‹ La Haute SavoieChapitre 44 sur 150 · UN MONSIEUR.... POUR LA SOIF · texte numérisé non relu

UN MONSIEUR.... POUR LA SOIF

sur la vallée et les glaciers de Tlsère; enlin, qu'un joli castillet qu'en venant, j'avais aperçu sur ma droite^ se nomme Giez, et appartient à la maison de Chevron-Villette qui a donné un pape à l'Église. Il ajouta qu'il était chantre dans une paroisse du diocèse de Ghambéry, et me demanda si je connaissais M. Havin?....

Un omnibus me ramena jusqu'à la station de Doussard, en traversant la vallée, unie comme un étang de verdure. Le bateau à vapeur me rendit, vers la nuit tombante, à l'embarcadère d'Annecy, où m'attendait au milieu d'un cortège amical, Siméon Dornheim, qui m'accueillit comme si je fusse arrivé des Grandes Indes.

Garrefonn et coins de rue. — Les reliques de la Visitation. — Le couvent de Sainte-Claire et les compagnes de Jeanne de Jussie. — Vêpres «tctlienneê contre les Espagnols. — La cathédrale et sa maîtrise : souvenirs de l'enfance de Jean- Jacques. — Anecdote sur Molière. — Philibert de Pingon. — Recherche du logis de Mme de Warens. — Attestation d'un miracle, signée de Rousseau. — Ce qu'il faut penser de ses accusations contre sa bienfaitrice. — Excursion dans la vallée de Thônes, à la suite de Rousseau et de Mlle Oalley. — Voie romaine de Dingy Saint-Clair. — Aventure d'un chasseur de chamois au roc Turpin. ~ L'Hippocrène de Jacques Replat — Point de vue du manoir de la Tour. — Le verger aux cerises, la cuisine de la grangère et l'églogue des Confesêions, — Histoire d'une Vendéenne de la Savoie. — Thônes et ses habitants. — Les chalets du Villars. — Monument de Pierre Lefèvre. — Les Gorges d'Entremont. — Le Orand-Bomand : tableaux d'intérieur et sujets de genre. — Lettre inédite de saint François de Sales, etc.

Il nous restait à glaner, à travers les vieux quartiers, des anecdotes et des souvenirs, à rajeunir sur le théâtre des faits, les impressions des lectures passées. M. Dunand, guide obligeant et précieux, et très-aimable esprit, nous escorta dans cette flânerie. Nous parcourûmes le long faubourg de Bœuf, dont les maisons, en 1640, étaient « tellement anciennes et vieilles, qu'à grand peine les pouvoit-on

retenir de faire leur lit des rues et de s'y coucher tout de leur long; » nous traversâmes en divers sens ces quatre canals décrits à la même époque par le père Foderé, « et si grands et si beaux, qu'ils portent les bateaux chargés dans la ville, et si tranquillement que l'eau demeure toujours claire, de sorte qu'Annecy est une petite Venise d'eau douce ; » nous reconnûmes l'emplacement de l'ancienne maison de ville, « touchant le canal de Thiou et proche des murailles sur l'hôpital. » L'établissement, transformé par des constructions magnifiques, s'élève aujourd'hui sur le coteau, au pied du château fort qui protège la ville. Nous vîmes anssi ces maisons à petites fenêtres, où l'on péchait des truites, à l'aide d'une forte coulisse qui les retenait dans des réservoirs : car,' bien qu'Annecy, incendiée en 1412 et en 1448, ait été réduite depuis lors, « au petit pourprix qu'elle avoit » au temps du père Foderé, cette ville, restée fort plaisante, et agrandie depuis un siècle, a conservé bon nombre d'habitations d'un âge vénérable. C'est cependant dans les quartiers neufs qu'est située aujourd'hui la Visitation, église moderne d'un style affligeant, dont la façade est décorée de deux bien mauvaises statues des fondateurs de l'ordre. La châsse où repose le corps de saint François est dans une niche vitrée, derrière le maître-autel, et Ton y monte par une échelle. Le crâne du saint évêque est caché sous un masque colorié à sa ressemblance ; sa robe est en satiti blanc broché d'or; il porte une mitre, une chasuble du

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temps; à l'un de ses doigts gantés brille Fanneau pastoral. L'affaissement du corps réduit en poussière ne soutient plus les plis des vêtements. Les deux anges sculptés qui, dans une chapelle adroite, supportent les restes mortels de Mme de Chantai, sur un pîédouche de marbre, ont un fardeau plus léger encore. Les habits étriqués et en soie noire de la première supérieure des Visitandines sont collés sur les os : ce n'est plus une morte qui est couchée là; c'est une ombre.

Il suffit de franchir, en sortant de la Visitation, la rue large, assez courte et traversée par un canal, où est située la manufacture, pour rejoindre la rue Sainte-Claire où nous attirait le désir de visiter le couvent historique, où furent hébergées à leur sortie de Genève, les premiers jours de septembre 1535, les vingt-deux compagnes de la révérende sœur Jeanne de Jussie, échappées aux persécutions des calvinistes. Nous avons retracé, d'après le récit naïf et curieux de cette religieuse, document à peu près inconnu en France, les débuts de leur voyage et leur arrivée à Saint-Julien : il nous reste à dire un mot de leur installation à Annecy ; tableau fidèle des mœurs d'autrefois, de la ferveur passionnée qui échauffait, durant ces temps de trouble, les pays menacés par l'hérésie et voisins de son foyer principal. De cet établissement, qui a transmis son nom à la rue dont il occupait l'extrémité, et où l'industrie a établi ses magasins, il reste des bâtisses nues, les quatre murs d'une chapelle mécon-

naissable et, dans une cour encaissée tristement, un pan de cloître à arcades surbaissées, portées sur des colonnettes d'une proportion byzantine, bien qu'elles ne remontent guère plus haut que la fin du seizième siècle. C'est là, sous ce cloître où nos pas retentissaient dans le silence, que M. Dunand ouvrant le rarissime volume de Jeanne de Jussie, fit revivre pour nous ces tableaux animés d'un autre temps .

« Les religieuses, dit sœur de Jussie, témoin et héroïne de cette étrange aventure, cheminèrent contre Anyssi en grande diligence, mais quand elles furent à Crans la rivière estoit grande, et menoit si grand bruit, que jamais cheual ne bœuf ne voulut passer par dessus le pont, et firent là grande pause, et il fallut passer l'une après l'autre , et y en auoit plusieurs qu'il fallut porter entre les bras : et puis à bras d'hommes fallut passer les chariots par dessus le pont, qui fut cause de les mettre du tout à la nuict. . . .

t Depuis Anyssi jusques à Crans le chemin estoit plein de gens portans lumières, torches et fallots, toutes les cloches sonnoient mélodieusement, tous les hommes sortirent de la ville pour leur aller au deuant ; les dames, bourgeoises, et autres femmes estoient toutes, par ordre, par les rues avec de lumière, et aux fenestres de chasque maison y auoit une torche allumée, et sembloit la ville toute en feu, et chascun estoit marry qu'il estoit si tard: car ne pouuoient voir et rsuerer les Sœurs selon leur bon vouloh , ny les Sœurs leur rendre leur salut:

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