jusqu'à 1659, où le dernier comte élant mort sans postérité, son apanage revint à la couronne ducale. Ce Philippe, tige de la dernière branche, avait été évèque de Genève à l'âge de cinq ans; plus tard, il entra dans les armées de Charles-Quint qu'il quitta pour François I", et ce dernier, qui tenait à se l'attacher, le maria en 1528 avec Charlolte d'Orléans, en le dotant du duché de Nemours. De là ce titre de ducs de Genevois -Nemours qui désigne les princes de cette maison. Si, pour compléter ce

documeat étranglé, vous tenez, ô Flamand positif et logique , à y coudre une moralité, la voici ; en soudant à la France, en ralliant à la politique française, au moyen d'un duché, cette branche de la maison de Savoie, le vainqueur de Marignan a semé à son in^u le germe des idées qui de* valent un jour amener l'annexion du pays; en soumettant les citoyens de Genève à la pesante seigneurie de leur évêque, l'empereur Frédéric- Barberousse et ses successeurs ont préparé la ville aux réformes de Calvin.

*** A la bonne heure, conclut Siméon : ce résumé est un peu longuet; mais je vous défierais*bien de le faire plus court. »

Là-dessus, nous passâmes sous la herse du château, que les sires de Genevois et de Nemours ont, à louables frais, édifié et agrandi, pour offrir une caserne digne de leur valeur aux soldats de pos régiments.

Dussé-je passer pour prosaïque aux enthour siastes de la poésie des ruines, j'avouerai que je leur préfère les monuments qui ne sont pas en lambeaux et qui offrent à l'esprit une plus sérieuse pâture, que des regrets pour nourrir des phrases. Quand ils sont intégralement conservés ou sagement entretenus, lorsque surtout ils ont gardé leur destination primitive, les édifices des siècles témoi-f gnent à la fois de la transformation des mœurs et de la succession non interrompue des usages. J'aime à trouver des moines dans une abbaye, d'é*

LE chAtbau d'annecy. 99

légants propriétaires dans un château de la Renais-* sance et des soldats dans une citadelle. Le viem chêne debout, qui reverdit encore, n'est-il pas plus beau de majesté que la souche abattue? C'est pour^ quoi le castrum d'Annecy, militairement posté sur sa colline, me parut intéressant, avec sa tour de la Reine, tronçonnée, mais qui semble Jeune auprès de celle de la Perrière, jetée en faction sur la ville et qui remonte au quatorzième siècle ; avec sa cour irrégulièrjB et oblongue, où des hommes de guerre nettoient encore leurs armes et leurs harnois. On voit le monument en pleine activité de sa vie propre ; les militaires de notre temps me retracent avec plus de vérité que ne le feraient des lézards, des chouettes ou des tiercelets, les compagnons des âges passés. Les portions rajeunies, ou transformées de rétablissement^ sous Timpulsion dHine même idée, la défense et la guerre, en contractent cet air de force, cette physionomie rembrunie qui les harmonisent avec les conceptions des strate* gies antérieures;

D'ailleurs, les bâtisses guerrières du meyen âge qui n'ont pas été déclassées, ou que le système de Yauban n'a point rasées comme des pontons, sont devenues rares ; il convient donc de les voir et surtout de savdr les regarder. Celle-ci me rappela, pour le style, le château de Brest, élevé par les ducs de Bretagne contre les incursions anglaises, et qui sert encore au même usage ; elle me fit penser aussi au castel plus escarpé de Montorgueil en l'tle

de Jersey, créneau qui a si longtemps protégé contre la France, cette épave détachée de son continent. Angers, où on fait l'exercice dans l'enceinte desPlantagenets, le château de Nantes où l'artillerie étale ses piles de boulets, les remparts d'Aigues-Mortes, entretenus depuis 1290 par le génie militaire, m'avaient apporté des impressions analogues. En Savoie, le pays est belliqueux, les souverains l'étaient plus encore; ils savaient leur métier et ils se sont montrés si fqrt entendus en l'art de fortifier les places, que le dix-septième siècle a conservé leurs ouvrages. De là, moins d'étrangeté peut-être, et de caprice dans le détail; mais un aspect de vigueur et de solidité qui, moins plaisant pour le fantaisiste, impressionne ceux dont la vue se porte plus loin.

