‹ La Haute SavoieChapitre 52 sur 150 · LE MANOIR DE MADEMOISELLE GALLET · texte numérisé non relu

LE MANOIR DE MADEMOISELLE GALLET

restes des neiges de la saison passée. Ce paysage est splendide ; les dimensions en sont énormes, et pourtant, de ce point où on le contemple, il est tout rempli du souvenir de Jean-Jacques, qui ne Ta pas regardé.... Les artistes, qui se sont évertués à peindre la scène où ces trois enfants « allèrent dans le verger, achever leur dessert avec des cerises, » se sont exclusivement attachés au texte : « Je montai sur Tarbre et je leur en jetois des bouquets dont elles me rendoient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley avançant son tablier et reculant la tète, se présentoit si bien et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein : et de rire. »

D'ordinaire, on représente le poète sur un cerisier racbitique, au milieu d'une verdure d'Enghien ou de Montmorency, avec un cône d'ivoire sous le ciel, pour figurer un glacier local qui n'existe pas. La mise en scène réelle donnerait un site presque idéal, tant il est éclatant de lumière et saisissant de grandeur.

La maison offre de l'intérêt : c'est une ferme de 1590 à 1600, avec des fenêtres à meneaux, d'épaisses murailles de castel où des bancs sont pratiqués aux en^brasures des croisées, et une porte écussonnée d'un panneau d'armoiries mi-parties, au premier^ d'un croissant accosté de deux étoiles, au second, mi-parties d'un croissant et d'un chevron entre deux étoiles. Le cimier qui couronne les supports a un croissant en guise d'aigrette. Ce petit ma-

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noir de culture $^ porés^te comme un ge&liUâtre- Uboureur^ Tépée m c6té. Des planches^ du cbauiae et des lames de tuf entremêlées composent à cette bâtisse ime toiture pittoresque. On eiUre de plain* pied daj3s la cuisiue^ éclairée d'un jour tamisé dajQS les vitrines d'une croisée basse. Son pius bel oroemeut est sa cheminée, iMX le large manteau, en épaifs plateaux de chêne reliés par des boulons massifs, repose sur des pilastres taillés à pan cwipé : le sol est mi^arti de daUes séculaires et d'un pavage serré en moeUona sur champ. Du reste, pour d^ailler le mobilier actuel de cette salle, on peut, sans faire fausse route, s'en iféférer aux indicaticms de Rousseau : < Les deux demoiselles, tout en cuisinant,, baisoienl de temps en temps \ea enMts de la grangère ; et le pauvre marmiton regardait Êdre en roogeaiat sùm frein.», . Nous dînâmes daas^la cuisine," l#s dieux amies assises sur des bancs aux deux côté» de la longue table, et leur hôle entre elles èeux, sur une escabelle à trois pieds. »

Jean- Jacques est aussi sobre d'impressions durant te retour,, qu'il l'a été. en venant ; il rêve et rien ne le distrait plus. U vous laisse, en fermant ces trois pages aussi remplies qu'un volume, dans la mélancolique impressi<Mi d'un souvenir que Ton croit re^ trouver en soi-même : « Je les quittai à. l'endroit où eUesm'avoient pris. . . Avec quel regret nous nous séparâmes ! avec quel plaisir nous projetâmes de nf:His revoir! Douae heures passées ensemble nous valoient des sièda» de familiarités Le doux souvenir

L'HISTORTBTTir DBS CERISES. 179

cte eftite journée ne eoûtoît rien à ces aimables filles ; Ift tendre uaion qui régnoit entre nous trois valoit des plaisirs plus vifs el n*eM pu subsister avec eux. Noos* nott» aimtOQS^ sast» mystère el sans honte, et noos voulions toojou99noos aimer ainsi.... Il me sembloit, en le» quittant^ que je ne pourrois plus vivre sansTuoeet sans l'autre. Qm m'eût dit que je ne les reverrois de ma vie, et que là finiroient nos éph4iiiières amours ! »

