LES COMPAGNONS DU DOCTEUR HAMEL
Tandis que, nantis de ces tristes dépouilles, pour livrer les ossements à la terre, et les autres reliques au muséum d'Annecy, où elles sont aujourd'hui classées sous une vitrine, nous revenions à Gbamonix, en visitant la cascade du Dard et celle des Pèlerins, Dornheim n'accordait à ces diversions qu'une faveur médiocre : ce spectacle l'avait troublé ; il m'en fit l'aveu. Je lui représentai que de tels malheursi, extrêmement rares, sont constamment causés par la résistance des voyageurs aux conseils de leurs guides ; énumérant les victimes des courses en voiture, des voyages en chemins de fer, des acr cidents causés par les équipages dans les rues de Paris, des bateaux chavirés sur la Seine ou sur nos côtes, je lui démontrai que nulle part on n'est moins exposé à perdre la vie, qu'en voyageant à pied dans les montagnes où, d'ailleurs, on est à peu près soustrait à l'influence des maladies. Les fièvres contagieuses et le hideux choléra ne les ont jamais atteintes. 11 se raffermit, et j'espérai que ce nuage ne l'empêcherait pas de me suivre à la cime du Buet.
Comme nous passions au hameau des Pèlerins, on lui montra la mai^n de bois où vécut çt ne mourut pas Jacques Balmat qui, cinquante ans après avoir gravi pour la première fois le dôme du Mont-BlanCj trouva la mort dans les glaciers du Buet, où il est encore enseveli. Fâcheuse réminiscence I II se souvint alors du poète Eschen dont il avait vu la tombe à Servoz, et qui périt aussi, vic-
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time de Bon indocilité, dans les glaces du Buet. On causait en ce motnent-là dans le village, et on lui parla, le soir même, d'un paysan des Ouches qui depuis dix-neuf ans avait disparu, après être allé acheter, à Martigny, une pièce de toile, et qu'on venait de retrouver debout, parfaitement intact, avec sa pièce de toile, exposé, comme sous une vitrine, derrière un panneau atninci des glaces du Buet.... Siméon soupa avec une sobriété mélanco*lique et fit, dans la soirée, beaucoup de questions sur la moralité du Buet*..«
Le lendemain matin, sa gaieté paraissait revenue» Le temps était magnifique , l'air tiède> le bourg plein d'animation , et notre hôtesse, l'excellente Mme Tairraz, avait promis, pour déjeuner avec nous, de se dérober quelques instants aut obsessions de ses hôtes. Elle avait convié quelques compagnons de joyeuse humeur; la chère était friande; les vins, d'exquise provenance , avaient acquis le bouquet des montagnes : on but sec, et chacun se mit à con*ter des histoires. L'une d'elles aurait fourni un joli article de genre à un fureteur de nouvelles, et ce qu'elle occasionna m'empêche de l'oublier.
Une jeune femme et quelques touristes avaient résolu de monter, d'Annecy, au fauteuil de la Tour* nette. L'un d'eux allait se marier, et sa fiancée le supplia de renoncer à une si périlleuse entreprise. Mais, plus elle insistait sur les dangers de cette ascension, sur la vigueur et le sang-froid qu'elle exige, moins le futur se sentait disposé à manquer, devant