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LE FOND DE LA COBÏBE

jusqu'à trente, sur la paroi de cet immense château d'eau.... L'uniformité grise du monument, l'ombre matinale qui enveloppait la scène , la transparence qu'elle recevait des reflets du ciel, ennoblissaient ses proportions amplifiées. Cette façade est encadrée avec une vigueur admirafile, pour fuir à distance et se développer dans une tranquille harmonie- La neige la détache du firmament; deux coulisses olivâtres, bordées d'une dentelure de sapins, limitent l'étendue du proscenium; des pâturages presqu'à pic, grimpant à de surprenantes hauteurs contre cette muraille, par talus festonnés en forme de cônes, découpent leurs pyramides d'émeraude le long de la paroi du Fer à cheval. Le cirque de Gavarnie, la merveille des Pyrénées, est seul comparable à l'amphithéâtre de Sixt, plus saisissant peutêtre avec les douze chutes d'eau dont il est zébré, qui rejaillissent en gerbes, ou qui sont épongées par les prés-bois dont est garni le pied de ces roches nues. Le premier plan du tableau, que partage un ruisseau, courant sur Therbe et se perdant sous des arbres, forme de riants contrastes avec la sauvagerie du motif principal. L'ceil et la pensée marchent ainsi de l'églogué au drame, et du gracieux au terrible. L'austérité des carrefours pyrénéens offre des analogies plus frappantes encore avec le Fond de la Combe, où la végétation est rabougrie, où la rivière sautille sur des cailloux, entourée de blocs errants. Sur la droite, entre le précipice et les neiges qui, de gradins en gradins, descendent du Buet, on dé-

couTre sous le névé, dans les airs, des pâturas escarpées qui semblent inaccessibles. C'est le Prazon : des pâtres, séquestrés du monde, qu'ils entrevoient à leurs pieds, y vivent en équilibre, avec quelques brebis.

En 1834, ils virent passer un vicdllard inconnu, qui échangea quelques mots avec eux et se dirigea vers le glacier qu'il aborda, en longeant une étroite corniche, inclinée sur un abîme de quatre cents pieds. Il allait, dit-on, à la recherche d*un gisement aurifère. Tout à coup, il disparut et nul ne le revit jamais. C'était Jacques Balmat, dit Mont-Blanc , le héros de l'ascension de 1786.... Ce Fer achevai fut le théâtre de deux événements plus tragiques encore. Au fond de la vallée s'étalait sur la droite un village, Entre-deux-Nants, et sur la gauche, un hameau reconstruit depuis lors : en 1610, une montagne tomba sur le hameau qu'elle écrasa; en 1602^ par une nuit d'hiver, une portion de la Tête-Noire ayant croulé sur sa base, avait enseveli le village, avec tous ses habitants, leurs chalets et leurs troupeaux. Un amas de blocs livides, et tordus les uns sur les autres, recouvre le tout d'un gigantesque mausolée.

A Sixt, la portion de la population qui n'est pas adonnée aux travaux de l'agriculture ni à la fabrication des tomes, émigré volontiers, les uns durant la saison d'hiver, les autres pendant plusieurs années. Ils vont surtout à Paris, où ils recrutent l'armée des commissionnaires, des cochers de fiacre, des porteurs d'eau et des ouvriers en bâtiments. Leur

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