‹ La Haute SavoieChapitre 46 sur 150 · ANECDOTE SUR MOLIERE · texte numérisé non relu

ANECDOTE SUR MOLIERE

en hermine pour l'hiver, relevés de doubles capuches en taffetas noir ; sur leur rochet ils laissent traîner derrière eux un long manteau en drap de soie noire, ouvert par devant pour laisser voir les retroussîs,^ de fourrure ou de pourpre, d'une doublure en hermine ou en soie cramoisie. L'âge du costume est constaté par une circonstance singulière : Le camail-pèlerine et sa capuche figurée laissent le cou trop dégarni pour les coififures à cheveux écourtés de notre époque. Leur forme avait été coupée pour une autre mode, et l'on s'aperçoit que la grande perruque ne descend plus sur les épaules pour les relier à la tête.

En sortant de la cathédrale, comme nous remontions la rue, pour fixer l'emplacement de la maison de Mme de Warens, et que Siméon signalait un contraste saisissant entre ces souvenirs du siècle philosophe, et ceux de la période religieuse évoqués par le Journal de la révérende sœur de Jussie, M. Dunand en rappela un troisième qui, chronologiquement, rattache une des époques à l'autre.

Au mois de février 1673, deux religieuses de Sainte-Claire étant venues à Paris pour quêter au profit de leur couvent, furent logées rue de Richelieu, dans la maison d'un comédien. C'est entre les bras de ces deux filles d'Annecy qu'expira Molière. Le fait, inconnu chez nous, mais consacré de tout temps par la tradition du pays, a trouvé, dans des recherches récentes, la confirmation de plusieurs témoignages décisifs. Il appartenait à ce diocèse,

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d'un si beau renom littéraire, d'envoyer la religion, sous la forme de ses anges, consoler l'agonie du grand écrivain, que le clergé de Paris refusa d'enterrer.

flevenons à Rousseau et à Mme de Warens. « La maîtrise, dit Jean- Jacques, n'était guère qu'à vingt pas de la maison de maman. » Dans ce temps-là, notre rue de TÉvéché n'était pas encore percée à son extrémité, et c'est à droite, dans l'impasse, tout juste où se trouve aujourd'hui la Recette générale, mais plus en arrière, qu'il faut placer la maison de Mme de Warens, à* peu près en face de celle de Pingon. Mais, va dire plus d'un lecteur, qu'est-ce encore que Pingon ? Ici, je dois l'avouer, les souvenirs s'amoncellent et font irruption jusque dans le tissu du récit. Emmanuel-Philibert de Pingon, né en 1525 et qui fut vice-recteur de l'université de Padoue, après avoir étudié à celle de Paris, et qui depuis, comme conseiller d'État et vice-chancelier, réforma celle de Turin, est un historien qui a beaucoup écrit sur les origines et les antiquités de la Savoie : on réimprimait encore ses Mémoires en 1779. Il habita la maison que je viens de désigner, à gauche de l'impasse des Gordeliers, lorsqu'il résidait à Annecy comme président du conseil de Genevois.

La situation du logis Warens est précisée par un document précieux, oublié de nos jours et que Rousseau signa à l'âge de dix-sept ans. Fréron sut bien le retrouver pour lui en faire repro-

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