‹ La Haute SavoieChapitre 49 sur 150 · ITINÉRAIRE DU VAL DE THÔNES · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRE DU VAL DE THÔNES

trempe et les endurcit comme un bain de rivière, d'être souvent distraits d'une contemplation trop attentive^ par un babil soutenu. Notre ami Replat cueillait le long du chemin, pour me les offrir, les bouquets de poésie qu'il y avait semés jadis; M. Dunand donnait la réplique à Siméon qui, ayant rencontré un auditeur bénévole, lui accommodait de son mieux le houblon et la betterave des Flandres : si bien qu'après une assez courte série de plaines ondulées et de montées imperceptibles, cherchant des yeux derrière moi le lac d'Annecy, je fus très-étonné de ne découvrir qu'une vallée lointaine et creuse, au fond de laquelle mes regards ne pouvaient plus atteindre. Presque aussitôt, un détour sur la droite fit tout disparaître : nous dominions un précipice, au bas duquel serpente le Fier, et devant nous se dressait entre les deux portiques géants de la filonnière et du Yeyrier, le cône bleuâtre du Lanfon. Puis, la masse plus haute en-^ core de la Tète-Noire pénétra dans le cadre, où se groupèrent d'autres montagnes : nous planions sur im étrange chaos, où l'on ne distinguait^ au cœur d'un val profond, que le clocher métallique d'Alex, scintillant comme un luciole* Nous avions si complètement atteint la région élevée, que je ne pus retenir, en voyant parmi les broussailles de la route, briller comme autant de graines d'améthyste, des cyclamens en lleur, un cri de surprise dont fut édifié mon voisin, qui m'avait distrait pour préparer ce bel effet de nature.

Pendant que nous descendions au grand trot cette longue rampe qui va presque jusqu'à Thônes, il me montrait, sous les taillis du coteau boisé où nous étions adossés, un sentier à moitié perdu. C'est l'ancienne route, le long de laquelle Jean- Jacques avait précédé les chevaux de Mlle Galley et de sa compagne. Tout au bas, nous rejoignîmes le bord du torrent surmonté du petit pont de Dingy- Saint-Clair. Le vallon est ici fort encaissé et le Fier circule entre deux murailles ; Tune de rocs presque dépouillés, l'autre, que nous suivions, moins abrupte et revêtue d'arbres. Avant de continuer, ces messieurs nous engagèrent à quitter un moment la voiture pour faire quelques pas au delà du pont, que nous devions laisser à notre gauche. Us nous fîrent grimper un sentier à pente rapide , moitié ferré , moitié pavé, raviné, détestable» mais évidemment sculpté à grands frais et qui, passant entre deux roches coupées, expire dans la broussaille et n'aboutit plus. C'est la ruine d'une voie romaine, et comm'e j'avais, à cet égard, le scepticisme des ignorants du bel air, M. Replat me montra du doigt la muraille de roche qui borde ce chemin abandonné. Lucius Tincius Paculus, qui fit tailler cette voie, y a immortalisé son nom, profondément incisé dans une inscription confiée à la pierre dure, et encadrée d'un triple filet sculpté. Ce monument authentique, d'une conservation si fidèle, cause au fond de ce désert une certaine impression.

Je crois pourtant que le sentimental Jean-Jacques

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