‹ La Haute SavoieChapitre 87 sur 150 · TOURMENTE SUR LA MORTINE · texte numérisé non relu

TOURMENTE SUR LA MORTINE

Il me répondait, je le touchais presque, et je ne le voyais pas! Nous étions égarés dans les ténèbres les plus opaques : c'était la nuit impénétrable; mais la nuit en blanc, vêtue d'une robe incandescente, tissée par le soleil avec du brouillard et des neiges; la nuit qui éblouit au lieu d'aveugler. Entourés d'invisibles abîmes, épouvantés, transis de froid et nous tenant par la main, nous n'osions ni rester, ni changer de place....

n est dur, pourtant, d'avoir subi trois journées de réclusion et escaladé péniblement un des plus beaux observatoires de l'Europe, sans être indemnisé de ses peines 1

Autour de nous, je le savais, rayonnaient ces cimes couronnées de diadèmes d'argent , qui reflètent les cieux, de l'issue de l'Allemagne jusqu'aux marches de l'Italie.... L'acre souvenir de mes lectures, multipliant mes regrets, retraçait vaguement l'image rêvée du Mont-;- Rose, cette étrange agglomération de glaciers, projetée au revers oriental des Alpes; le panorama des pics aigus de l'Oberland, les longues arêtes festonnées des Hautes-Alpes et de l'Isère, et les vertes vallées arpentées à vol d'oiseau, et les chaînes inférieures avec leurs agrestes mystères ; et ces radieux terrassements de verdure qui décroissent jusqu'au lac de Genève, au delà duquel on plonge dans les épaisseurs du Jura ; et le fronton éblouissant du Mont-Blanc... J'avais à déplorer l'éclipsé d'un monde !

dl4 LA HAUTE SAVOIE^

Rien^ 1^ reale, ne pouvait in*aider à restitner à leur place, sur eelte toile vide, tant de merveilles abseoles : impeissible de s'orienter, ni de deviner par où nous étions venus ! Telle était la densité de ce brouillard pétri de neige et latéralement chassé avec une violenoe inouïe, que, si Ton ouvrait la bouche, on était suffoqué, et que nous étions réduits à tâtonner en silence. La neige était si fine et si subtile , qu'elle pénétrait avec Tair ambiant sous nos habits. Le danger devenait extrême : il fallait prendre un parti* J'attirai oontre moi Joachim, et me penchant h son (»reille, car on ne pouvait parler que la bouche presque close : % HÂtons-nous, lui dis-je, de retrouver les traces de nos pas, avant que la neige ne les ait totalement ensevelis l 9

On dut marcher inclinés jusqu'à terre, comme des gens qui cherchent une aiguille dans un paillis; car ces ténèbres livides n'accentuaient aucune forme et ne mettaient rien en relief. Dans te doute, pous sondions avec le bout de nos doigts ; mais quelques douteux vestiges ne tardèrent pas à disparaître : dès lors^ nous poursuivtineç^ à la grâce de Dieu. Joachim, qui savait à quel point nos deux existences étaient l'enjeu d'un coup cle dé, conservait un flegme stoïque.

Rencontrer un jalon > la guérite-Pictet, tel était notr^ seul eipoii;' ; mais, à moii^s d'aller se bt^ter contre elle, onpouvait^x sans la soupçonner, la Wsser/ à trois pas et dériver $&ur l'ahtme. Aussi marçbio^snous de front et en zigzags, à peu d'intervaUe l'un

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