‹ La Haute SavoieChapitre 77 sur 150 · PRODUCTIONS, INDUSTRIES DE CHAMONDC · texte numérisé non relu

PRODUCTIONS, INDUSTRIES DE CHAMONDC

OU en boisson, outre sa fontaine alcalo-ferrugineuse du Bouchet, Ghamonix, renommé par ses tanneries^ pour ses champs de lin et ses fabriques de draps communs, Ghamonix, qui deviendra pour la France le centre du commerce d'exploitation de la glace, offre au pied de la cascade du Dard, des minerais de plomb argentifère; de l'ardoise aux Posettes, près du Tour; de magnifiques calcaires noirs à bâtir, près des Thynes; du tuf à BioUay, du gypse au pied des Bossons ; du sable fusible, propre à couler le cristal de Bohême, aux sources de TArveron; du granit en blocs partout, et du porphyre noir au pied des Aiguilles-Rouges. Que de sources de fortune, que d'efforts à tenter I La contrée produit le combustible: il ne reste plus qu'à la rapprocher de nous en lui donnant des routes.

Du reste, la capitale de ces combles du monde européen, cette petite ville hospitalière et luxueuse, que le gouvernement a judicieusement élevée au rang de chef-lieu cantonal , est en mesure d'héberger les notabilités de la science et les chercheurs de l'industrie. On n'est plus au temps où les pâtres naïfs prenaient la caravane du chantre Bourrit pour le cortège d'un condamné conduit au supplice, où le prieuré était réduit à l'ascétique auberge de Mme Couteran ; où, couchés sur le fenil et assis sur des tabourets de bois, les étrangers étaient contraints, par la rigidité des pères, à faire maigre s'ils n'exhibaient pas une dispense de l'évêque. On y allait, pourtant, afin d'opposer aux maladies asth-

matiques Tair subtil des montagnes et de remédier, par le climat et le régime des pâturages, aux dangers de cécité qui menaçaient les yeux affaiblis.

La médecine qui, de nos jours, a élu la mer pour universelle panacée, opposait alors avec sagacité l'aspiration d'un air plus vif, saturé par les émanations des plantes alpestres, le laitage des troupeaux nourris de leur suc, et les bains d'une atmosphère moins pesante, aux épuisements précoces, aux affections nerveuses qui débilitent en consumant. « Je doute, écrivait Rousseau, qu'aucune agitation fébrile, aucune maladie de vapeur pût tenir contre un pareil séjour prolongé, et je suis surpris que les bains de Tair salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale. »

Quelque jour, un ingénieux praticien s'illustrera en remettant en honneur la thérapeutique des hautes latitudes ; quand il voudra dépayser ses malades, il enverra les montagnards aux rivages iodurés de la mer, et les Parisiens, ainsi que les habitants de nos côtes humides et basses, respirer à pleins poumons la vie et la santé sur les versants de nos Alpes françaises.

Pour ceux qui, dès à présent, se bornent à les visiter à la hâte, dans le but de se distraire et de chercher d'agréables surprises, il est trois excursions à peu près indispensables si l'on tient à acquérir une idée juste de l'aspect général du haut Faucigny. Le sommet du Mont-Blanc est Tobjet d'une

Page 1