MIRACLE ATTESTÉ PAR ROUSSEAU
che ! Le fait nous reporte au mois de septembre 1729.
« Mme de Warens demeurant à Annecy, dans la maison de M. Bosge, le feu prit au four des cordeliers, qui repondoit à la cour de cette maison, avec une telle violence, que ce four qui contenoit un bâtiment assez grand, rempli de fascines et de bois sec, fut bientôt embrasé. La flamme, portée par un vent impétueux, s'attacha au toit de la maison et pénétra par lés fenêtres dans les appartements. Mme de Warens donna d'abord ses ordres pour tâcher d'arrêter les progrès de l'incendié et pour faire transporter ses meubles dans son jardin. Elle étoit occupée de ces spiqs, quand elle apprit que Mgf révéque étoit accouru au bruit du malheur dont elle étoit menacée, et qu'il alloit paroître dans l'instant. Elle alla aussitôt au devant de lui. Ils entrèrent ensemble dans le jardin, il se mit à genoux avec elle et tous ceux qui se trouvèrent présents, du nombre desquels j'étois, et comniença à prononcer des prières avec cette ferveur qui lui étoit ordinaire. L'effet en fut sensible. Le vent qui portoit le feu par-dessus la maison jusque dans le jardin changea tout à coup, et éloigna si bien les flammes de la maison, que le four, quoique contigu, fut entièrement consumé, sans que la maison eût d'autre mal que le dommage qu'elle avoit reçu auparavant. C'est un fait reconnu de tout Annecy et que moi, écrivain du présent mémoire, ai vu de ïnes propres yeux. >
Le récit des Confessions, tout différent de ce certificat, quant à la forme, le justifie avec une naïveté, étudiée et l'explique par la crédulité du jeune âge, ainsi que par la vénération de l'auteur pour le vertueux prélat.
Ce personnage, qui fut béatifié et qui appelait Mme de Warens ma fille, avait été obligé de la faire enlever d'Évian ; car les gens de Vevey, dont elle était l'idole, menaçaient, pour la reconquérir, d'assiéger et de brûler la ville. C'est ainsi qu'elle fut partout adorée et son souvenir a gardé, dans le fidèle Annecy, son parfum de poésie. On va visiter encore « ce passage derrière sa maison, entre un ruisseau à main droite, qui la séparait du jardin et le mur de la cour à gaucne, conduisant par une fausse porte à. l'église des cordeliers, » passage où, le jour des Rameaux 1728, comme elle allait entrera l'église, Rousseau courut pour l'atteindre, lui parla, la fit se i*etourner, et la vit pour la première fois. Rien n'égale cette page, que cent artistes ont peinte ou gravée depuis un siècle, et qui ne vieillira jamais.
Il est à remarquer que, de tout temps, les âmes pieuses et le clergé du pays ont protesté par une ^compassion tendre en faveur de celle pénitente, qui mourut chrétiennement après avoir vécu charitable et résignée. Chacun savait qu'à l'époque où Rousseau Taccabla d'inculpations incohérentes et contradictoires, il avait a se justifier de l'avoir abandonnée dans la détresse; les plus vénérables personnes res-