‹ La Haute SavoieChapitre 82 sur 150 · MORALITÉ : NOUS NOUS SÉPARONS · texte numérisé non relu

MORALITÉ : NOUS NOUS SÉPARONS

tière était attelé. On m'escorta jusqu'à la sortie du bourg, où Siméon, qui me serra la main le dernier, me congédia d'un signe de tête, avec un sourire singulier et mystérieux.

La chaleur était intense et le ciel pur, tandis qu'achevant de remonter le cours de la rivière, incessamment recrutée d'une série d'affluents, nous glissions sur un joli chemin de prairies, enrubannées de cours d'eau; pacage animé de troupeaux, de métairies, de bosquets enveloppant des hameaux, derrière lesquels se desssine le glacier des Bois, avec son portique et sa caverne d'où s'échappe l'Arveron. Le glacier d'Argentière lui succède ; sillage tortueux qui fracasse, comme un carreau de foudre, le flanc bronzé de la montagne. L'aiguille du Tour nous masquait la vue de son glacier, quand nous débridâmes à l'hôtel de Bellevue : après quoi nous commençâmes à pied le chemin pierreux des Montets, en laissant à notre droite celui du col de Balme.

Nous nous dirigions, en coupant par les prés, sur le Nant-Noir, qui descend à grands cris les pentes si dures de la vallée de Bérard.

Était-ce le sentiment du vide qui succède aux spectacles animés, était-ce le regret de ne plus avoir la société du bon Dornheim : je manquais complètement de nerf, de curiosité, et je marchais péniblement, comme chargé d'un invincible fardeau ! Balmat, peu expansif , s'essuyait le front et me devançait d'assez loin. Parvenu un peu haut, je

m'arrêtai 9 et pesant de tout mon poids sur mon alpen-stoek, je me mis à contempler ee carrefour sauvage, et la situation de Yalorsioe, où Ton ne trouverait pas deux maisons au même plan.

Autour de ses chalets épatés, accroupis sous des monts énormes, et escarpés sur un torrent, d'épais coussinets de cailloux, remparts artificiels, protègent les habitations contre des cascades de pierres qui tombent des ravins. De vieux arbres difformes se mêlent à ces chaumières, égrenées sur un talus rapide, et comme arrêtées dans leur course. C'est le modèle fantasque d'un village montagnard.

Au delà de ce défilé où Tœil se perd, je découvrais devant moi, à d'assez grandes hauteurs, le col de Balme où, d'un point tout voisin de Yhos-^ pice ou auberge isolée qui sert d'abri, j'avais autre^ fois contemplé, au-^dessus des croupes de la Tête Noire, les cimes neigeuses qui séparent le Valais du pays bernois, et, dans le sens opposé, la perspec'tive du Mont-Blanc et du premier bassin de l'Arve : décor d'uùe magique splendeur.

D'autres souvenirs venaient assaillir ma solitude, quand je reportais mes yeux sur te Nant-Noir que je suivais en pensée jusqu'à sa jonction avec le Trient. Je me revoyais défilant le long de cette gorçe, mêlé à une aimable et joyeuse et chère compagnie. . . . Je me rappelais nos stations aux cascades des Jeurs et de la Barberine, à cet âge où Ton écoute leur fracas en cueillant des fleurs, choisies avec intention et ofiertes comme de précieux écrans. Je me retra*

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