Quelques jets de soleil, blêmes et intermittents, découpaient sur les murailles les ombres des tourillons, des toits et des créneaux profilés à l'ouest ; des clairons chantaient aux combles; quelques appels de tambours résonnaient darns la cour, d'où Ton voyait circuler des sentinelles, le long des couloirrescarpés qui rallient les tours. Aux étroites fenêtres delà caserne, divisées par des croisillons, apparaissaient à demi vêtus quelques soudards basanés, et d'aussi bonne prestance que les reîtres de Philippe de Bresse. Dans les vastes salles du rezde-chaussée, aux voûtes lourdement appesanties sur une forêt de colonnes à chapitaux d'une sobre décoration, on rencontrait tout le pittoresque dés-

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ordre d'un campement. Près du portail , couronné d'échauguettes et de mâchicoulis^ un corps de logis très-vaste, affecté jadis à des appartements lambrissés, nous indiquait probablement l'ancienne demeure de Philippe, puis de Jacques de Nemours célébré par Brantôme, qui le baptisa la fleur de la chevalerie. Cette aile, eneffet, porte la date de 1532. La tour de la Reine, qui communiquait avec le château par son mur d'enceinte, creusé en galerie couverte, est probablement de la même époque; mais les assises inférieures sont plus anciennes.

On rencontre dans cette portion du château, ainsi que dans les ouvrages attenants, des figures talismaniques , gravées en creux, sortes d'horoscopes propitiatoires , réputés alors pour provenir de la Cabale persane et dont l'usage conmiençait à prendre faveur. Ces hiéroglyphes, qu'il serait dangereux de confondre avec des signes maçonniques, montrent quelques-uns de leurs caractères dans les tableaux dressés à la fin du siècle par le sieur de Gaffarel, médecin de Henri IV, à la suite de ses Curiosités inouïes. Ce que le château. a gardé de plus seigneurial, c'est sa cuisine, avec deux énormes cheminées qui se font face et sont presque symétriques. Leurs mpteaux, cintres surbaissés, de vingt pieds d'ouverture, s'appuient sur des colonnes accostées de deux fausses portes rondes. Cet appareil évoque dans la pensée des broches légendaires, à rôtir du museau jusqu'à la queue, des ' sangliers ou des bœufs gras.

Derrière la tour de la Perrière^ très-ancienne aussi, et dont les assises inférieures font pressentir des substructions d*un âge problématique, je m'avançai contre le parapet d'un terrassement triangulaire, pour plonger un coup d'œil sur les rochers lisses et noirâtres qui dévalent en un seul plan jus-* qu'au bas du plateau qu'ils défendent, ainsi que pour entrevoir, à vol d'oiseau, leâ toits de la ville, sa banlieue et ses promenades, avec une échappée du lac.

A mes pieds, dans une longue ruelle sinueuse qui dut, à son origine, être astreinte aux contours d'un ancien chemin de ronde, on me montra un grand toit à pignon aigu, sans autre caractère qu'une ferme de village, comme étant la maison où furent installées les visitandines lors de leur fondation^ Ce logis de la rue de la Providence est occupé maintenant par les sœurs de Saint-Joseph. Sur la gauche, les vieux quartiers s'amoncellent entassés, au premier plan; mais, à partir de la tour massive de Notre-Dame de Liesse, bâtisse romane défigurée par dix restaurations, au point de laisser le spectateur indécis sur son âge entre le siècle de Barberousse et celui de Napoléon, len maisons s'espacent et s'é* grènent, jusqu'au delà du faubourg de BŒuf« Le contour du lac, échancrant la pelouse qui le borde, fie présente d'une manière plus riante, bordé, au delà du Pâquier, par les lofigues allées d'Albigny qui, traversant ^a plaine des Pins, vont aboutir â un coteau charmant, qui dérobe sous ses villas et ses

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