‹ La Haute SavoieChapitre 61 sur 150 · PONT DU DIABLE. — SAUT DU CRÉPIN · texte numérisé non relu

PONT DU DIABLE. — SAUT DU CRÉPIN

guider lui-même vers les promenades dignes d'attention qui avoisinent le bourg. Nous descendîmes par les prés jusqu'au pont du Diable, très-vieille construction étayée avec des crampons de fer, et lancée sur le Bonnant qui se débat au fond d'un gouffre boisé, où Ton est conduit par un entonnoir de verdure. Ce pont, établi sur le chemin de Mégève, est de si ancienne origine, qu'on le réparait déjà au treizième siècle. C'est la merveille des sites encaissés ; car cet amphithéâtre de pelouses est parsemé de sapins, dé hêtres, d'alisiers pâles, de frênes blancs et noirs, et de buissons d'épine-vinette aux grappes de corail. Les neiges éclatent sur le ciel bleu, audessus de ces végétations vigoureuses. On voit voltiger de l'un à l'autre bord, des oiseaux et des écureuils, hôtes paisibles de cette solitude animée, jaspée de bouquets de lumière par les rayons tamisés dans le feuillage.

De ce point, en contournant le bastion fleuri qui porte Saint-Gervais, nous arrivâmes à la cascade du Crépin, où le Bonnant, quittant une de ces galeries de forêts bleuâtres, comme Breughel les a rêvées dans ses visions édéniques, se précipite de très-haut, entre des roches si profondes, que son onde écumante y éteint sa blancheur dans les ténèbres. La nappe, abondante et projetée de loin, a troué et poli, en forme de volutes et de cuves arrondies, les blocs de calcaire parmi lesquels on la voit se débattre. Là chute de TAar me paraît seule comparable à la cascade du Crépin.

En revenant au village, M. Aly nous avait montré de loin le passage que traversent les pèlerins de Notre-Dame de la Gorge, fondation d'une origine inconnue, mais qui dès Tan 1443, figurait parmi les filhules de Saint-Nicolas de Yéroce. M. Tabbé Grobel, auteur d'un livre intéressant sur les localités de la Savoie consacrées à Notre-Dame, a décrit en peu de mots la position de celle-ci : « Ouiconque arrive dans cette solitude ne se croit plus dans le monde qu'habitent les hommes. Les montagnes qui s'élèvent à droite et à gauche pour se perdre dans les nues ; la voûte azurée des cieux, qu'on dirait appuyée sur elles, et l'étroite gorge qu'elles laissent à leur pied ressemblent assez à une basilique gothique, telle que saurait en faire le Seigneur s'il se mettait à bÂtir. »

Notre hôte, qui nous avait promis, au sujet de Notre-Dame de la Gorge, une légende piquante, BOUS produisit, sur ses anciens registres de voyageurs, un document singulier qui mérite une mention parmi les supercheries littéraires. Ce registre, qui remonte aux premières années de la Restauration, et dont les pages possèdent, outre la signature de lord Byron, d'assez méchants vers, signés de Chateaubriand et, aux derniers feuillets, un couplet grotesque, impertinemment attribué par un loustic de 1834, à Victor Hugo, contient aussi, à la date de 1822, trois longues pages, écrites et signées très-réellement par Simonde de Sismondi.

La légende que cet écrivain célèbre reproduit en

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