C'esl un lieu de» phis- singuliers, que cette vallée de Thônes continuée sou» le nom du Grand-Bornandy dont le fond n'est marqué que par l'entaille d'un torrent, et qui formée d'une série ascendante de coteaux amoncelés sur les versants de deux hautes chaînes, l'oiie boieée, l'autre chenue, n'offre jamais une »ir£ace honzaalale. Tout ce p^e^mèle oâire des trouées si frappantes, des acdd nts si im^ prévus, qu'il finit par se produire dans la mémoire une inextricable confusion. Aussi, quand, à l'e^^é-* mité d'une grande pièce amaranthe de trèfles en leurs, d'un parfum inconnu dans le» plaines, nous eûmes rejoint notre voilure, qui nous attendait pour commencer la moniée prolongée de» Yillars, j'essayai vâûnement de dépouiller mes réaûnisceiutes et de les caser k leur rang. Je n'avm plus déjà qu'une vague perception des easeades de MoretCe et de Thuy, qui vaudraient un voyage. Parmi ces nom-^ breux vallonsy^emmélés entre les montagnes comme les rudles d'une ville gothique, iNdloi» aboutissant à de» bourgades qui sont ks earrefeur» de ces ré^

aeauz fourmillants j'e recherchais autourde Thônes, rentrée de la vallée de Manigod où prend sa source le Fier, celle du défîlé de Serraval qui conduit à Faverges, et ces noms, consacrés dans les chroniques locales, par les luttes de 1793, me rappelaient l'héroïsme de Marguerite Avet, qui rattache à un nom obscur les personnages de Jeanne Darc et ^eCathelineau.

C'était une religieuse de Thônes , une très-belle fille de vingt-cinq ans, qui enseignait les enfants du bourg. Quand les armées de la République envahirent, au printemps de 1793, les plaines du Genevois jusqu'à Annecy, proscrivant le culte sur leur passage, Marguerite prit pour drapeau la bannière bleue de l'Annonciade et arborant la croix blanche de Savoie, elle résolut d'arrêter l'invasion à l'entrée des montagnes. Général et soldat tout ensemble, elle souleva les populations, elle les précipita sur Tavant-garde ennemie qu'elle fit reculer, et à qui elle enleva des armes et de l'artillerie. Trois fois, pour occuper ces défilés, il fallut revenir à la charge et renforcer les corps d'armée. Vaincue enfin, faite prisonnière et conduite à Annecy, elle montra devant le tribunal révolutionnaire la dignité d'une reine, et fusillée au Pdquier, après avoir commandé le feu, elle reçut le coup de la mort avec la fermeté d'un soldat.

Marguerite Avet a laissé un nom glorieux dans cette jolie ville de Thônes, d'un aspect riche et moderne, bien qu'elle se glorifie de l'antiquité de

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ses foires et marchés, si aclialandés encore» ainsi que de ses privilèges de franchises, aussi curieux qu*étendus. lis remontent à Amédée III qui les, octroya au château d'Annecy, « dans la chambre du comte, » en 1350. En vertu de ces concessions, le rôle commercial de Thônes était considérable ; aussi cette ville a-t-elle produit des générations actives, industrieuses, entreprenantes. Aujourd'hui, les habitants sédentaires sont réduits à l'exploita* tion du sol ; ils exportent, outre de la toile et des bois, du beurre et ces fromages renommés que l'on appelle au pays des reblochons. Mais la portion plus vivace des citoyens, dès la jeunesse, émigré en Amérique, d'où ils reviennent, pour la plupart, avec de fort belles fortunes. Ils sont alors les bienfaiteurs de la commune où ils se font bâtir d'énormes maisons, en style utilitairey c'est-à-dire solides, bien closes et d'une parcimonieuse ornementation. D'autres vont s'enrichir à Paris et cette habitude caractérise plus encore ceux du Grand- Bornand. Les gens de la vallée qualifient d'Anglais la phalange des émigrants qui ont fait fortune à Paris.

