ÉCRIVAINS ACTUELS DE LA SAVOIE
études géologiques de M. G. Mortillet; à M. l'abbé Puget, à M. Dumont, pour leurs observations relatives à la flore alpestre, à MM. Rabut et Éloi Serand pour leurs recherches d'histoire et d'archéologie; à Mgr Févêque d'Annecy, digne héritier des traditions littéraires du diocèse. Avant l'élévation de cet érudit à répiscopat, de profondes Études sv/r le droit canon; mais surtout V Histoire de la Réforme de Genève, et la Notice ^sur Bonnivard avaient jeté un vif éclat sur le nom de M. Tabbé Magnin. Ici, un clergé libéral maintient son influence en répandant la lumière. A la suite du successeur de' Mgr Rendu, marchent aussi, sous la bannière des lettres, l'abbé Grobel, auteur des Variétés historiques^ où j'ai puisé, et M. l'abbé Ducis, qui a quitté l'enseignement pour les laborieuses fonctions d'archiviste départemental. Ses recherches sur la vallée de Beaufort, sur Annecy et ses banlieues, sur le passage d'Annibal, sur les voies romaines, font honneur à un chercheur infatigable qui, ceci est un trait de caractère, sait attendre dix ans une certitude et ne pas reculer devant la t&che formidable de mesurer à pied, le sac sur le dos et unmètre à la main, les espaces énormes qui séparent Vienne de Chambéry, et Chambéry du petit Saint-Bernard.... Je ne puis omettre M. Jules Philippe qui, sous ce titre : Annecy et ses environs, a donné un charmant volume, le meilleur guide qu'on puisse suivre en visitant cet arrondissement. M. Jules Philippe a publié un autre ouvrage qu'on ne saurait trop re-
110 LA HAUTE SAYOIB.
eommander aux esprits curieux : I^ QMres dt la Savoie. L'auteur y a relevé, à partir de ce Guillaume Fichet, recteur de FUniversité en 1467, qui protégé par touis XI, établit en 1470, à Paris, la première imprimerie que la capitale ait possédée, jusqu'à Joseph et à Xavier de Haistre, les biographies des Savoyards qui contribuent à l'illustration de la France. Je glanerai dans ces ouvrages , il me tar^ dait de le dire et de rendre ainsi un tribut mérité à l'un des deux écrivains qui auraient le mieux ac^ compli la tâche que j'ai tentée, si l'appréciation d'un pays avait autant de convenance ou d'apparente im^ partialité dans la bouche de ceux qui auraient à se faire valoir ou à se critiquer eux-mépies, que sous la plume d'un étranger.
Uun des deux écrivains y ai-je dît; l'autre est M. Jacques Replat, qui a tout abordé : histoire, poésie, critique historique, archéologie, discussion des documents, peinture de la nature et des vieilles mœurs. Passant du sentiment à la satire, il a le se* cret d'animer ce qu'il touche. Son Esquisse du vieucù Annecy, son Voyage au long cours sur le lac, VAseefh' sien au Stffhnoz^ la note sur Mme de Warens, seraient partout des modèles. Citons encore un frag-» ment : VÉtv4e sur la poésie des Alpes, conseils de maître, donnés avec l'exemple à l'appui dans le ton mélne du professeur. « Laissez d'abord au pied des montagnes toutes vos idées d'un autre monde; d'un Français quittez Fhabit, ne gardez que le style, et faites-vous pâtre ! »
ANBCDOTB SUH D'URFÉ. lit
Du reste, ils ont tous plus ou moini aspiré, dans les parfums de leurs solitudes, cet attrait des sen-^ sualités de Tesprit, qui passionnait pour la lecture de VAstréô les graves génies du président Favre et de saint François, et qui permettait à Honoré d'Urfé, admis pcA* un bienfait de l'exil, à Fintimité de ces grands hommes, de s'écrier naïvement au milieu d'eux, à Belley, chez Tévéque Pierre Camus : « Gliacun de nous trois a peint pou^ l'éternité, et fait un livre qui ne périra pas : notre bienheureux François, sa Philothéôy qui est le livre de tous les dévots; H. Favre^ le Code fabrian, qui est le livre de tous les barreaux, et moi, YAstrée^ qui eçt le bré^ viaire de tous les courtisans. »
Ils ont reçu avec les eaux du baptême, comme un héritage de leur premier maître, ce mélange de l'esprit enjoué et de l'amour de la nature, qui dic-r tait à saint François de Sales , ce passage presque inédit d'u^e lettre à son ami le président : < Il est bon pour un convalescent, de sortir de sa petite maison pour erre^ sous de frais ombrages, au milieu d'agréables jardins ; il lui est salutaire de pren^dre l'air au milieu des fleurs, en respirant les brises chargées de parfums suaves : c'est ainsi que je lis vos lettres, siMivisHmô frater / Cependant, lorsque la maladie m'a quitté ou à peu près, je suis encore affligé de vos inquiétudes et je regrette que vous ayez tant souflfert de ma petite fièvre, j'allois presque dire de notre fièvre, comme s'il y avoit entre nous communauté de maux et de biens. »
La note était trouvée. Ne sont-ils pas heureux, dans ce groupe littéraire, que quand on essaye de les déjQnir, on se sente autorisé à remonter là?
Nous reverrons par monts et par vaux ces artistes en écoles buissonnières, sujets à Tintelligente espièglerie de transférer au cœur des montagnes le siège de leurs séances académiques, et comprenant si bien que, pour rapporter du miel à la ruche, les abeilles doivent butiner au soleil, parmi les fleurs des prairies.
J'aurais voulu faire de même et m'égarer au loin ; mais l'obstination du mauvais temps ne nous permit, pendant plusieurs jours, que de courtes expéditions.
Nous profitâmes d'une assez longue éclaircie pour retourner au pont de la Caille, que nous avions traversé sans le voir, à mi-chemin de Genève à Annecy. Son tablier, de cent quatre-vingt-quatorze mètres de longueur, a été jeté, en 1839, sur la gorge des Fées, au fond de laquelle rampe le torrent des Usses, précipice imprévu de six cents pieds de profondeur, dans répaisseur du plateau où s'embottent le pied du Salëve et du mont de Sion. Avant la construction de ce monument, que le feu roi Charles- Albert vint inaugurer en personne, il fallait pour se rendre d'Annecy à Genève, par une route dont le tracé est dû aux chartreux de Pomiers, institués en 1 1 79 par le comte Guillaume de Genève, -il fallait, dis-je, descendre jusqu'au fond de l'abîme, où Ton traversait un pont massif, écroulé il y a soixante