‹ La Haute SavoieChapitre 43 sur 150 · FAVERGES ET SA VALLÉE. Î · texte numérisé non relu

FAVERGES ET SA VALLÉE. Î

inclinés par le vent d'ouest du côté des montagnes, prend y grâce aux camaïeux de sapins et de hêtres qui l'enserrent, un subit aspect de la Suisse aile* mande.... Les longues roches d'Entrevernes , le revers des Bauges, les profonds encaissements de la forêt bleuâtre de Doussard, où se vautrent nonchalants, des nuages qui ne se sont pas levés matin et que le soleil rabat dans les fondrières; les pâturages élevés qui miroitent sur le ciel; le chaînon austère et raviné qui ferme l'horizon, tout vous transporte bien loin de l'Arcadie du lac... Sur uû mamelon, à l'extrémité d'une immense avenue, le château de Paverges, — tour et donjon agrandis par une fabrique de soieries : je n'aime pas que la reine Berthe fîle à la mécanique.... La vallée aboutit à un carrefour triangulaire , dont les pointes pénètrent au cœur des hautes montagnes. Celle de droite, entre des pâturages boisés, monte aux trappistes de Tamié par Seytenex ; celle de gauche est le début de la vallée d'Albertville. Ugine est à mi-chemin, entre deux plateaux contrastés; l'un tout noir de sapins, l'autre, celui de gauche, dévalant par degrés rocailleux et par une suite de mamelons difformes. Faverges est au point d'intersection des trois bras.... »

C'est une ancienne cité industrielle, et son nom dérive de fabricx; mais, comme la plupart des localités de ce genre, Paverges ayant été constamment rebâtie, les cafés et les hôtels en sont les plus beaux monunients. D'ailleurs ce bourg, où l'on

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exporte des soierie» jusqu'à Lyon, et qui, dès le quatorzième siècle, était renommé pour ses forges et ses ateliers de coutellerie, ce bourg est propre et bien percé. Du milieu de la ville, on découvre par-dessus les maisons, guillerettes et bariolées, le roc aérien de TArclosan placé en pendant de la Sambuy. A l'extrémité d'une large rue semi-circulaire, bordée d'un ruisseau rapide, on coudoie la roue d'un moulin à eau : ses palettes emperlées, qui tournoient sur le trottoir, peuvent servir en été d'éventail aux passants.

La ville dormait, tant il faisait chaud : j'étais dévoré d'une soif si ardente que, désespérât! t de l'étancher à moi seul, j'eus la fortune d'aviser, tandis que je contemplais le fronton dentelé qui couronne les pâtures de la dent de Gons, d'aviser, di8*je» un escogriffe efflanqué, tenant du pédagogue et du sacristain, alambic errant sur de longues pattes, dans un habit noir étriqué, lustré comme une plaque de tôle. Je lui adressai, précaution oratoire superflue, quelques mots pour acquérir des droits à me désaltérer en double à ses risques, et nous entrâmes dans un café, où la capacité de cet entonnoir m'étonna sur ma propre soif. Il m'apprit que le couvent de Tamié dont les bâtiments sont tout à fait modernes, avait été fondé en 1 13S ; que les anciens religieux, ayant été envahis en 1793 par les terroristes, les avaient enivrés et s*étaie,nt enfuis tranquillement en les laissant sous la table ; que du col de Tamié, on jouit d'un point de vue magnifique

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