Nos compagnons, MH. Dunand et Replat, avaient assez à faire de nous expliquer les sites et les usiages. Siméon, en homme accoutumé à se rendre compte, questionnait à outrance; j'étais moins expansif et ces messieurs me plaçaient, avec une dextérité discrète, devant chaque point intéressant. Rien n'est plus charmant que d'errer en telle compagnie.

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aecxNirtt 4'aris jnfltai, oonds, et dMtrait à piMipos {NU* une couvierstUoii i&dle et iiw^'Bifiée.

jEn approchant des Villan, où le frêne à feuilles nmres ae 4iesaiiaît sur le velours des pâturages, Qous coauxkeoçâmea à remontrer la gentianeUe bleue, des martagons défleurîs, ^ des tiges à demi séefaées de grande gentiane jaune : le tr^te blanc à petites feuilles rampait au bord du chemin ; la reine des prés défieurissait auprès des campa* nules bleues. L'air ayait diangé de parfum ; nous étions au cœur de la montagne, et c'^ait un autre monde.

Les chalets en bois des ¥iilars et ceux du Villaret firent un plaisir extrême à Siméon, arec leurs assises en troncs d'arbres écorcés, brunis par le temps et juchés, tout masi^ qu'ils sont, sur des piédestaux en pierre posés aux quatre angles. Ces ponts-le¥Îs pour en descendre, ces larges croisées à vitraux enchâssés de plomb, ces galeries à toitures proéminentes sous lesquelles sèchent des lianes de légumes et de chanvre, les joubarbes et les millepertuis brodiés sur le ibnd gris des toitures ; les jeunes filles courant çà et là coiffées de leurs antiques benetUi et, péle-méle, les outils d'agriculture, les bœufs défilant des éoiries entr'ouvertes, les meules de foin remplissant les vides des murailles ; les gerbes de fleurs, les lianes grimpantes ser* pentant le long de ces ûrches patriarcales , où les poulets, jusque sur tes toits « font envoler des colombes : tout Tintéressait^ et lui montrait la vie

CHALETS DU VïtLXRS. -^ MBRRE LEFÈVRE. 1*S

rustique tdte qu'on Ta rêvée. Rien B'est pltrs divers ni plus capricienx que les fonnes et les âî* iiieDsi<ms de ces chalets, les plus bizarres, les mieux meublés, les moins connus que Ton puisse découvrir. Parfois même, certaines bâtisses, chalets à la base, ou sur une des façades, se continuent en élégantes villas, laissant voir des rideaux de soierie et des balcons avec des caisses d'arbustes des tropiques. On devine que leurs habitants ont vogué sur les rives lointaines, et telle chaumière hybride rév^ une diâtelaine au milieu d'une ronde villageoise.

Devant une petite chapelle consacrée,. au Villaret, en 1607, par saint François de Sates, M* iieplat me conta rhistoire d'un berger qui, devenu l'un des plus grands théologiens de Paris, fut un des fonda^ teurs de la compagnie <ie Jésus et reçut en 1534, à l'abbaye de Montmartre, les voeux de saint Ignace et de saint François-Xavier. Il s'agissait dû bienheureux Pierre Lefèvre qui, doure ans après, représenta le pape au concile de Trente. L'Ordre étant fondé, ces trois hommes se partagèrent le monde. Xavier eut le Japon avec les Indes; Lefèvre l'Allemagne, et Ignace, Rome où son autorité règne encore, L'atné de ce triumvirat était parti d'une chaumière, que remplace aujourd'hui le plus humble des oratoires, élevé par la piété de ;deux pas* teurs, parents du Pèrç Lefèvre. Que d'illustres hommes d'Église à travers ces montagnes !

