‹ La Haute SavoieChapitre 65 sur 150 · ANECDOTE SUR MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

ANECDOTE SUR MARIE-LOUISE

curité le bas-fond de la vallée , qui surmonte de plus de mille mètres les rivages de l'Océan. En sortant des Ouches, Siméon qui découvrait de loin, au centre de la vallée, le clocher du prieuré de Chamoiiix, pensait y arriver en quelques minutes; mais le trajet dure plus d'une heure et demie. La grandeur des montagnes trompe les yeux sur les distances ; la réflexion fait comprendre seule que ce bassin de verdure , mesuré par un rebord de trois mille huit cents mètres de hauteur, presqu'une lieue de poste, doit s'étaler sur une très-longue étendue.

Il faut encore enjambé" des torrents, traverser des hameaux, des villages imperceptibles comme des touffes de champignons , au milieu de tapis verts qui sont des taillis de bouleaux et de frênes, avant de dételer à Ghamonix , d'où il semble qu'on ne pourra sortir, tant on s'y trouve séparé du reste du monde.

C'est dans un de ces hameaux, au Gret, que sept ^ semaines après la première chute de l'empire, par une nuit de tempête, Marie-Louise, le front rouge encore de l'empreinte de sa couronne tombée, frappa , trempée de pluie , avec deux compagnons de son exil, à la porte d'une chaumière, sous le toit de laquelle on la vit réduite à implorer vainement un abri. Gelle dont les pas naguère étaient salués par des populations, délaissée, et sans les honneurs de la proscription, cherchait un gîte dans une des plus pauvres contrées du grand empire, où elle avait à peine fini de régner. Il est vrai que ce voyage

d'agrément était un peu prématuré.... pour la saison.

A peine étions-nous installés chez Mme Tairraz, à l'hôtel de Londres et d'Angleterre, que Slméon , après avoir accordé deux minutes à la satisfaction de trouver si loin un gite élégant et confortable, se mit à courir, des appartements aux corridors, pour inspecter de tous côtés les contre-forts de la vallée et surtout le Mont-Blanc, dont il ne pouvait se rassasier. Il se butait à toutes les fenêtres, ni plus ni moins qu'un écureuil aux barreaux de sa cage. J'avais peine à lui persuader que l'aiguille du Goûter n'était pas le sommet de la montagne et que certaine bosse, plus reculée et moins haute en apparence, est le point culminant. « Au surplus, dit-il, rien de plus aisé que d'éclaircir la chose 1 II est cinq heures ; nous avons devant nous deux heures de jour; montons sur ce rocher qui fait face au Mont- Blanc : on doit de là-haut le mesurer tout à son aise. Nous reviendrons souper ensuite. »

C'est le Brévent qu'il désignait ainsi, t Pour faire cette ascension, répondis-je, attendons à demain : en partant à l'aube du jour, nous serons là-haut à midi, si vous avez le cœur et les jambes solides. Le Brévent, que la largeur du vallon sépare seule du Mont-Blanc, n'a guère que la moitié .de sa hauteur. C'est l'unique observatoire d'où l'on puisse mesurer le géant en face et de la base à la cime.

— Depuis mon enfance, reprit Dornheim, je désirais voir le Mont-Blanc. Au bout de notre rue, un

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