‹ La Haute SavoieChapitre 58 sur 150 · ÉTUDE SUR LA VALLÉE · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR LA VALLÉE

de n'y plus être, oa s'empressera d'y planter sa tente.

C'est à la fin du jour, que ce cirque, contemplé du centre de l'arène, au bord de l'Arve où Ton se repose sur l'herbe, apparaît dans sa plus belle harmonie. Le Mont-Blanc, seul enflammé de la pourpre du soir, captive d'abord l'attention, audessus des mamelons de Montfort, de Prarion et du Rosset. La vue est ensuite attirée sur la gauche par le Goloné et l'aiguille de Warant, flèche énorme, lancée dans les airs qui la colorent en cinabre, alors que déjà, sur les plans inférieurs de l'immense pyramide dont elle forme le couronnement, le crépuscule a éteint ses lueurs. Cette montagne, maçonnée de rocs enchâssés dans des sapins, avec une crevasse profonde et tortueuse qui la partage du haut en bas, est d'une structure audacieusement réussie. Elle fait face à des croupes vertes, qui s'évasent au pied d'un amphithéâtre sombre et formidable de hauteur, rudement détaché du ciel enflammé du couchant. C'est la montagne des Fours, coiffée d'une corne de doge. Elle souffle quelques bouffées de vapeurs sur les derniers chaînons des Aravis, que masque partielle* ment le Mont-Fleury. Si, de Sallanches, on pouvait percer une porte dans cette épaisse cloison et pratiquer un couloir sous ces amas de roches aux créneaux déchiquetés, trois quarts d'heure suffis raient pour aller au Grand-Bomand qijii occupe dans cette ruche Alpestre, l'alvéole voisine. Il faut

deux à trois journées pour se rendre en voiture d'un point à Fautre, et six heures à pied^ par un sentier rarement praticable. Derrière nous, TArve fuyait entre les rocs décroissants de la vallée de Magland, surmontés de la croupe d*Haon.

Quand on a longuement écouté le murmure de l'Arve, mêlé aux refrains éloignés des clochettes qui chantent au cou des troupeaux, on revoit sous d'autres effets ce qui vous avait paru immuable* L'heure, dans sa marche rapide, a fait un bloc d'orpin de l'aiguille de Warant ; les longues chaînes du Mont-Blanc, qui remplissent la moitié de l'horizon, ont, sur leurs piédestaux olivâtres, tourné du rose au blanc, puis à la glauque lividité d'une chose morte: on croit voir se détacher du sol, à quelques pas, un quartier dentelé de la planète lunaire. Tout est calme et comme endormi ; mais le jour près d'expirer, fait poudroyer les nuances les plus diverses, dans l'intensité de leur gamme, sur les montagnes qui, changeant de couleur, parcourent émues toutes les exagérations du prisme. Les nuages rosés du soir roussissent tout fanés dès qu'ils viennent paître les neiges du géant des Alpes, dont le ciel finit par s'emparer et qui, grandi du prestige de l'heure, résiste seul aux envahissements de la nuit.

Les bains de Saint-Gervais, que nous allâmes visiter le lendemain matin, en remontant la vallée de l'Arve, sur la droite de laquelle ils ont été établis il y a environ soixante ans, ont été décrits avec

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