De cet endroit, nous découvrions à nos pieds,

par delà de vastes pâturages, les toits groupés du Grand-Bornand, taupinière de nids, imperceptibles dans cette immensité ; mais on s'avisa de rebrousser chemin, puis d'incliner sur la droite, et de retomber derrière ces pentes, qui nous avaient paru collées contre le roc, au fond d'un vallon pelé qui les en sépare et qui aboutit, sur le torrent des Bornes, au pont des Enterrois. Là, cette chaîne de montagnes rocailleuses et très-élevées, est coupée du haut en bas par une entaille qui se nomme les gorges d'Entremont. Ce défilé, d'un formidable aspect, conduit à une abbaye d'Augustins, fondée en 1153; et plus loin, par le pied du Brizon ou Brézon, aux portes de Bonneville, dans la vallée de l'Arve. L'entrée des gorges est, ce qu'on nommait sous le premier empire, une belle horreur : mon guide virgilien m'avait préparé, par l'aspect d'un site escarpé, à subir * l'impression de ces limbes.

Ce val d'Entremont, qui débute par deux murs de roche grise, presque, à pic, semés de quelques sapins, se continue tout à coup sur la droite par une tenture en prés-bois d'un éclat doré surprenant. Plus loin, le hêtre domine ; puis, la gorge qui se courbe en arc et se resserre, ne laisse plus vivre que des sapins, et le vert s'assombrit graduellement jusqu'au noir. Les deux tapisseries de ce corridor d'une hauteur, d'une fraîcheur singulières, s'écartent au pont des Étroits : là, est installé, en activité perpétuelle, un véritable arsenal de nuages. Le

LES GOR&ES d'ENTREMONT. 185

vent les pétrit dans la froide humidité, et les souffle comme des bulles de savon. Au moment où nous passions, il y en avait un, sur la droite, qui glissait très-vite, au-dessus d'une tranche de roches couronnées de sapins. Mais, ce brouillard uniforme, et d'une étendue indéfinie, semblait immobile , tandis que les sapiDS à demi voilés, se détachant de leur base, paraissaient courir à la file, à travers le ciel, comme une légion de spectres. Le gros mélodrame des gorges d'Ollioules est seul comparable au drame lyrique d'Entremont. Chassés par une fraîcheur dangereuse, nous reprîmes la route du Grand- Bornand, où les chemins carrossables expirent.

Bien qu'il soit élevé de mille deux cent quatrevingt-neuf mètres au-dessus de la mer, ce bourg considérable est encaissé, parce qu'il occupe le fond d'un vaste. amphithéâtre : on se rend un compte exact de sa situation avant d'y pénétrer. Il rayonne sur deux vallées dont l'une, à droite, se rabat sur Saint-Jean de Sixt, pour remonter ensuite par la Clusaz au col des Aravis, et dont l'autre, à gauche, se contourne pour aboutir au Petil-Bornand : un embranchement mitoyen conduit par deux sentiers à la chartreuse du Reposoir, fondée en 1151. Une montagne très-verte, surmontée de roches disposées en formes de ruines, barre le fond de la vallée.

Entre cette masse boisée, et la longue série de créneaux naturels qui font suite au mont escarpé des Aravis, se creuse un ample cirque de roches ravinées, grises, tigrées de bouquets de rhododen-

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droBS, plus maigres vers les cinMS, où le« aspérités du poc pâlissent sous des frottis de neige^ Cette chaîne, à peu près inaccessible et dressée contre le ciel, se nomme le Mont-Fleury. Elle imprime une grandeur sauvage à cet boriEon fermé, si riche en mouvements de terrain et en couleurs contrastées. L'énorme muraille, qui va des Aravis au Mont-Pleury, est mitoyenne avec la vallée de Sallanches et, de ces cimes, on découvrirait de très-près le groupe entier du Mont-Blanc. De Téglise de Saint-Jean, on entrevoit le défilé qui mène à la Glusaz, où se tient deux fois Tan une foire aux bestiaux très-renommée, à l'époque où les troupeaux montent aux chalets, et à l'arrièresaison, où ils redescendent des pâturages.

