PROMENADE AU FER A CHEVAL
de Sales qui visita Sixt à quatre reprises. Il fit ouvrir la sépulture dia bienheureux Ponce, dont il emporta un doigt et, jusqu*à là Révolution, les fiévreux affluèrent de loin autour de ce tombeau. Il ne reste rien des constructions primitives de l'abbaye de Notre-Dame de Sîxt : son plus ancien monument est le sceau fragile, en cire, adopté par le fondateur. Il représente la madone assise, couronnée et filant avec un f useJàu . La légende porte : « Ecce œndUa domini de Siz. *
La matinée m'avait paru froide fet désœuvrée ; pourtant, il n'était pas plus de six heures lorsque je partis, accompagné de mon hôte, poui* visiter le Fond de la Combe. Rarement, je dois le confesser, un touriste moins dispos s'est mis en câtttpagne. rétais harassé des fatigues de la veillé, transi comme on l'est après uhe nuit blanche, irrité de la pureté ironique dû ciel, attristé d'êtte sans nouvelles, inquiet enfin de mes bagages, diont iâ privation m'était .pénible et que je ne devais retrouver qu'à Taninges, où j'aurais couru, s'il y avait eu moyen de se proieut^er un cheval avant dix bu onze heures du matin. Je regrettais aussi Siméon Dornheim et j'ignorais ce qu'il était devenu. La solitude se faisait longue; je subissais le vague malaise des gens qui se croient guettés par une maladie. Il fallait éloigner ces Vapeurs et, dans t^ but, nous filâmes bon train, secouant à travers les prés plongés dans l'ombre, des gerbes de rdsée, qui me parurent glaciales.
C'était une pelouse d'herbe tine et courte, entremêlée de bouquets de sapins; des mamelons gazonnés à l'anglaise l'encadrent, et le rideau de ces verdures est surmonté de trois étages de rochps, séparés par des bandes vertes. A gauche, s'élance TAvaudru, comme une maîtresse- tour sur un château fort; au fond des Combes, le col du Sageroux, coiffé de neige; plus au nord, le pic de Tenneverges, sombre et large pyramide, d'une colossale architecture. Il est rattaché par sa base à l'imposante muraille du Fer à cheval, et le trop plein de la soudure de névé ruisselle en cascade sur le flanc de Ja roche^
Entre ce minaret aérien , au dôme rehaussé de bossages d'argent reliant des aiguilles échelonnées, et la pyramide schisteuse de Tête-Noire, supports turriformes , s'étend, fermant tout l'horizon, un cirque de rochers à pics; muraille lisse et grise, tellement haute, que son pied est enfoui dans la verdure, tandis que son chevet est couvert de neiges. Cette cloison verticale qui relie les deux cimes, contre lesquelles elle paraît arc-boutée, s'évase en un fer à cheval, dont l'aiguille de Tenneverges et l'obélisque écrasé de Tête-Noire figurent les deux crochets. Le long de ce pourtour d'une , demi-lieue , qui fait face au spectateur, il voit tomber, de la voûte céleste posée sur le caparaçon des neiges , douze cascades à peu près parallèles. Au mois de juin, quand les premières chaleurs mettent la nature en fête, on en a compté