‹ La Haute SavoieChapitre 85 sur 150 · SOUVENIRS DE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE CAPTIVITÉ

enveloppant une cassure de la pierre à Bérard , a pour côté latéral, ainsi que pour mur de fond, le roc vif qui sert de plafond et de foyer à la cuisine, seule pièce à feu dans cette habitation. Il a donc suffi d'établir un appentis, avec une seule cloison en plateaux de sapin, percée de deux petites croisées carrées, et munie de deux portes* Celle de la cuisine fournit une prise de lumière unique, et quand la nuit est venue, il faut encore laisser cette porte ouverte, sous peine d'être étouffé par la fumée. La salle à manger, dont une des deux fenêtres avait, contraste bizarre, un rideau de vieux filet brodé en point de guipure, est meublée d'une longue table avec des bancs. Un grabat est installé dans un angle, des armoires où tout moisit en plein été masquent le roc au fond de la pièce, qui s'ouvre sur la meilleure chambre de cette posoda. La petite croisée de celle-ci est fort basse; elle n'a d'autres meubles qu'une table, un petit banc, et un asse? grand lit de bois brun, dont la tête et l'un des côtés sont appuyés contre la roche, revêtue d'une vieille indienne à jaspures sombres, fabriquée jadis à Annecy, à limitation de nos toiles d'Orange. Quand la chandelle est allumée, le soir, dans cette salle où l'humidité Tenveloppe d'un globe de vapeurs, entre les divers lés disjoints de cette tenture on voit s'écouler, le long du mur, des serpen* teaux de lumière : c'est l'eau pluviale qui filtre sur la roche, en cascades hypocrites. Je pris posses-* sion de cettQ chambre d'honneur.

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ijomme la saison était arancée, nous ne tronrames aneon étranger à la pierre à Bérard, dessenrie par one assez beUe et yigoareose fille de ringt ans qui, telle est la force de Itiabitodey a le conrage de passer absoloment senle ses Jours et ses nuits, loin de toute protection, dans ce lieu sinistre et abandonné* Active, d'ailleurs, ingénieuse à tirer parti de la situation, elli a, comme les Gharnouniardes, l'humeur gaie, la réplique vive et des formes polies. A la tombée de la nuit, son œil de lynx cherche à découvrir au fond du vallon les pèlerins attardés : si le temps est menaçant ou sombre, elle allume des pommes de pin sur un roc et l'auberge devient un phare.

On n'attendait personne, et l'approvisionnement de ce radeau de sauvetage était réduit à trois douzaines d'œufs, des pommes de terre, du fromage et quelques oignons : ajoutez à ce menu d'assez bon vin de Montmélian, et du pain qui, quoique assoupli par l'humidité, avait trop vécu pour être resté tendre. L*eau suintait si généreusement de toute part, qu'on aurait péché à la ligne sur le plancher pourri et défoncé de la salle, où j/è soupai seul, avec sobriété» en ftice d'une chandelle qui n'éclairait guàre« Tout ie temps que je fus déporté là, Joachim refusa de partager mes repas : je soupçonne aujourd'hui seulement, en écrivant ces lignes, qu'il craignait, par son concours, d'épuiser mes provisions trop vite^ et qu'il s'est séquestré pour faire, av^ mes hdles, assaut d'abstinence. Mes héies, ai-je

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