On trouverait difficilement ailleurs, pour ftiire connaissance avec les lieux habités de la région alpine, un bourg mieux situé, aussi original et mieux caractérisé que le Grand-Bornand. Construites pour le bétail aussi bien que' pour ses maîtres , les maisons, destinées à héberger aussi des récoltes considérables et à abriter leurs locataires pendant de longs hivers, sont disposées conformément à cette triple destination : leur structure traditionnelle les rehausse d*un style étrangement capricieux, que les siècles ont peu modifié. Les rues éti*anglées s'évasent tout à coup, les places sont irréguUères et montueuses ; de rustiques fontaines dégorgent d'une rigole en écorce dans des auges creusées au cceur d'une souche,, les pâtros

ASPECTS THT GIUim-SORNAND. ^ î«7

Yû^ «émut biEMmmefd mccoutiés et soonant ie rappel des brebis ou ées chèvres ; les jeones filles, la jambe nue «ms de toarts jupons mol coulenrs voyantes, leurs dae^^^ix à demi dénoués et les benetles au vent, se trémoussent à TouTrage; les bourgeois ordonnent avec gravité, coiffés de larges chapeaux qu'ils ne quittent guère plus que leurs verres; Tactivité pastorale est partout Peu 4e bâtisses à la mode des villes : le montagnard enrichi ambitionne une maison comme celle de ses pères ; il ^^[randit son chalet selon le volume de ses biens, il l'embellit sans en altérer le caractère, il l'encadre de plates-bandes fleuries, de jardinets à compartiments géométriques, où prospèrent sans effort les plantes vivaces de la 4M>ntrée, éduquées par la culture. Les aconits en touffes pyramidales, les bordures de gentiane (m d'hépatiques, le narcisse et les martagons, la scabieuse et les mauves, la capucine jaune et les pois vivaces forment de joyeux parterres sur le devant des chalets. Dans l'intérieur, où l'hospitalité est annoncée par d'énormes tables, tout est sombre, hormis les chaudrons, la vaisselle et les verreries, qui jscintillent sur de vieux meubles brunis de l'autre siècle. Sous ràtre, la flamme est sans cesse attisée, et je ne sais si l'on mange sans cesse, mais assurément on prépare du matin au soir de quoi manger. D'ailleurs, caprice et fantaisie absolus, quant au menu des moindres collations. €hez M. le maire du Grand-Bomand, où il fallut goûter de ce joli vin

blanc de Frangy qu'estima Rousseau au presbytère d'un bon recteur du Genevois, on nous servit, en guise de macarons, d'aimables petites truites, qui passèrent en un tournemain de la rivière à la poêle. Dans ces contrées perdues, l'aubergiste est une personnalité marquante : en communication avec tous les étranger?, il est le centre des renseignements,et son logis, où l'hospitalité trouve à s'exercer, est la véritable maison commune. Aussi, le désigne-t-on d'ordinaire aux honneurs de la mairie et telle était la situation de notre hôte, qui est le bon roi Évandre de la localité. Au milieu de ces campagnes, il possède, résultat frappant de l'instinct qui nous porte à souhaiter un refuge pour y vivre en liberté, il possède sa maison des champs, à trois cents pas de sa résidence de la ville. Il voulut bien nous conduire à ce chalet d'agrément, où j'avisai, dans un petit cadre, à droite de la cheminée, une page enfumée, couverte d'une vieille écriture dont l'encre a jauni.

C'était, précieux héritage de famille, une lettre originale de saint François de Sales. Comme elle est inédite, et que -M. Alexandre Missillier n'a permis qu'à moi de la copier, je reproduirai dans jsa forme textuelle cet autographe, adressé, à l'époque où Tévêque de Genève était à peu près proscrit dans sa ville épiscopale, au baron de Péroges, conseiller de Son Altesse, et sénateur au souverain sénat présidial du Genevois. Ce baron de Péroges est le président Favre, que son ami traite frater-

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